La réforme bancaire est devenue un sujet politique majeur

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Partout, les opinions publiques exigent que l'aide apportée aux banques soit conditionnée à un durcissement de la réglementation.

Le renforcement des fonds propres des banques européennes, proposé hier par Manuel Barroso, ne pourra se faire sans sérieuse contrepartie pour l'État français, comme cela avait été le cas en 2009, même s'il affirme qu'il n'interviendra qu'« en dernier ressort ». D'autant qu'avec la chute de Dexia, le contribuable se retrouve à nouveau en charge d'une addition salée. Partout, les citoyens contribuables n'acceptent plus de venir à leur secours sans que l'on modifie radicalement leurs règles de fonctionnement. Alors que la loi Dodd-Frank, votée en 2010 aux États-Unis, avait imposé plus de transparence aux banques, les mouvements de protestation des « indignés de Wall Street » joints aux réclamations d'un Tea Party qui préconise la suppression pure et simple des banques d'investissement, ont poussé la Fed à publier récemment un projet de directive : le règlement Volcker qui interdit explicitement aux banques de dépôts de faire du trading pour compte propre. Un pas décisif vers la séparation des banques de détail et banques d'investissement, le fameux Glass Steagall Act abrogé par Bill Clinton en 1999. Au Royaume-Uni, la commission Vickers, mise en place par Londres sous la pression de l'opinion publique, a expressément recommandé en septembre la séparation des deux métiers, laquelle devrait entrer en vigueur en... 2019.

Un État autoritaire

Le sujet dépasse désormais le cercle des experts et autres économistes et s'est immiscé au coeur des débats préélectoraux. Alors que la France s'est fait remarquer par le silence de la Commission bancaire, comme des parlementaires, sur l'opportunité de renforcer la réglementation bancaire, la volonté d'un Arnaud Montebourg de « mettre les banques sous tutelle » n'est pas étrangère à son bon score réalisé au premier tour des primaires socialistes. « Si l'État doit intervenir, c'est de manière autoritaire en prenant, sans contrepartie, de façon législative et réglementaire le contrôle des banques, confiait-il récemment à « La Tribune » (19 septembre). Précisant : il faudra « leur interdire toute activité spéculative, en séparant la banque de détail de la banque de marché pour protéger les déposants et... nommer des commissaires du gouvernement dans leur conseil d'administration ». Un programme qui ressemble à celui de Marine Le Pen qui propose elle aussi de « restaurer la pleine séparation des activités de banque de dépôt et d'affaires », et d'organiser le secteur bancaire « autour d'un pôle public sous contrôle de l'État ». Si Martine Aubry, bien que moins volubile sur le sujet, est sur la même ligne qu'Arnaud Montebourg, François Hollande préfère s'en tenir à un prudent « contrôle partiel de l'État » pour les seules banques « qui demandent sa participation ». Loin d'être l'apanage de quelques « bolcheviks de 1917 », selon les mots de Jean-François Copé, ces appels sont aujourd'hui repris par les esprits les plus éclairés. À l'OCDE notamment, qui y revient avec des préconisations radicales, allant bien au-delà de la réglementation de Bâle III (voir ci-contre). La France pourra-t-elle encore longtemps défendre son modèle de banque universelle ?

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