L'industrie européenne du pétrole se rue sur les pays émergents

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Complexe pétrochimique Shell à Singapour.
Complexe pétrochimique Shell à Singapour. (Crédits : DR)
Puissantes et bien structurées, les majors européennes du pétrole sont en train de se repositionner pour satisfaire les aspirations des nouveaux pays émergents. Dans la course aux ressources naturelles, les groupes miniers européens jouent dans la cour des grands.

En matière de pétrole, l'Europe a une position enviable, malgré des ressources assez limitées dans ses frontières. Le continent compte trois producteurs parmi les dix premiers mondiaux, autant que les États-Unis, berceau de l'industrie. Cette situation est l'héritage d'un intérêt précoce pour l'or noir, d'abord économique, mais aussi politique, renforcé par deux guerres mondiales ayant mis en évidence le caractère stratégique de la ressource. Shell a été créé en 1907, avec la fusion du producteur néerlandais Royal Dutch et du transporteur britannique Shell. L'Anglo-Persian Oil Company, future BP, l'a été en 1908, et la Compagnie Française des Pétroles (CFP), futur Total, en 1924. En prenant part à la vague de consolidation des années 2000, BP (qui rachète les américains Amoco et Arco) et Total (qui reprend Elf) ont pu continuer à jouer dans la cour des grands.

Historiquement, le marché européen a été beaucoup plus consolidé que le marché américain, qui témoigne d'une vitalité plus nourrie avec une profusion d'entreprises de taille intermédiaire ou petite, souvent plus audacieuses que les majors.

Si l'exploration et la production des grands groupes, par essence, se situent dans les pays riches en ressources, le renforcement du poids économique de la Chine et des autres pays émergents se reflète dans les projets en aval - raffinage, distribution, pétrochimie - des pétroliers. Les grands groupes localisent les opérations de transformation du pétrole au plus près de la croissance du marché.

En effet, depuis 2005, la consommation des pays de l'OCDE se contracte année après année. Au contraire, celle de la Chine, devenue selon l'Agence internationale de l'énergie, le premier consommateur d'énergie du monde en 2009, n'en finit plus d'augmenter. 3,3 millions de barils par jour en 1995, 5,6 en 2003, 8,4 en 2009, pour un marché mondial d'environ 85 millions de barils par jour. L'Agence internationale de l'énergie prévoit que la consommation chinoise de pétrole devrait plus que doubler d'ici à 2030.

Conséquence, les majors pensent de plus en plus leurs investissements dans l'aval de manière à servir la Chine, et l'Asie en général. Souvent à partir du Moyen-Orient, où les projets aval ont pour vertu de maintenir les entreprises dans cette région concentrant l'essentiel des réserves pétrolières, leur permettant de renforcer leurs chances sur l'obtention d'éventuels blocs d'exploration.

Ainsi Total, qui ferme une raffinerie en France et cherche à en vendre une seconde en Grande-Bretagne, vient-il d'amorcer la construction d'une gigantesque raffinerie à Jubail, en Arabie Saoudite, qui servira le Golfe et l'Asie. Le groupe vient également d'inaugurer au Qatar une unité de fabrication de plastiques, et est actif au Yémen dans la liquéfaction de gaz. En Chine, Total cherche par ailleurs à se faire un nom dans la distribution. : « Nous avons ouvert la première station Total en 2005, en partenariat avec Sinochem. Nous en détenons 112, avec un objectif de 500 », soulignait récemment dans « La Tribune » Christophe de Margerie, PDG de Total. Idem pour Shell, qui rationalise son aval dans ces pays matures mais vient d'inaugurer son plus large complexe pétrochimique à Singapour ou finalise au Qatar le plus grand projet du monde de transformation de gaz en carburants.

Dans ce secteur, dont les entreprises sont habituées à produire en consortium, les majors collaborent par ailleurs de plus en plus avec les groupes issus des pays émergents, chinois notamment. « Les Chinois ont besoin de pétrole. Au lieu d'attendre qu'ils aillent le chercher seuls, autant y aller avec eux ! » professe Christophe de Margerie. En témoignent les résultats de l'appel d'offres de fin 2009 en Irak, où BP s'est allié avec China National Petroleum Corporation (CNPC), tout comme Total, tandis que Shell s'associait avec le malaisien Petronas.

Dans le secteur de la mine, le paysage est plus contrasté. La Grande-Bretagne, avec ses liens culturels historiques en Afrique du Sud et en Australie, est le siège de deux des plus grandes entreprises minières du monde, Rio Tinto et Anglo-American. La Suisse est également représentée, avec Xstrata, dont le siège est localisé dans le très opaque canton de Zoug. La France compte deux acteurs de qualité, mais de taille plus modeste. Eramet est le numéro deux mondial du manganèse et le numéro six du nickel. Le groupe nucléaire intégré Areva est devenu l'an dernier le premier producteur d'uranium dans le monde et s'apprête à connaître une nouvelle recomposition, notamment dans son activité minière.

BP doit changer de culture
Ces dernières années, la large autonomie laissée aux managers de BP et l'audace de ses équipes ont fait merveille. Mais, selon de nombreux observateurs, c'est précisément cette culture de prise de risques qui a conduit à la plus vaste marée noire de l'histoire des États-Unis. Aujourd'hui, BP, ébranlé par plus de trois mois de fuite du puits de Macondo, doit donc « changer de culture », a souligné son tout nouveau directeur général, l'Américain Robert Dudley. Quels seront ces changements ? Ce vétéran du pétrole, premier non-Britannique à diriger l'héritière de l'Anglo-Persian Oil Company, n'a pas plus développé ses intentions lors de l'annonce fin juillet de sa nomination. À l'extérieur, le premier objectif pour BP sera à l'évidence - la nomination d'un Américain en témoigne - d'éviter un traitement punitif aux États-Unis. Le pays constitue sa deuxième zone de production, après la Russie. Mais les dégâts sur l'image du groupe ne sont pas limités au seul territoire américain. Le groupe vient ainsi de renoncer à participer à un appel d'offres au Groenland, pour des raisons, semble-t-il, politiques. BP, pour financer les coûts de la marée noire - estimés en première approche à 32 milliards de dollars -, s'est engagé à céder 30 milliards de dollars d'actifs.

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