Une taxe sur les transactions financières est « une mauvaise idée », pour le leader de la City

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Présent ce mardi à Bruxelles, Stuart Fraser a défendu la contribution des centres financiers à la richesse européenne.

Quand on lui demande ce qu'il pense de la taxe sur les transactions financières (FTT), Stuart Fraser prend une grande inspiration, mûrit longuement sa réponse et finalement, avec un art consumé de l'« understatement », le président en charge des politiques de la City of London - qui n'est pas le plus haut représentant mais celui qui a la maitrise des dossiers - déclare : « C'est une mauvaise idée ». Stupide, inefficace, dangereux auraient été plus proches de sa pensée. « C'est une bonne taxe politique parce qu'elle donne l'impression que l'on va faire payer les méchants », dit-il, mais « elle ferait fuir 90 % des transactions sur dérivés hors d'Europe ». Le Royaume-Uni ne lève-t-il pas déjà une taxe sur les transactions ? lui objecte-t-on. « La stamp tax représente 2 à 3 milliards d'euros (contre 55 milliards prévus pour la taxe européenne). Ce n'est pas la même échelle », dit-il. Mettre en oeuvre une telle taxe en Europe seulement supposerait de « construire un mur » le long des frontières de l'Union. Et ce n'est pas du tout dans ses plans.

À l'heure où les sirènes de la démondialisation et de la définanciarisation séduisent certains électeurs, Stuart Fraser défend, lui, la contribution des centres financiers à la richesse européenne et regrette qu'elle soit mal comprise. « Si déjà les régulateurs ne comprennent pas certains produits, les hommes politiques et l'homme de la rue encore moins », dit-il. « C'est très facile de diaboliser certaines choses ». Avec 352.000 emplois et une valeur ajoutée de 63 milliards d'euros, la City estime qu'elle est « un atout » pour l'Europe. Paris et Francfort restent loin derrière, avec respectivement 270.000 et 76.000 emplois, selon un rapport de Europe Economics. Stuart Fraser n'ignore certes pas que la City a un déficit d'image à compenser à Bruxelles : la crise de 2008 et la faillite de la politique de surveillance et de régulation britanniques ont laissé des traces. Mais il ne désarme pas pour autant.

Inquiétude sur l'euro

Pour peser dans les débats réglementaires, il s'est armé d'une équipe d'environ six spécialistes de la réglementation européenne, dont deux occupent en permanence la représentation de la City à Bruxelles, rond-point Schuman, à un jet de pierre de la Commission. Leur priorité : l'accès des pays tiers au marché européen. Plus que tout, Londres craint le protectionnisme. Pour une place financière qui s'est développée sur son rôle de pont transatlantique et qui mise sur la croissance des émergents pour continuer à croître, cela n'a rien d'étonnant. Or l'Europe et les États-Unis sont dans une concurrence réglementaire objective mais pas forcément voulue sur bien des sujets, comme par exemple l'encadrement des marchés de dérivés ou la supervision des infrastructures de marché.

Autre sujet d'inquiétude : la collision entre une multitude de nouvelles réglementions et leurs effets pervers. « La directive solvabilité II (sur les fonds propres des assurances) empêche les assureurs d'acheter des actions... alors même que les banques ont besoin de se recapitaliser », juge par exemple Stuart Fraser.

Sur la crise de l'euro, il jette un oeil à la fois extérieur et particulièrement inquiet. La situation actuelle est « pire que celle qui prévalait avant Lehman », dit-il. « Lehman était une relativement petite banque. La Grèce n'est pas grande. Mais tout est interconnecté et cela a donc un impact énorme... Si l'euro disparaît, c'est systémique, c'est mondial. Vous avez des millions de contrats libellés en euros. Qu'est-ce que vous allez en faire ? Les convertir dans 17 monnaies », conclut-il. Ce qui serait un gros problème pour la City.

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