C'est une guerre à trois bandes qui se joue depuis le début de la décennie dans les Pyrénées-Orientales, en particulier autour de la question de l'eau. Au cœur du conflit qui oppose France Nature Environnement (FNE), le monde agricole et l'État, on trouve les débits réservés des fleuves, notamment celui de la Têt, qui irrigue une bonne partie des vergers et serres du département. À la base c'est une étude menée à la fin des années 2000 qui fixe la limite de débit sous laquelle ne pas passer, limite vite mise en tension par le changement climatique dans la décennie suivante, contraignant l'État à autoriser les gestionnaires à déroger pour que l'eau continue de circuler dans les canaux du département et ne stoppe pas l'irrigation.
Mais l'affaire n'est pas du goût de défenseurs de l'environnement qui assignent l'État devant la justice. De quoi mener l'histoire jusqu'au jugement définitif de cette première assignation, en faveur de FNE, fin 2022.
On est là au milieu du gué (ou plutôt de la sécheresse) et les pires craintes, les réservoirs vides, se font jour pour la saison agricole de 2023... Le respect du débit réservé dans la rivière empêche qui plus est de reconstituer un semblant de stock, l'eau file à la mer au grand dam du monde agricole. Le préfet d'alors, Rodrigue Furcy, prendra un nouvel arrêté de dérogation au milieu de la crise, pour sauver les meubles. Arrêté aussitôt attaqué par FNE devant le tribunal administratif de Montpellier, affaire qui suit aujourd'hui son cours.
Enfin, il y a plus récemment cette nouvelle procédure contre le projet d'Alex Puigneau, président du syndicat du Tech, de remettre en eau une ancienne gravière à Villelongue-dels-Monts, de quoi stocker un à deux millions de mètres cubes d'eau en urgence alors qu'on ne sait pas comment l'été peut se passer. L'idée est élaborée au cours de l'hiver 2023-2024, au pire moment de la sécheresse, un écologue est convoqué, et il est prévu de débroussailler trois hectares pour servir de zone test. FNE s'oppose, toujours devant le tribunal administratif, à l'aide d'un référé liberté. Et le tribunal donne de nouveau raison à la fédération d'associations écologistes... De quoi dépiter jusqu'à Yohan Marcon, alors secrétaire général de la préfecture et cheville ouvrière du dossier eau.