Export, innovation, énergie : l’économie corse à la croisée des chemins
Jean-Marc Rafaelli
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Photo d'illustration
Christian Buffa
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La Corse, on le sait, est une pépinière de paradoxes. Toutefois, le caractère archaïque qu'elle cultive dans son mode de vie et de pensée ne le cède en rien à sa force créatrice et sa soif inextinguible d'innovation. Elle aspire à un statut d'autonomie qui lui conférerait un pouvoir normatif dans le périmètre de ses compétences mais espère encore beaucoup de l'État pour, d'une part, l'aider à combler le retard historique de ses équipements structurants - routes, barrages hydrauliques, centrales thermiques, hôpitaux,... - et, d'autre part, actionner fermement ses leviers régaliens afin de faire refluer la vague déferlante de la criminalité organisée contre laquelle l'incapacité de s'affranchir est inconcevable dans une région qui a la démographie de Nice.
Un sommet qui a aussi permis de mesurer à quel point les institutions politiques corses, qui attendent la bénédiction parlementaire pour franchir le palier constitutionnel de l'autonomie, et l'économie pour laquelle l'insularité est davantage un tremplin qu'un handicap, sont étroitement imbriquées. Une articulation à partir de laquelle Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de Corse, tire sa profession de foi : « L'autonomie, ce n'est pas une prise de distance, c'est une prise de responsabilité ».
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Dans bien des domaines, la place de la Corse est... au sommet. Mais il n'y a pas de sommet sans base et, pour une île, le socle est prioritairement constitué par les transports. Certes, la majorité territoriale s'impatiente de voir l'État pérenniser à 230 millions d'euros la dotation annuelle octroyée au titre de la Continuité territoriale, mais ça ne l'exonère pas d'agir pour décarboner les activités aéroportuaires et portuaires. Les armateurs fournissent leur part d'effort. Ainsi Maria Harti, présidente de La Méridionale, qui dessert la Corse depuis 1931, confirme la mise en service en 2027 de deux navires utilisant GNL et électricité, mobilisant chacun un investissement de 180 millions d'euros. C'est vital dans un territoire où les transports sont encore bien trop dépendants des énergies fossiles. La Collectivité de Corse espère d'ailleurs pour bientôt la validation par le gouvernement - le ministre corse de l'Industrie Marc Ferracci s'y est engagé - de la PPE, la programmation pluriannuelle de l'énergie, que la Corse est seule à avoir à l'échelon régional pour lancer un plan d'envergure de rénovation énergétique des bâtiments publics et des logements privés au rythme de 3 000 par an, développer les énergies renouvelables (la Corse a du soleil, du vent et du bois à revendre) et alimenter les deux centrales thermiques en biocarburant avec le soutien d'EDF. En ligne de mire, l'objectif martelé par Julien Paolini, président de l'Agence d'Urbanisme et de l'Énergie, et par Patrice Rossi, directeur adjoint d'EDF-Corse : 80 % d'énergie décarbonée d'ici à 2030 et la souveraineté énergétique de l'île à l'horizon 2050. Avec tout ce que cela génère en termes de formation, de nouveaux métiers et de montée en compétences.
Jean-Marc Rafaelli