"634.000 jeunes inscrits à Pôle emploi fin septembre 2020. C'est 10% de plus qu'en 2019"

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(Crédits : Reuters)
ENTRETIEN. Hausse des inscriptions à Pôle emploi, chômage des jeunes, secteurs en tension, confinement... depuis le mois de mars, le service public de l'emploi est fortement sollicité. Pour Michaël Ohier, directeur Général adjoint chargé du réseau Pôle emploi en France, les agents "sont prêts à affronter cette crise".

LA TRIBUNE - Quelles sont les répercussions de la pandémie sur le marché du travail ?

MICHAEL OHIER L'impact de la pandémie sur les demandeurs d'emploi est significatif. Entre février dernier et fin septembre, il y a eu une augmentation de 367.500 demandeurs d'emploi. Cette hausse est principalement due à une bascule de catégories, des catégories B et C vers la A, et elle est liée au fait que les personnes demeurent inscrites à Pôle emploi faute d'avoir trouvé un travail. C'est une hausse liée à l'absence de sortie des listes. Parallèlement, nous n'avons pas constaté de fortes augmentations des niveaux d'inscriptions par rapport à l'année dernière. La mise en œuvre rapide de l'activité partielle dès le début de la crise et les nombreuses aides à l'embauche dans le cadre du plan de relance et du plan jeunes ont certainement permis de limiter la hausse des inscriptions.

Lors du premier confinement, le nombre d'offres d'emploi avait baissé de moitié et même de 70% dans certains secteurs en seulement quelques semaines. Après le déconfinement, il y a eu une hausse du nombre d'offres mais pas encore de retour au niveau enregistré en 2019. La baisse est de 15 à 20% par rapport à l'année dernière. Il existe cependant des disparités entre les secteurs. L'aéronautique, l'hôtellerie et la restauration, le commerce ont connu une réduction drastique du nombre d'offres. D'autres secteurs sont restés stables comme l'agroalimentaire, la logistique et les transports. Actuellement, quelques secteurs sont en hausse comme le paramédical (+20% par rapport à 2019) et d'autres restent en tension, le BTP notamment.

Quels sont les profils des inscrits ?

Ce sont des personnes assez proches du marché du travail qui alternent activité et chômage. Avant la crise, ces personnes alternaient missions d'intérim et CDD et elles doivent aujourd'hui faire face à une chute du nombre d'offres d'emploi. Elles ne sortent donc pas des listes de Pôle emploi.

Les jeunes semblent être en première ligne dans cette crise. Quels sont les moyens déployés par Pôle emploi pour faire face à la montée du chômage des jeunes ?

634.000 jeunes sont inscrits à Pôle emploi à fin septembre 2020. C'est 10% de plus par rapport à 2019. Le gouvernement a annoncé en juillet un renforcement de l'accompagnement des jeunes vers l'emploi et vient de lancer la plateforme 1jeune1solution.gouv.fr. A Pôle emploi, 1.300 conseillers supplémentaires vont venir renforcer les équipes afin que davantage de jeunes puissent bénéficier d'un mode de suivi particulier, l'Accompagnement Intensif des Jeunes, qui a fait ses preuves puisque les jeunes augmentent leur taux de retour à l'emploi de 28% avec ce dispositif.

Les jeunes peuvent aussi être dirigés vers les missions locales si leurs difficultés sont notamment liées à leurs ressources financières. S'ils sont plus proches du marché du travail et ont besoin d'un accompagnement, les conseillers pourront les diriger vers un parcours emploi-compétences par exemple. Pour ceux qui ont besoin d'un coup de pouce ou de valoriser leur profil auprès des entreprises, ils peuvent être orientés vers les emplois francs ou les contrats initiative emploi (CIE). Pôle emploi dispose donc de tout un panel de dispositions. Il faut avant tout identifier les besoins des jeunes et c'est ce que nous sommes en train de faire dans nos 900 agences.

Comment faire face au chômage de longue durée ?

Il est essentiel de ne pas laisser des demandeurs d'emploi s'enfoncer dans le chômage de longue durée. Il existe des outils d'accompagnement renforcés au sein de Pôle emploi. Les demandeurs d'emploi de longue durée qui ont besoin de reprendre contact avec le marché du travail peuvent ainsi être orientés vers les parcours emploi compétence, qui sont des contrats aidés qui reposent sur le tryptique emploi-formation-accompagnement. Ces parcours conviennent particulièrement aux demandeurs d'emploi très éloignés de l'emploi, avec une prise en charge à hauteur de 45% à 50% du coût salarial au niveau du SMIC. Dans le cadre de l'accompagnement global, nous travaillons aussi avec les travailleurs sociaux des conseils départementaux pour mieux prendre en charge les demandeurs d'emploi confrontés à d'autres problèmes comme le logement par exemple.

Où en est l'insertion par l'activité économique ?

Le gouvernement a renforcé les moyens de l'insertion par l'activité économique (IAE) avec plus de 200 millions d'euros de financements supplémentaires. Cela permettra de recruter 35.000 jeunes de moins de 25 ans en parcours d'insertion. En outre, 30.000 nouvelles aides vont être créées à destination de tous les publics pour soutenir l'IAE dans les secteurs d'avenir et de transformation sociale. Il s'agit donc au total de 65.000 nouveaux contrats qui sont ouverts pour orienter les demandeurs d'emploi vers les associations et les entreprises qui pratiquent l'insertion par l'activité économique.

Enfin, le plan d'investissement dans les compétences (PIC) s'adresse aux personnes qui souhaitent changer d'orientation lorsqu'elles sont dans une situation qui ne leur permet plus d'accéder à l'emploi. Le PIC, qui fonctionne avec les conseils régionaux, a la capacité d'offrir des solutions de formation avec des logiques de parcours. Ce dispositif, lancé il y a deux ans, prend toute sa pertinence dans la période actuelle. Cela représente environ 1 million de demandeurs d'emploi formés chaque année.

Comment Pôle emploi est-il associé au dispositif « Territoires zéro chômeur de longue durée » ?

Pôle emploi est associé à chaque fois qu'une expérimentation est mise en place pour aider des personnes à retrouver durablement un emploi. L'expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée» était prévue au départ pour cinq ans. Elle a déjà bénéficié à plus d'un millier de demandeurs d'emploi. Le texte, en discussion au Parlement, propose de prolonger cette expérimentation pour cinq années supplémentaires et de l'étendre progressivement à 50 nouveaux territoires. Avec de nombreux partenaires, nous sommes pleinement mobilisés, pour notamment identifier des demandeurs d'emploi qui peuvent bénéficier de cette expérimentation, et ainsi participer à la réussite de « Territoires zéro chômeur de longue durée ».

Comment les agences de Pôle emploi gardent-elles le contact avec les demandeurs d'emploi pendant les périodes de confinement ?

Lors du premier confinement, malgré la fermeture des agences, nous avons maintenu un contact à distance avec les demandeurs d'emploi. Les capacités de télétravail de Pôle emploi ont même permis d'augmenter ces contacts. Nous avons ainsi été capables d'accompagner les demandeurs pour l'actualisation mensuelle ou leur indemnisation. Nous avons également fait beaucoup d'accompagnement vers des secteurs en très forte tension et jugés prioritaires comme la santé  ou l'agriculture. D'après les enquêtes que nous avons menées, les usagers ont exprimé un taux important de satisfaction du service rendu (82%).

A partir de la mi-mai, toutes les agences ont pu rouvrir d'abord sur rendez-vous, ensuite sur flux. Durant l'été, tous les dispositifs en accueil collectif, comme les ateliers, étaient en place, dans le respect bien sûr des jauges et des protocoles sanitaires. Pour cette nouvelle période de confinement, le président de la République a annoncé que le service public de l'emploi devait être ouvert. Les agences de Pôle emploi sont donc ouvertes sur flux le matin et sur rendez-vous l'après-midi et ce, grâce à l'engagement de tous nos collaborateurs. Pôle emploi a également maintenu l'accueil collectif pour les opérations de recrutement "Tous Mobilisés" sur les métiers en tension comme la logistique ou les transports. Nous avons aussi lancé plusieurs expérimentations avec les Agences Régionales de Santé. Formations accélérées en gérontologie, formations en alternance pour former et recruter des aides-soignants... En fonction des besoins identifiés sur chaque territoire, plusieurs nouveaux dispositifs sont en train de voir le jour pour aider aux recrutements urgents dans le secteur du sanitaire et social.

Avec le nouveau confinement, nous avons constaté une diminution du nombre de visites dans les agences. La semaine dernière, nous avons eu 130.000 visites contre 200.000 environ par semaine en septembre et octobre. Mais cela montre aussi que les demandeurs d'emploi ont des questions et qu'il est essentiel que nous gardions un lien avec eux. Pôle emploi essaye d'avoir le fonctionnement le plus normal possible tout en faisant attention à la santé du public et de ses agents.

Le gouvernement a annoncé des embauches supplémentaires pour les agences en région. Pôle emploi en tant qu'opérateur de l'Etat a-t-il suffisamment de moyens pour faire face à la crise ?

Nous sommes prêts à affronter cette crise. Aujourd'hui, nos fondamentaux sont solides et les équipes pleinement mobilisées, qu'elles soient en agence ou en télétravail. Le gouvernement a renforcé nos effectifs avec 1.500 conseillers supplémentaires embauchés pour 18 mois pour des missions d'accompagnement classiques. Il nous a également permis de recruter 1.300 conseillers afin de renforcer l'accompagnement intensif des jeunes. Pour le moment, nous en avons recruté 650 et nous faisons régulièrement le point avec le ministère du Travail pour les 650 supplémentaires. Ces 2.800 nouveaux conseillers au total correspondent actuellement à nos besoins.

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Commentaires
a écrit le 25/11/2020 à 8:37 :
Ce serait bien d'avoir les chiffres du taux de suicide svp et selon les catégories de gens, merci. Et pas portés par le mec qui n'a aucune crédibilité hein...
a écrit le 24/11/2020 à 19:30 :
Même pour la gérontocratie on doit aligner le taux de CSG...
a écrit le 24/11/2020 à 18:28 :
Pôle emploi, est un instrument cher, et peu efficace, si ce n'est pour faire du social.
a écrit le 24/11/2020 à 9:40 :
Normal, on a planté l economie et les jeunes pour sauver des octogenaires (qui on l espere voteront macon). Ca fait 30 ans qu on sacrifie les jeunes pour privilegier les vieux, a tel point que maintenant les retraités ont un niveau de vie superieur aux actifs ....
Réponse de le 24/11/2020 à 11:19 :
Que les retraités ont un niveau de vie supérieur aux jeunes débutant relève de l'arithmétique élémentaire. Ils ont fini de payer leurs résidences principales, et possèdent une épargne de toute une vie.
Réponse de le 24/11/2020 à 18:50 :
Non, les boomers sont la premiere generation ou ca se produit. Les retraites de la generation d avant etaient plus pauvre que les actifs car les pensions etaient faibles et ils devaient puiser dans leur capital.
Actuellement les pensions sont largement suffisante pour vivre (a tel point qu on voit encore des retraités placer leur argent au lieu de devoir le consommer) et le capital (immobilier et action) rapporte enormement plus que dans les annees 70 par ex
Réponse de le 24/11/2020 à 19:17 :
commencer a bosser plus de 40 h comme l 'ont fait toute leur vie les octogénaires
y'en a marre d entendre des âneries pareilles
les jeunes ont des smartphones des basquettes de marque etc.. sans bosser
les octogénaires se lavaient dans des bassines a l eau froide au même âge et ne pleurnichaient pas
Réponse de le 24/11/2020 à 19:17 :
commencer a bosser plus de 40 h comme l 'ont fait toute leur vie les octogénaires
y'en a marre d entendre des âneries pareilles
les jeunes ont des smartphones des basquettes de marque etc.. sans bosser
les octogénaires se lavaient dans des bassines a l eau froide au même âge et ne pleurnichaient pas
Réponse de le 25/11/2020 à 12:46 :
Vous savez moi c'est pas qu'un retraité gagnent plus qu'un jeune qui m'inquiète mais plutôt de voir tant de vieux travailleur qui gagne moins que leur parents à la retraite qui m'inquiète...

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