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"Acte VI": vers un nouveau samedi de mobilisation pour les "Gilets jaunes"?

latribune.fr

Publié le 17 décembre 2018 à 07:11 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:10

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Rassuré par le recul de la mobilisation des "Gilets jaunes" à travers la France, le gouvernement engage une course contre la montre pour mettre en œuvre les mesures sociales d'Emmanuel Macron et lancer la grande concertation censée apaiser une crise sans équivalent.

La mobilisation des "Gilets jaunes", lancée le 17 novembre contre la hausse des taxes sur les carburants avant de s'élargir à la question plus globale du pouvoir d'achat, a connu un net recul samedi, à l'occasion d'une cinquième journée de manifestation nationale, avec 66.000 manifestants comptabilisés par le ministère de l'Intérieur, contre 136.000 lors des deux week-ends précédents.

L'explication de texte d'Édouard Philippe

Le gain de 100 euros net pour les salariés proches du Smic passera "par une hausse massive de la prime d'activité" qui sera versée "dès le 5 février pour compléter le salaire de janvier", a annoncé Édouard Philippe dans un entretien aux Échos publié dimanche soir.

Cette hausse ne concernera donc pas tous les salariés au Smic car la prime d'activité tient compte de l'ensemble des revenus du ménage, mais "nous allons élargir le nombre de foyers éligibles qui passera de 3,8 millions à 5 millions", a précisé le Premier ministre.

"Cette réforme va bien au-delà des personnes qui sont juste au Smic : tous les salariés célibataires sans enfant auront 100 euros de plus jusqu'à 1.560 euros net de revenus. Avec un enfant, une mère célibataire, et elles sont nombreuses sur les ronds-points, pourra percevoir la prime jusqu'à 2.000 euros de salaire. Un couple (avec) deux enfants, dont l'un gagne le Smic et l'autre 1.750 euros, verra ses revenus augmenter de 200 euros", explique Édouard Philippe.

Edouard Philippe n'a pas précisé le montant de la hausse de la prime d'activité, mais s'il prend en compte la revalorisation automatique du Smic en janvier (23 euros brut), elle devrait être autour de 80 euros.

Le Medef "prend acte" des modalités des mesures annoncées par le gouvernement pour relancer le pouvoir d'achat et mettre fin à la crise des "Gilets jaunes", lundi dans un communiqué. L'organisation patronale "se réjouit de l'esprit qui guide ces mesures qui visent à reconnaître le travail" mais "reste vigilant" concernant la hausse du Smic qui ne doit pas "accroître le coût du travail".

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Un timing serré pour agir

Matignon dit assumer le fait que 1,2 million de smicards ne bénéficient pas de la mesure, car ils se trouvent grâce à d'autres revenus dans les 30% des foyers français les plus aisés. "Ça va sans doute créer beaucoup de frustration et d'incompréhension", a estimé Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

Au total, ces mesures, parmi lesquelles figurent aussi les heures supplémentaires défiscalisées ou l'exemption de hausse de CSG pour certains retraités, vont coûter selon Matignon 10,3 milliards d'euros, gel de la taxe carbone compris, et creuser le déficit, qui devrait atteindre 3,2% du PIB en 2019. Elles doivent désormais être présentées en projet de loi mercredi en Conseil des ministres, avant de passer à l'Assemblée nationale jeudi et au Sénat vendredi.

Le timing est serré. Richard Ferrand en a appelé à "la responsabilité des parlementaires" pour valider les mesures dès vendredi, afin qu'elles soient applicables au 1er  janvier. Cela éviterait aussi aux parlementaires de siéger pendant les vacances de Noël.

"Le compte n'y est pas du tout", a dénoncé Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France, qui a appelé les "Gilets jaunes" à "garder la pression".

Les détails de la "grande concertation nationale" doivent également être connus dans la semaine. Le débat, prévu jusqu'au 1er mars, doit s'appuyer fortement sur les maires et aborder quatre grands thèmes (transition écologique, fiscalité, organisation de l'État, et démocratie et citoyenneté - dans lequel a été insérée l'immigration).

Un bouleversement du calendrier du législatif

Dans le cadre de ce débat, le Premier ministre s'est déclaré favorable sur le principe à un référendum d'initiative citoyenne (RIC), une des principales revendications des "Gilets jaunes", mais "pas dans n'importe quelles conditions".

"Je ne veux pas que demain on puisse se réveiller avec la peine de mort dans notre pays", a mis en garde Stanislas Guerini, le délégué général de La République en marche.

Le chef des file des députés LREM, Gilles Le Gendre, a lui appelé à "garder le bien le plus précieux: la stabilité des institutions" qui "va de pair avec une certaine verticalité du pouvoir".

La concertation nationale, que le président Macron veut exhaustive, bouleverse le calendrier de la majorité et a déjà repoussé la réforme constitutionnelle.

Mais l'exécutif réfute l'idée que sa capacité à réformer est désormais entamée. "Je crois que la mobilisation des "Gilets jaunes" ne traduit pas une aspiration pour le statu quo, au contraire. Notre objectif est de continuer à transformer, à moderniser le pays", a assuré Édouard Philippe.

Une lassitude venant des commerces...

Cinq week-ends de méventes dues au mouvement des "Gilets jaunes" ont coûté deux milliards d'euros au secteur du commerce, qui n'espère plus récupérer d'ici à Noël cette perte de chiffre d'affaires, indique lundi le Conseil national des centres commerciaux (CNCC).

"La fréquentation des centres commerciaux a encore baissé de plus de 10% samedi dernier par rapport au même jour de l'année dernière, selon l'indice CNCC/Quantaflow", précise-t-il dans un communiqué.

Cet indice se base sur un comptage automatique réalisé dans 280 centres commerciaux, sur les 800 que compte le pays.

"Les quelques jours qui restent avant Noël ne permettront pas de récupérer la perte de chiffre d'affaires qu'on peut estimer à 2 milliards d'euros", estime son délégué général, Gontran Thüring.

Faisant valoir que la filière "représente 5% du PIB et plus de 525.000 emplois non délocalisables", le CNCC demande au gouvernement de prendre "en urgence" trois mesures. Il souhaite voir permis "le libre accès aux sites commerciaux, en particulier périphériques", que soient "accélérées les procédures d'autorisation des ouvertures dominicales supplémentaires" et que soit instauré "un juste équilibre de la pression fiscale sur toutes les formes de commerce", avec un relèvement de la taxation des plateformes de commerce en ligne de type Amazon.

... et des infrastructures autoroutières

Le groupe français Vinci a estimé dimanche à "plusieurs dizaines de millions d'euros" le montant des dégâts commis sur l'ensemble de son réseau lors des manifestations des "Gilets jaunes" depuis un mois.

"Près de 250 sites ont ainsi été impactés quotidiennement par les actions des manifestants", ajoute Vinci Autoroutes dans un communiqué, dénonçant "des dégâts considérables causés aux équipements et infrastructures".

Les mises à feu volontaires ont notamment détruit six bâtiments d'exploitation, dont la direction régionale de Narbonne, 33 véhicules d'intervention, 15 échangeurs et plateformes de péage, et dégradé de nombreuses chaussées, détaille l'exploitant.

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Vinci Autoroutes dénonce également "des dizaines d'actes de vandalisme" dont des dégradations commises sur des caméras de sécurité, des glissières et des panneaux de signalisation, et "des centaines de tonnes de détritus enlevés" autour des "campements" construits par les manifestants.

"Que les réparations soient prises en charge par les assurances, par l'État ou par Vinci Autoroutes, c'est dans tous les cas la collectivité qui est pénalisée par ces atteintes répétées portées aux biens publics, qui ne profitent à personne", souligne Vinci.

(avec agences)

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