Affaire Griveaux : la macronie tout au bord de la crise de nerfs

La déflagration engendrée par l'affaire Griveaux met en exergue la fébrilité ambiante dans une macronie au sein de laquelle l'unité autour du président de la République se fissure peu à peu.

4 mn

(Crédits : Philippe Wojazer)

Dans quelques années, quand on se retournera sur le quinquennat Macron, l'affaire Griveaux tiendra assurément une place de choix au côté de la non moins célèbre affaire Benalla. Toutes les deux, malgré leurs différences, ont en commun d'avoir suscité une déflagration au cœur même de la macronie. Toutes les deux ont également provoqué un emballement médiatique, laissant nombre de Français perplexes, entre sidération et amusement. Les futurs historiens pourront y trouver matière sur l'état d'esprit pour le moins embrumé des élites françaises face aux bouleversements du monde. Quelques heures avant le renoncement de Benjamin Griveaux à la course à la mairie de Paris, la macronie bruisse déjà de rumeurs. Entre les ministres, députés, et responsables LREM, les échanges par messageries et SMS fusent, annonçant à l'avance la mise à mort politique de l'intéressé.

Évidemment, les journalistes sont les premiers destinataires de ces messages issus du cœur du pouvoir : « Il va bientôt annoncer sa démission ! », nous déclare au téléphone un pilier de la campagne, le soir précédent l'annonce fatidique. Étrangement, dans l'adversité, les pro-Griveaux, comme les antiGriveaux, se retrouvent dans une unité qu'on pensait perdue au cours de ces municipales. Une unité de façade, bien sûr, laissant poindre, c'est selon, un certain esprit de vengeance - « c'est bien fait pour lui, c'était un mauvais candidat », nous lâche un supporter de Cédric Villani - comme une grande inquiétude : « Et si le président était en fait visé ? » se demande un autre militant. Le mot « déstabilisation » est alors sur toutes les lèvres. Et, comme souvent en macronie, on évoque rapidement l'existence d'un « complot ».

Rapidement, la personnalité de Piotr Pavlenski, l'activiste russe au cœur du scandale, est au centre de toutes les attentions. La radicalité de ce réfugié politique, opposant à Vladimir Poutine, tranche avec le pacifisme souvent porté en bandoulière par les plus jeunes députés ou élus LREM, cette « bienveillance » revendiquée par le futur président au cours de sa campagne. Son anarchisme brut de décoffrage issu tout droit du XIXe siècle russe les a particulièrement perturbés. Au point que le bruit a rapidement couru que toute cette affaire ne pouvait qu'être téléguidée par les Russes... Pour en rajouter dans la confusion, quelques heures plus tard, à la conférence de Munich sur la sécurité, le président français vise alors clairement la Russie qui, prévient-il, va « continuer à essayer de déstabiliser » les démocraties occidentales. Il est désormais établi que la campagne d'Emmanuel Macron en 2017 a été la cible de hackers russes.

La crise existentielle de LREM

Mais cette déclaration est surprenante au regard du contexte diplomatique de ces derniers mois entre les deux pays. Le président français a en effet entamé un dialogue avec Vladimir Poutine. Le 9 mai prochain, il sera ainsi présent sur la place Rouge, pour les commémorations de la capitulation de l'Allemagne nazie en 1945. Dans une ambiance de paranoïa, certains proches du président pensent davantage à une opération venue de la France : « C'est encore un coup d'Alexandre Djouhri! [intermédiaire proche de la droite française poursuivi par la justice, actuellement en détention à Fresnes, ndlr] », avance l'un, sans apporter aucun élément de preuve. On se demande bien quel est le rapport avec les prochaines élections municipales... D'autres encore s'interrogent sur les messages Twitter d'Alexandre Benalla. Bref, comme lors de « l'affaire d'été » de 2018, chacun y va de ses hypothèses au sujet de l'affaire Griveaux et de son origine.

À quelques semaines des municipales, on ressent ainsi une très grande fébrilité au sein des rangs macronistes. Après trois ans au pouvoir, La République en marche est même tout au bord de la crise de nerfs. Comme si les difficultés politiques attendues fissuraient encore un peu plus l'unité autour du président. Lui est pourtant « anormalement zen », selon l'un de ses proches. À l'Élysée, le prochain départ du conseiller spécial Philippe Grangeon, proche de la CFDT, moins d'un an après son arrivée, inquiète « l'aile gauche » de la majorité, même si l'intéressé a expliqué qu'il s'agissait pour lui de se reposer. Dans ce contexte, l'Élysée a pesé de tout son poids pour propulser Agnès Buzyn, en pleine crise des hôpitaux et du Covid-19, comme candidate de remplacement à Paris. Un pari de la dernière chance ? « C'est un risque énorme de nationalisation du résultat, remarque un macroniste. Cela nous prépare un vrai big bang. »

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Commentaires 21
à écrit le 21/02/2020 à 22:42
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Affaire Griveaux : la macronie tout au bord de la crise de nerfs Behhh oui, la macronie se vomi dessus ... assistons au spectacle de la ministre Chiappa défenseresse des femmes qui ne pipe pas mot sur le sujet ...! Griveaux s'est comporté c...

à écrit le 21/02/2020 à 20:24
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Je ne fais que répéter mon commentaire: On veut toujours nous faire croire qu'il y a un chef d'orchestre a Élysée alors que ce n'est qu'une interface et, ce qui tourne autour ne sont que des pions! Tout est basé sur du marketing de haut vol!

à écrit le 21/02/2020 à 18:46
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Incroyable le renversement des valeurs: on jette en pâture ta vie privée par le biais d'une vidéo et c'est le branle-bas (sana jeu de mots) des moralistes de tous poils: la victime offerte en bouc-émissaire de tous les pisse-froid de ce pays embastil...

le 21/02/2020 à 20:11
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Vous avez raison, c'est pas comme si les video avaient été tournées et envoyées par lui-même, sur le web, à une personne presque inconnue, hors du cercle familial ou amical, en utilisant une application commue pour être une passoire. La moralité d...

à écrit le 21/02/2020 à 16:11
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En parlant de macronie : Les députés LREM viennent de refuser à un salaire minimum pour rémunérer leurs collaborateurs. Selon l’élue LREM des Hauts-de-Seine Laurianne Rossi, cette mesure n’est pas adaptée à la grande diversité des profils de ce...

le 21/02/2020 à 20:12
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Qu'en pense Pénélope?

le 21/02/2020 à 21:20
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Ce débat sur le salaire minimum n'a ni queue ni tête, sauf si vous avez l'intention de sous-payer vos assistant(e)s. Pourtant, les députés disposent d'une enveloppe permettant de rémunérer correctement deux collaborateurs (trices... suis pas sexi...

à écrit le 21/02/2020 à 14:30
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Il y a quand mème longtemps qu'on se demande si la famille LREM est une secte ou un groupe politique tellement le débat contradictoire est absent de ce parti ! Quand a presenter Griveaux comme une victime a plaindre c'est fouler au pied la mo...

le 21/02/2020 à 15:40
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LREM est un rassemblement de la classe aisée de ce pays qui à voulu le pouvoir à tout prix aider financièrement par des industriels pendant la présidentielle pour appliquer ensuite des réformes favorisants en majorité le patronat et ce n'est pas l’ou...

à écrit le 21/02/2020 à 13:36
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L'Affaire Benalla est une affaire d'état. Il s'agit d'une taupe russe introduite au coeur de l'état dans l'intimité du couple présidentiel. Griveaux c'est l'histoire tristement banale d'un excité de la zigounette trahi par une ex. Les deux affa...

à écrit le 21/02/2020 à 12:48
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En attendant,Buzyn est remontée au contact de Hidalgo et Dati,elle pique des voix a Villani qui est en baisse.Alors,qui a réussi son coup?

le 21/02/2020 à 17:37
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elle a déclarée s y consacrer a 200% ... elle a bien abandonné son poste de ministre en pleine crise . un monde de requins

le 21/02/2020 à 20:16
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Je suis partagé. D'un coté il est vrai que ca fait, rat qui quitte le navire en perdition. De l'autre, vu les résultats obtenus jusque là, je ne pense pas que sa défection change grand chose. Et puis je trouve plutôt bien qu'elle ne devienne ...

à écrit le 21/02/2020 à 12:08
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au moins entre affairistes, profiteurs d'influences, il est vrai qu'au moins nous aurons compris que le pays France est en fait un gouvernorat ! C'est bien, au moins tout le monde sait que n'importe qui peut y mettre en particulier si vous êtes en...

à écrit le 21/02/2020 à 10:41
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Bof! On est passé à autre chose. Il n'y a que les journalistes pour mettre du sel sur la plaie... Le côté positif de cette petite affaire, c'est de montrer le côté délétère des réseaux sociaux.

le 21/02/2020 à 16:33
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Mais surtout l'incompétence de celui qui montre son zguège qui veut dire qu'il n'a rien compris a la techno. Ce n'est pas la faute des réseaux sociaux ! A l'époque porte parole du gouvernement, c'est dire que la question sont moins les réseaux soc...

à écrit le 21/02/2020 à 10:36
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On veut toujours nous faire croire qu'il y a un chef d'orchestre a Élysée alors que ce n'est qu'une interface et, ce qui tourne autour ne sont que des pions! Tout est basé sur du marketing de haut vol!

à écrit le 21/02/2020 à 10:07
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Et l'affaire de ben hallah, ou en est-elle ? Il doit en savoir des trucs celui la.

à écrit le 21/02/2020 à 10:02
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Le vrai problème du macronisme, c'est l'extrême médiocrité de ses troupes, notamment les marcheurs historiques (Castaner et Griveaux, ça ne relève pas le niveau...), à un point tel qu'une fois élu, il lui a fallu aller débaucher à droite les vraies c...

à écrit le 21/02/2020 à 9:02
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Pour faire une crise de nerfs encore faut il avoir un cerveau or notre président semble parfaitement décontracté dans cette énième réunion européenne qui ne va rien donner, bon me direz vous il aime tellement parler que forcément c'est un endroit qui...

à écrit le 21/02/2020 à 7:19
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La macronie? La mélanchonie? La Lepennie?..Je ne trouve pas que ce terme soit digne.

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