Ascenseur social : pourquoi ça coince

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Dans les générations qui ont aujourd’hui entre 30 et 45 ans, l’accès à un niveau de vie élevé comme le risque d’être en situation de pauvreté varient fortement selon l’origine sociale. Cet effet s’avère beaucoup plus déterminant
que l’origine migratoire, le sexe ou l’âge de l’individu, conclut l'étude.
"Dans les générations qui ont aujourd’hui entre 30 et 45 ans, l’accès à un niveau de vie élevé comme le risque d’être en situation de pauvreté varient fortement selon l’origine sociale. Cet effet s’avère beaucoup plus déterminant que l’origine migratoire, le sexe ou l’âge de l’individu", conclut l'étude. (Crédits : Reuters/John Schults)
Selon une note de France Stratégie, l'origine sociale et les inégalités scolaires sont les deux principaux facteurs qui paralysent la mobilité sociale et professionnelle.

Le rôle du diplôme et de l'origine sociale restent déterminants en France. Selon une note de France Stratégie publiée ce vendredi 6 juillet, un enfant de cadre supérieur a 4,5 fois plus de chances qu'un enfant d'ouvrier d'appartenir aux 20% les plus aisés. Cet écart indique clairement que l'ascenseur social connaît de sérieux ratés en France même si les politiques publiques peuvent contribuer à limiter les inégalités notamment lors des crises économiques. Déjà dans un rapport publié il y a quelques semaines, l'OCDE avait alerté sur la faible mobilité intergénérationnelle en France. Les économistes de l'institution internationale avaient expliqué qu'il fallait six générations pour que les descendants de familles modestes atteignent le revenu moyen dans l'Hexagone.

Lire aussi : Ascenseur social en France : l'OCDE sonne l'alarme

L'origine sociale reste prépondérante

Pour mieux comprendre les inégalités sociales, l'organisme de réflexion s'est appuyée sur de nombreuses données issues d'organismes différents (Insee, DGFIP, Cnaf, Cnav). Résultat, l'accès à un niveau de vie élevé ou le risque de se retrouver en situation de pauvreté sont fortement liés à l'origine sociale. "Cet effet s'avère beaucoup plus déterminant que l'origine migratoire, le sexe ou l'âge de l'individu."

L'auteur de la note Clément Dherbécourt s'est attaché à étudier la profession du père pour cerner le rôle qu'elle pouvait avoir sur l'égalité des chances. Sa conclusion est claire :

« On est bien loin d'une situation d'égalité des chances pure, où chacun aurait une chance sur cinq d'appartenir à un groupe ou l'autre quelle que soit la profession du père ».

Dans la hiérarchie des catégories professionnelles, ceux dont le père exerçait une profession libérale sont de loin les plus favorisés, "avec une chance sur deux de faire partie des 20% les plus aisés, contre une chance sur 14 d'appartenir aux 20% les plus modestes." Viennent ensuite les enfants de cadres supérieurs et de chefs d'entreprise de plus de 10 salariés avec deux chances sur cinq de figurer parmi les 20% les plus aisés, contre une chance sur 10 parmi les plus modestes. À l'inverse, les enfants d'ouvriers agricoles ou d'ouvriers non qualifiés ont environ trois chances sur 10 d'appartenir aux 20% les plus modestes contre seulement une chance sur 10 aux 20% les plus aisés.

Éducation : le diplôme comme facteur d'inégalités

En dépit d'une progression des inégalités bien inférieure à de nombreux voisins européens après redistribution, la France connaît de sérieuses difficultés pour permettre aux individus de gravir les échelons socio-professionnelles. À se sujet, le document explique bien que le diplôme représente un facteur déterminant dans le parcours des individus :

« Cet effet s'explique largement par l'influence de l'origine sociale sur le niveau de diplôme atteint par les individus : l'inégalité des chances éducatives contribue pour moitié aux écarts de niveau de vie moyen entre enfants d'ouvriers et enfants de cadres, et pour moitié également à l'écart de chances entre eux de faire partie des 20% des ménages les plus aisés. »

L'auteur pointe ici les lacunes du système éducatif français qui a toutes les peines à appliquer le principe d'égalité des chances alors que la France revendique régulièrement le modèle méritocratique. Les failles de l'école en France sont régulièrement pointées du doigt par les institutions internationales comme l'OCDE.

Lire aussi : Éducation : pourquoi la France décroche-t-elle ?

L'homogamie sociale pèse sur les familles modestes

L'homogamie sociale peut également être un facteur important pour expliquer le manque d'efficacité de l'ascenseur social en France et les inégalités de revenus. Il arrive régulièrement que les personnes se mettent en couple avec d'autres personnes de même origine sociale, de profession ou de diplôme similaire, ce qui n'accroît pas forcément les chances de mobilité sociale ou professionnelle.

« Le fait que les individus d'origine modeste soient plus souvent en couple avec des personnes de même origine sociale — donc moins diplômées et ayant plus difficilement accès au marché du travail — influe potentiellement sur le revenu total de leur ménage. »

À l'heure où Emmanuel Macron a reporté la présentation du plan pauvreté à la rentrée, la publication de cette note devrait permettre d'alimenter les débats et les réflexions sur les priorités à mettre en avant pour dégripper l'ascenseur social français.

Lire aussi : Les inégalités de revenus à des niveaux records dans les pays développés

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a écrit le 08/07/2018 à 0:21 :
Par contre il semble que l'échelle de promotion franc-maçonne fonctionne à plein.

Curieusement, il n'y a pas d'études sur le sujet. N'est-ce pas Philippe?
a écrit le 07/07/2018 à 23:59 :
Et un fils de dealer a 5 fois plus de chances de devenir dealer et de rouler en Mercédès SLC qu'un fis de cadre!
a écrit le 07/07/2018 à 8:55 :
Comment cela l'éducation nationale ne fait pas sont travail...' Vous m'en direz temps...
Ils y a deja 30 àns que tous le monde informe de la situation, d'ailleurs cela explique certain resultat economique dè notre pays, les génération actuelle sont moins performante que s'elle passer, moins bien instruite et volontaire pour le travaille .....
Mais bon ils ne faut pas le dire , car beaucoups dè ministre sont des enfants de fonctionnaire ....
a écrit le 07/07/2018 à 8:35 :
ça alors , c'est un vrai scoop !
moi je croyais que c'était la faute du service de maintenance et de la vétusté de l'équipement .
a écrit le 07/07/2018 à 6:46 :
Il faut encore descendre plus bas dans l’analyse , regarder qui va dans les classes préparatoires les enfants de professeurs ont des chances multipliées et contre celà je ne voit que quelque chose de logique. Et oui il n’y a jamais d’ascenseur social
a écrit le 06/07/2018 à 22:57 :
Un excellent livre "la mafia polytechnicienne", publié dans les années 70, écrit par un polytechnicien dénonce l'enfumage de cette pseudo méritocratie républicaine vendue au peuple et je parle de l'X, pas de l'IEP Paris et autres écoles de prestige , où à mon humble avis, c'est bien pire. L'auteur vous démontre par A+B que les CPGE sont, en fait un mécanisme de reproduction des élites bourgeoises où les critères qui prévalent au sésame du concours sont : le nombre d'ascendants X, le nombre de parents prof (de prépa si possible ...) , la prépa d'origine ... parisienne bien sûr (il y en a trois toute en internat , ne vous trompez pas ..) et enfin le plus stupéfiant au demeurant, entre le 200ème et le 300ème admis, vous y apprendrez que les heureux élus se tiennent dans un demi point , autant vous dire que le sujet de aléatoire de l'oral décidera de votre sort quand ce ne sera pas simplement votre tête qui ne revient pas à l'examinateur ) ... .
Bizarrement, ce livre n'est plus réédité, on se demande vraiment pourquoi ....????
Plus sérieusement, pour permettre une vrai mobilité sociale, il aurait déja fallu limiter ces rentes dans le temps en commençant déja par supprimer les grands corps d'états ... et en favorisant par exemple, le développement de formations diplômantes en mesure de concurrencer les happy few du premier cercle..., faute de quoi, la France est condamnée à la sclérose jusqu'à l'implosion du système, qui ne manquera pas d'arriver avec la perte de pouvoir d'achat que subiront les citoyens français ...
Réponse de le 07/07/2018 à 8:47 :
"publié dans les années 70, écrit par un polytechnicien qui dénonce l'enfumage de cette pseudo méritocratie républicaine vendue au peuple "

Il s'agit de Jacques-Antoine Kosciusko-Morizet sa niece étant NKM, elle même diplômée de l’École polytechnique , comme quoi .On peut trouver ce bouquin en occasion sur le net.
a écrit le 06/07/2018 à 22:55 :
Le problème en France c'est la rente perpétuelle que procure le diplôme (notamment les plus prestigieux) contrairement aux pays anglosaxons.
Résultat , les individus ambitieux s'en vont ... et les autres se démotivent .
a écrit le 06/07/2018 à 22:37 :
Comment encore essayer de faire croire que l'origine sociale reste prépondérante alors que 80% d'une classe d'âge obtient le Bac et accède donc aux études supérieures ? C'est au contraire l'impossibilité pour les classes moyennes de se démarquer par leur mérite et l'élitisme républicain qui détruit largement l'ascenseur social. L'autre facteur est le matraquage par les prélèvements fiscaux et sociaux qui empêche l'accumulation de capital par les classes moyennes : la progressivité est devenue un handicap majeur pour la classe moyenne à force de l'excès égalitariste et redistributeur des politiques publiques.
a écrit le 06/07/2018 à 15:55 :
"un enfant de cadre supérieur a 4,5 fois plus de chances qu'un enfant d'ouvrier d'appartenir aux 20% les plus aisés".

Ils ont du photocopier la note des années 70,80 ,90,2000 etc.. car c'était exactement la même situation rien de nouveau sous le soleil et la présentation du plan pauvreté à la rentrée ne changera strictement rien à cette situation.D'autant que je ne vois pas les CSP+ d'LREM s'occuper de ces disparités au contraire ils vont l'accentuer pour que leurs progénitures gardent cette distance de 4,5 fois avec des derniers de cordée qui auraient l'audace de leur piquer une place.
Réponse de le 06/07/2018 à 16:23 :
l’enjeu ce n’est pas une histoire de «  place »
c’est d’être bien avec soi- même et avec les autres.
car chacun a sa place dans ce monde ?
sinon il n’y aurait pas la naissance ?
a écrit le 06/07/2018 à 14:59 :
80% d'une classe d'age au bac, 60% en études "supérieures", l'ascenseur marche très bien mais après ce sont les étages les plus élevés qui affichent déjà complet, c'est pour ça qu'on est obligé d'aménager les seconds et troisièmes sous sols pour accueillir tout ce monde. On va quand même pas jeter notre élite par les fenêtres pour faire de la place. Et puis elle se laisserait surement pas faire.
Réponse de le 06/07/2018 à 15:23 :
ce n’est pas la quantité de diplôme ou d’études ; c’est la qualité des formations ( contenus et qualité et diversité des matières + nombreux stages à l’étranger)

exemple des écoles prestigieuses : cassez vos tirelires : 100 000 Sterling...

la timbale est dans la «  queue du Lion »
donc stop aux «  illusions ».

tout dépend des «  motivations réelles des jeunes »

c’est ce «  facteur «  le plus important des études :
est ce le fantasme des parents ou la motivation réelle de l’étudiant ?
a écrit le 06/07/2018 à 14:30 :
Des étudiants socialement modestes dont la candidature est refusée dans l'université à coté de chez eux, mais acceptés à l'autre bout de la France. C'est un moyen efficace pour maintenir les castes à leur place.
a écrit le 06/07/2018 à 14:24 :
ça «  coince » car les filtres sont «  encrassés »
a écrit le 06/07/2018 à 13:24 :
Un fils de bourge a plus de chance qu'un cul terreux. On le savait deja, merci la Tribune.
Si un canard qui est cense traiter d'eco, se met a faire de la socio......

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