Attractivité : pourquoi la France s'en sort selon Pascal Cagni, président de Business France

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Pascal Cagni, président de Business France
Pascal Cagni, président de Business France (Crédits : DR)
ENTRETIEN. À la veille d'un conseil national de l'industrie très attendu au Grand Palais, Pascal Cagni, président de Business France, revient sur le bilan de la France en matière d'attractivité tant au niveau des investisseurs que des étudiants.

À l'occasion de la publication du tableau de bord de l'attractivité réalisé par l'agence Business France, la Tribune a interrogé l'ancien patron d'Apple en Europe, Moyen-Orient et Afrique de 2000 à 2012, et fondateur et directeur général du fonds londonien C4 Ventures, sur les résultats de la France.

LA TRIBUNE - Quels sont les principaux enseignements du dernier tableau de bord de l'attractivité établi par Business France ?

PASCAL CAGNI - La France est en train de bâtir un cadre dans lequel elle réussit à attirer un maximum d'investisseurs étrangers sur son territoire. Si les entreprises étrangères représentent moins de 1% du total, elles emploient près de 11% des salariés français. Elles représentent 21% des efforts de recherche et développement et contribuent à hauteur de 30% aux exportations. L'enjeu n'est pas seulement d'ouvrir la voie à des investisseurs étrangers qui viendraient pour tirer partie du territoire. C'est aussi avoir des entreprises qui participent à la création de richesse nationale et aux efforts de recherche et développement au niveau national.

L'autre principale conclusion est que, contrairement à certains discours ambiants, la France est une économie ouverte et accueillante. Cela fait partie d'une stratégie construite autour d'un multilatéralisme qui permet de protéger les peuples bien plus que les nationalismes ou les diverses formes de protectionnisme. Cela se traduit par des flux d'étudiants et d'investissements entrants importants.

Lors de notre précédent rapport au mois d'avril, nous avions montré qu'en 2017 nous avions une croissance de 16% du nombre de projets d'investissements d'entreprises étrangères en France. Ce qui est le meilleur chiffre depuis 10 ans. Le cabinet Ernst and Young a confirmé que nous étions en train de dépasser de l'Angleterre et de rattraper l'Allemagne qui a pourtant une économie bien plus importante.

Comment la France se situe-t-elle en termes d'innovation dans le monde ?

Le tableau de l'attractivité montre que nous sommes un pays innovant par rapport à des pays comparables. Quand on regarde les résultats en matière de dépôts de brevets, la France est le quatrième pays au monde. Et le phénomène devrait se renforcer avec le gouvernement qui a décidé d'étendre le taux réduit au dépôt de brevet pour les logiciels. Nous comptons environ un million d'ingénieurs et 40.000 sont formés chaque année. La recherche et développement est favorisée par le crédit d'impôt recherche et le statut de jeune entreprise innovante. Les institutions de recherche, qui étaient parfois perçues comme poussiéreuses il y a 15 ans, sont aujourd'hui vues comme un atout dans la course à l'intelligence artificielle ou à la blockchain. L'Inserm, l'Inria, le CNRS sont aujourd'hui réputés dans le monde.

Quels sont les autres atouts de la France ? 

Il y a une meilleure culture d'entreprise avec un environnement d'affaires favorable. Dans un grand nombre d'écoles de commerce ou d'ingénieurs, beaucoup d'étudiants veulent créer leurs entreprises. Cette dynamique se retrouve dans les chiffres de créations d'entreprises. Il y a une création nette plus forte que dans les autres pays, même quand on neutralise l'effet des microentreprises. L'entrepreneuriat est favorisé également par la rapidité à créer des entreprises qui est supérieure à celle de l'Allemagne ou du Royaume-Uni. La loi Pacte devrait encore accélérer ce mouvement.

On est à la veille d'une reconquête industrielle. La France est passé du label de la French Tech à celui de la French Fab. Plus de 3.000 entreprises de qualité se sont engagées pour former leurs salariés à l'industrie 4.0. Pour la première fois depuis 15 ans, le solde d'emplois créés dans l'industrie est positif. Le nombre de créations d'usines est supérieur au nombre de destructions. Seul 12% de notre PIB provient de l'industrie contre 23% en Allemagne. On doit reconquérir notre industrie.

Dans quelle mesure les investissements directs étrangers et les entreprises étrangères ont-ils contribuer à créer des emplois ?

En 2017, 1.298 projets d'investissements étrangers ont été recensés. Ces projets ont permis de garder, conserver ou créer plus de 30.000 emplois. Sur les 28.000 entreprises étrangères implantées en France, le stock d'emplois est évalué à 2 millions. La fonction production est la première contributrice en termes de créations d'emploi avec 16.213
emplois.

Combien d'étudiants étrangers viennent en France chaque année ?

Avec plus de 245.000 étudiants en mobilité internationale, la France maintient sa quatrième place au niveau mondial comme pays d'accueil des étudiants internationaux après les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie, mais avant l'Allemagne. Et sur les 75.000 doctorants que compte la France, 40% sont étrangers. L'objectif du gouvernement serait d'atteindre 500.000 étudiants étrangers

Les frais d'inscription pour les étudiants étrangers non issus de l'espace économique européen devraient augmenter comme l'a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe lundi dernier. N'est-ce pas un mauvais signal pour l'attractivité de la France ?

Je ne pense pas que c'est à cause de ça que la France ne va pas attirer les talents. Si aujourd'hui les étudiants étrangers veulent venir sur le territoire français, ce que la France leur offre est monetisable à la sortie. La France peut mettre en place un bon arsenal d'aides, de bourses à travers les fondations d'entreprises pour aider les étudiants les plus démunis à venir se former et participer à la construction de la richesse nationale comme la France l'a fait pour des générations d'Italiens ou de Polonais. Les bons élèves devraient avoir les ressources pour venir faire des études sur notre territoire. La France reste beaucoup moins cher que le Royaume-Uni, les Etats-Unis ou l'Australie par ailleurs. 

Le mouvement des gilets jaunes ne risque-t-il pas de dégrader l'image de la France à l'étranger ?

Il serait facile de se plaindre et de faire une autoflagellation. Les investisseurs étrangers et patrons d'entreprises sont attentifs à la tendance des réformes qui rend la possibilité de créer des entreprises et donc des emplois. Le fait que le Premier ministre dimanche dernier a reconnu une certaine crainte et en même temps réaffirmé que les réformes allaient se poursuivre est perçu de manière positive. Par ailleurs, le contexte géopolitique actuel est favorable à la France. En Europe, la montée des populismes en Italie, la poussée de l'extrême droite en Autriche et le Brexit contribuent à renforcer l'image de la France comme un îlot de stabilité.

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a écrit le 23/11/2018 à 22:49 :
A un moment il faut arrêter de vous la raconter les gars.. La France est un pays malade et en aucun cas un îlot de stabilité en Europe. Lorsque l’imdustrie d’un pays comme la France tombe à 12% de son PIB, c’est le début de la fin. S’agissant le l’innovation, laissez-moi rire. La France est larguée dans l’intelligence artificielle, dans la recherche en médecine, dans la robotique et dans la blockchain.
a écrit le 23/11/2018 à 9:37 :
On ne peut que s'en féliciter, surtout si le gap entre la recherche et le développement économique peut être comblé. L’article énumère les points positifs, mais il y a de nombreux point structurels à améliorer, ou à éclaircir.

Il faut bien sur comparer les chiffres. Une analyse de l'OCDE intéressante : (http://www.oecd.org/fr/sdd/stats-productivite/les-emplois-peu-productifs-tirent-la-croissance-de-l-emploi-dans-de-nombreux-pays-de-l-ocde.htm). Où il existe des parfois des antagonismes et une distinction entre quantité et productivité et si j'ai bien compris, avoir des emplois ne suffit pas, il faut aussi et surtout des emplois à forte valeur ajoutée, ou des secteurs d’activités à forte valeur ajoutée. Il est intéressant de comparer l’évolution des divers pays et parmi les graphiques les plus parlants à partir de la page 100 du rapport : https://read.oecd-ilibrary.org/economics/oecd-compendium-of-productivity-indicators-2018_pdtvy-2018-en#page100.

Certes le PIB et la qualité de vie ne sont pas obligatoirement liés, il était à un moment question d’un « Bonheur Intérieur Brut », mais pour le moment le PIB reste l'indicateur de référence en termes de compétitivité, sur ce point la France est toujours bien placée, à la 5e position. Par contre ramené au PIB par habitant, on est au delà de la 20 e place. (https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/ny.gdp.pcap.pp.cd?end=2017&start=1990&view=chart&year_high_desc=true).
On peut comprendre le mécontentement des employés les moins qualifiés, les moins rémunérés, mais cela n'a rien de spécifique à la France et l’équation semble difficile à résoudre, sauf à espérer upgrader tout le monde ou à avoir des plages de salaires aussi larges que celles de l’Allemagne. C’est en partie le cas par compensation avec les divers dispositifs d’aides aux salariés ou aux entreprises. Parfois simultanément, parfois alternativement faisant râler les uns ou les autres, et toujours au prix d’une complexité inégalée.
En dehors des ingénieurs et des chercheurs, il faut veiller à offrir en permanence un panel très large en termes de profils professionnels. Ce qui nécessite formation et adaptation.
Pour revenir au PIB par habitant, l’amélioration en 2017 a été inferieure à celle de la moyenne OCDE. https://donnees.banquemondiale.org/indicator/NY.GDP.PCAP.KD.ZG?end=2017&start=1990&view=chart&year_high_desc=true
Par contraste, ce fut pourtant une année très bénéfique pour les entreprises du CAC 40. Si les groupes ont mis plusieurs années à retrouver leurs niveaux de rentabilité, maintenant il faut peut être convaincre les dirigeants et actionnaires de l’attractivité de la France.

Bref, oui la France est performante, mais cela ne semble pas satisfaire tous les besoins, si l’on en croit les manifestations actuelles d’une part de la population, qui a surtout des préoccupations du quotidien. On pourrait élargir à Maslow, à nuancer suivant le contexte culturel dans lequel on a évolué et si certains sont restés au temps du CNR, d’autres sont nourris à l’innovation et à la concurrence depuis le biberon.
Peut être que les écarts croissants et visibles entre riches et pauvres sont plus difficiles à accepter suivant sa propre situation, ou suivant un sentiment d’injustice. On ne peut influer sur un sentiment, mais on peut au moins expliquer où va l’argent des impôts et des taxes et surtout veiller à ce que les fruits de la création de richesse soient équitablement répartis.
Sur le sujet, du point de vue philosophique, psychologie ou moral : https://www.canal-u.tv/video/meshs/l_accumulation_de_richesses_admiration_envie_et_reprobation.15015

Il faut intégrer tout le monde et cela prend du temps. L’urgence environnementale (ou écologique) pourrait mettre tout le monde d’accord. Théoriquement, cela pourrait constituer un axe de développement, mais là il s'agit de prise de conscience.
a écrit le 22/11/2018 à 18:41 :
C'est normal, les prolétaires sans qualification sont tellement mal payés. Ce qui entraine, comme le disait un chef d'entreprise, "Nous n'arrivons pas à trouver 1.000 personnes qualifiées." Ceux qui sont qualifiés sont allés "se vendre" plus cher ailleurs. Selon une étude de l'insee, un travailleur français qui s'exporte est un Bac + 5, et l'émigré qui vient le remplacer (Dans les chiffres) un certificat d'études. Trouvez l'erreur ?
a écrit le 22/11/2018 à 10:57 :
tout ça pour éviter de dire que les entreprises étrangères viennent faire leur "innovation" parce qu'il y a du CIR à chasser...
Réponse de le 22/11/2018 à 11:41 :
Vous preféreriez sans doute qu'ils aillent innover en Allemagne, au Royaume Uni, en Espagne ou en Italie.
a écrit le 22/11/2018 à 8:24 :
Un entretien, ou plutot de publicite (payant)?
Réponse de le 22/11/2018 à 13:37 :
Devinez: une agence du gouvernement explique que tout va bien, ou presque, du point de vue de l'attractivité, probablement grâce à l'exellente politique de ce même gouvernement.

Plus sérieusement, ils sont bien évidemment en conflit d'intérêts et n'ont aucune espéce de crédibilité.

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