Baisse des contrats aidés : cinq points pour comprendre la problématique

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Fin juillet, Muriel Pénicaud avait annoncé qu'il ne restait plus que 110.000 contrats aidés pour le deuxième semestre 2017.
Fin juillet, Muriel Pénicaud avait annoncé qu'il ne restait plus que 110.000 contrats aidés pour le deuxième semestre 2017. (Crédits : Philippe Wojazer)
Alors que les enseignants font leur rentrée ce 31 août avant leurs élèves, lundi 4 septembre, le gel des contrats aidés, décidé par le gouvernement, fait grincer des dents. La baisse de ces contrats subventionnés présents, majoritairement, dans l’Education nationale, inquiètent les élus à la veille de la rentrée des classes. Dans certains établissements, le retour en cours a même été reporté.

∎ Qu'est-ce que les emplois aidés ?

Il s'agit de contrats subventionnés dans les secteurs marchands et non marchands (principalement) qui sont censés faciliter l'insertion dans le monde professionnel. Dans le secteur non marchand, ils concernent notamment le secteur hospitalier et l'Éducation nationale.

Plus largement, ils appartiennent à un ensemble  regroupant les contrats uniques d'insertion (d'accompagnement dans l'emploi et d'initiative emploi), les emplois d'avenir, les emplois en alternance (600.000), les contrats d'insertion par l'activité économique ainsi que d'autres dispositifs d'aide à l'embauche concernant les jeunes en CDI ou les chômeurs créateurs d'entreprise.

Dans la loi de finances pour 2017, 280.000 contrats aidés avaient été budgétés dans un premier temps pour un montant de 2,4 milliards d'euros. Le gouvernement d'Edouard Philippe avait, ensuite, accordé une rallonge en portant ce total à 293.000 pour cette année, puis à 310.000. C'est moins, cependant qu'en 2016, où l'État avait financé 456.723 emplois.

Fin juillet, Muriel Pénicaud avait annoncé qu'il ne restait plus que 110.000 contrats aidés pour le deuxième semestre 2017. La majorité d'entre eux ayant déjà été signés lors du premier semestre.

C'est à la fin des années 1990 - plus précisément 1997, selon les chiffres de la Dares- que les emplois aidés connaissaient leur plus grand succès. Les gouvernements n'hésitent pas à les renforcer en cas de forte montée du chômage. S'il ne s'agit pas d'une réelle solution pour stopper une explosion, le dispositif contracyclique permet toutefois d'atténuer la progression du chômage de longue durée de crise. Et ce, notamment chez les jeunes, souvent premiers concernés par ce type de contrats.

∎ Que prévoit la réforme du gouvernement ?

Le gouvernement juge les contrats aidés « trop coûteux » et « inefficaces ». Dans un communiqué, le Premier ministre a cependant souligné la « mobilisation significative de contrats aidés autour de l'accompagnement des enfants handicapés à l'école avec plus de 50.000 contrats ». Et d'ajouter :

« Mon objectif n'est pas de dire 'les contrats aidés, c'est mal'. Pour les personnes concernées, c'est momentanément utile, et pour les collectivités, c'est un gain de coût. 'Mais à la fin de la fin, c'est une politique publique qui ne produit pas de bons résultats pour le retour à l'emploi, et s'avère très onéreuse. »

Emmanuel Macron, pour sa part,  juge que les emplois aidés ont été  « trop souvent » une « perversion de la politique de l'emploi ». Il dénonce, dans l'interview qu'il a donnée au Point, leur caractère « clientéliste » qui « suit souvent le cycle électoral ».

« C'est de la subvention déguisée vers les collectivités locales ou le secteur associatif », explique le chef de l'État qui rappelle que « le taux de retour à l'emploi durable des personnes concernées est en effet très faible ».

Pour le chef de l'État, si certains emplois aidés sont utiles, d'autres ne le sont pas. La solution, dans la première hypothèse, et de les faire entrer dans « la dotation des collectivités locales ou dans les subventions aux associations ».

∎ Quelles sont les critiques ?

Plusieurs élus locaux ont peur que la rentrée des classes soit perturbée par un manque de personnel. Cela a notamment été le cas à La Réunion où les élèves ont commencé les cours avec une semaine de retard. À Valorbiquet, dans le Calvados, le conseil municipal a également voté le report d'une semaine de la rentrée, faute de personnel. Pour le syndicat majoritaire des professeurs des écoles le SNUipp-FSU, le chiffre annoncé par le gouvernement représente « déjà 23.157 » que l'année précédente.

Christelle Bacq de Paepe, maire de la commune du Calvados déplorait sur France Bleu :

« Une telle brutalité dans les changements de méthode en plein été, ça nous empêche, de travailler correctement. (...) Je ne veux pas prendre la responsabilité de mettre les enfants en danger. »

L'Association des maires de France (AMF) a, elle aussi, d'ores et déjà dénoncé la baisse « sans préavis » des emplois aidés ; inacceptable « tant sur la forme » que « sur le fond » :

« Depuis, de très nombreuses remontées du terrain (communes et associations départementales de maires) confirment ces inquiétudes et font état de pratiques inacceptables et d'une absence totale de concertation et d'information préalable des élus, et cela moins d'un mois avant la rentrée scolaire », souligne l'organisation dans un communiqué.

Et d'ajouter :

« Même si les contrats aidés ne sont qu'une réponse partielle et perfectible au problème du chômage, l'AMF dénonce une approche strictement comptable et demande solennellement au gouvernement de prendre toutes les mesures adéquates pour que la rentrée scolaire et les activités périscolaires puissent être assurées dans de bonnes conditions dans toutes les communes de France »

Ce à quoi a répondu le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, qui a remis en cause, ce vendredi matin, à l'antenne de LCI, l'organisation des maires.

« Si (les classes) n'ouvrent pas, c'est la responsabilité des maires », a-t-il déclaré. « Qu'aucun maire ne vienne me dire, à moi qui connaît bien ce métier-là, cet engagement-là, qu'il ne savait pas. (...) Nous savions tous qu'il y avait moins d'emplois aidés cette année »

Un recours en référé-suspension doit être déposé au Conseil d'État par plusieurs élus locaux écologistes qui s'affichent contre cette baisse (le maire EELV de Grande-Synthe Damien Carême, le porte-parole du parti Julien Bayou et le président du groupe au conseil régional d'île de France, Mounir Satouri). Dans les rues de Béthune (Pas-de-Calais), ce vendredi, 400 personnes affichaient également leur désapprobation.

∎ Comment le gouvernement a-t-il réagi ?

Face à la grogne, le gouvernement a reçu les représentants des collectivités territoriales afin de « veiller au bon déroulement de la rentrée des établissements scolaires », secteur très affecté par cette mesure.

Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, Muriel Pénicaud, ministre du Travail et Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale se sont ainsi entretenus avec une délégation d'élus locaux, conduite par le président de l'AMF, François Baroin. Lors de cette réunion, le gouvernement s'est engagé à traiter « au cas par cas » toutes les situations où la baisse d'emplois aidés poserait problème. L'AMF précise dans un communiqué :

« Les maires des communes concernées sont invités à (re)prendre contact avec les préfets de leur département pour que des solutions soient rapidement trouvées afin de garantir le bon déroulement de la rentrée scolaire. »

∎ Quid de 2018 ?

Pourtant, le Premier ministre Edouard Philippe a d'ores et déjà annoncé qu'en 2018, « il y aura encore des contrats aidés », mais « il y en aura moins que ce qui existe aujourd'hui (...) ». Cette nouvelle baisse, le gouvernement l'explique en assurant que ces contrats « ne peuvent être l'instrument majeur de la politique de l'emploi ».

(avec agences)

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Commentaires
a écrit le 12/12/2017 à 22:37 :
A 56 ans je trouve que les contrat cui ou cae et pas un emploie juste de l'esclavage ont et pris pour des chiens droit au chantages des employeurs mal honte. Qui fond du tord au employeur qui respecte leurs employé en cae ou cui en être humain !
a écrit le 16/11/2017 à 14:58 :
bonjour:le refuge de saint aubin;dans les HAUTS DE FRANCE,s'inquiéte de ne plus bénéficier des contrats aidés;tous ces bénévoles présent pour tous ces mal aimés,qui ont vécus l'abandon,ces souffres douleurs,maltraités,tremblent de peur à jamais marquer par leur tortures infliger par se soit disant HUMAIN:!!!!!;sommes rentré dans se refuge y adopter notre chien,son maitre le considérer comme un jouet ,le battant qu'il en a perdu un oeil,sa machoire abimée,passer dans ces allées ou sont tant de souffres douleurs,ces mal aimés,de l'homme,nous en avons pleurer,la gorge serrée,comment peut ton infliger toutes ces tortures à son compagnon de vie!!!!!!!:notre chien nous apporte tant de joie,bonheur,nous l'aimons beaucoup,fait partit de notre famille c'est un chien extraordinaire,il a encore fait confiance à cette espéce humaine;nous souhaitons de tout notre coeur que les contrats aidés resteront pour tous ces refuges,mille bravo à eux,des gens de valeur,avec un coeur énorme ,merci pour tous ces mal aimés;
a écrit le 16/11/2017 à 13:59 :
Bonjour,
J'ai 59 ans et même si ma retraite est loin d'être à taux plein, j'ai décidé de partir à l'âge de 62 ans. Je suis déclarée travailleur handicapé, et 2 petites associations de ma ville me proposaient un Contrat Unique d'Insertion. Depuis le 1er septembre celui-ci est supprimé.
Je me retrouve au point de départ, c'est-à-dire rechercher du travail. Pour moi, cette suppression est une catastrophe, pour les gens comme moi qui approchent de la retraite, c'est une opportunité qui me permettait de faire la soudure jusqu'à mes 62 ans.
Malgré tout ce qui se dit, l'emploi des séniors est très difficile.

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a écrit le 30/10/2017 à 13:31 :
Bonjour,
Je pense que bien des collectivités locales (et même les autres versants de la Fonction Publique) ont quand même une certaine marge de manœuvre : il suffit en effet de vider "les placards" et vous verrez qu'ils pourraient s'en passer des années, des contrats aidés.

Bien Cordialement.
a écrit le 03/09/2017 à 13:40 :
Je pense que les contrats aidés devraient être réservés aux associations et être effectivement le moyen privilégié de les financer. Les emplois ne doivent pas être marchands et ne doivent pas se substituer à un financement normal du service public. Le but est surtout d'insérer dans la société des personnes qui seraient de toute façon exclues du marché du travail et donc désoeuvrées avec le RSA.
a écrit le 03/09/2017 à 7:59 :
Ok pour supprimer les contrats aidés. Ce qui est reprochable, c'est la méthose : pas de concertation avec les acteurs publics et associatifs friants de ce type de contrat précaire et calendrier imposé.
Il faut faire le tri dans ces contrats : virer les contrats traine-savatte du type gilets jaunes, verts, rouge de la ratp et sncf et péréniser les contrats utiles.

Au lieu de donner des sous dans des secteurs mort économiquement, je serais pour donner un complément de salaire pour les personnes acceptant un poste en souffrance (restauration, cuisinier, hotellerie).
Réponse de le 27/09/2017 à 17:07 :
eh bien bravo pour votre com !!!! pfff moi mon cui me permet de survivre a l heure actuelle !!! critiquer les gilets de couleur comme vous dites faite certain de leur boulot et on en reparlera !! vous bossé en restauration je suppose , moi aussi j y ai bossé et je vous assure que c est autre chose de bosser en chaine de montage en automobile que la restauration !!! alors la critique est facile !!!
a écrit le 02/09/2017 à 18:44 :
Je ne comprend pas le problème. Augmenter continuellement ses dépenses n'est une méthode ni responsable ni même viable. N'étant ni responsable ni viable elle ne peut pas être morale. L'endettement réduit la richesse de l'état, c'est donc logique qu'un état moins riche ne soit pas capable de tenir les engagement pris par un état qui à l'époque était plus riche. Qu'un gouvernement comprenne enfin qu'il faut baisser les dépenses, même si hélas ce gouvernement en engage d'autres injustifiées par ailleurs, c'est plutôt une bonne chose. Si l'état avait continué à subventionner à tour de bras, il aurait fini par ne plus avoir aucun moyen, et quand l'état est sans moyen, la population dans son ensemble est pénalisée, et les bénéficiaires des subventions se retrouvent eux spécifiquement totalement étranglés.

Pour cesser d'appauvrir l'état il faut soit augmenter les impôts, soit baisser les dépenses. La France étant déjà la championne du monde des prélèvements divers et variés, il ne reste que les dépenses à baisser. Macron a choisi de baisse la dépense que constituent les emplois aidés et dans le même temps la baisse des impôts que constitue la suppression de l'ISF des financiers. Il fait le pari que les financiers vont embaucher plus de monde que la baisse des emplois aidés ne va mettre au chômage. L'avenir dira s'il a eu raison. Parce qu'il est faux de dire que tous les emplois aidés sont destinés aux populations fragiles. Ceux qui peuvent prendre un emploi normal le feraient s'ils en trouvaient un, et pour les autres, les emplois aidés n'ont pas été supprimés, leur nombre a juste baissé. Le statut aidé ou non n'a pas la moindre importance, ce qui est important c'est qu'il s'agisse d'un emploi.
a écrit le 02/09/2017 à 18:35 :
J'ai l'impression que la photo de Pénicaud c'est le jour ou elle a touchée son million d'euros en une journée.
a écrit le 02/09/2017 à 11:12 :
L'emploi aidé c'est un service public bien fait qui sert à tout le monde, alors certes de par la copulation permanente entre élus et hommes d'affaires il va de soi qu'il y a des abus mais à la base cela permet à des gens qui veulent travailler mais qui sont socialement fragiles de pouvoir travailler.

Mettre un terme à ces emplois aidés c'est supprimer un service public de plus, à savoir exactement ce pour quoi les serviteurs des riches ont été mis au pouvoir, casser les services publics, dépecer l'état afin de les revendre à bon prix à leurs maitres milliardaires.

Je pense que vous pouvez me le valider celui-là hein, merci.
a écrit le 01/09/2017 à 19:14 :
L'éducation nationale a de gros problèmes de fonctionnement, déjà avec les classes surchargés, en 10 ans la qualité de l'enseignement a chuté.soit il faut créer des écoles spécialisées soit intégrée les enfants à problème en diminuant les classes à 12 quand on se permet de supprimer des contrats aidés
Réponse de le 03/09/2017 à 8:07 :
D'accord, l'éducation a un problème. Quelle honte de fanfaronner que la rentrée des enseignants concernent 1 millions de personne. Avec des classes à 30 élèves, cela en ferait 30 millions en france. on en est loin. le problème à régler est donc au niveau de ce corps : pas assez de polyvalence, trop de congés et absences divers maladie et formation, des profs à discipline désuette payés à rester chez eux faute d'élèves,...
arrétons de mettre des sous et dégraissons le mamouth.
a écrit le 01/09/2017 à 19:13 :
la communication dissonante parfois ne regle rien les communes ont bien embauchées des doublons malgré la fusion en communauté.. et la gestion informatisée
a écrit le 01/09/2017 à 18:37 :
M.Macron se trompe, il est sur une mauvaise voie, çà revient pas cher de faire un point sur l'efficacité tous les 6 mois et pour suivre ceux qui abusent.
Ceux du cac 40 si il donne 1% de leur bénéfice il y a plus de précarité en France, les abuseurs en France, c'est ceux qui connaissent toutes les lois pour en profiter. A méditer
Réponse de le 03/09/2017 à 6:54 :
Les entreprises du CAC 40 ont dégagées 50 milliards € de bénéfices en 1 semestre , alors disons qu'elles produiront 100 milliards de bénéfice dans l'année ...
Les bénéfices sont taxés par l'état ( vous semblez ne pas le savoir ) a hauteur de plus de 20%...

Mais ...
Si elle donne 1% soit 1 milliard € vous pensez que la précarité en France serait supprimé ?
L'état en donne nettement plus et cela ne répond pas au problème . Revoyez vos chiffres !

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