Emplois aidés : faut-il vraiment les maintenir ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, faut-il vraiment maintenir les emplois aidés ?

Que faut-il penser de la diminution programmée des contrats aidés ? Je me restreindrai ici à une définition étroite des emplois aidés qui inclue aujourd'hui notamment les contrats uniques d'insertion (d'accompagnement dans l'emploi et d'initiative emploi), les emplois d'avenir, et enfin les contrats d'insertion par l'activité économique.

Ces emplois subventionnés concernaient, au premier trimestre 2017, 473.00 personnes. Ils appartenaient à un ensemble bien plus vaste d'emplois aidés qui recouvrent également les emplois en alternance (600.000) et une myriade d'autre dispositifs d'aide à l'embauche de jeunes en CDI ou aux chômeurs créateurs d'entreprise, par exemple. En tout ce sont près d'un million et demi de personnes qui bénéficient d'un dispositif de soutien ou d'accompagnement.

Un outil défensif

Premier constat, ce n'est pas la première fois qu'un gouvernement baisse la voilure en la matière. Le recours aux emplois aidés avait atteint son apogée à la fin des années 2000. Et l'économie française a connu une première grande phase de désaddiction aux contrats aidés entre 2000 et 2008. La crise et la forte montée du chômage a ensuite incité leur relance mais dans des proportions qui n'ont rien à voir avec ce qui a été observé dans les années 1990.

Et lorsque l'on observe la temporalité du recours à ce type de politique d'emploi, il est clair que l'outil est d'abord défensif. Ces dispositifs ne sont déclenchés, avec un temps, de retard que lorsque le chômage augmente. Il ne s'agit pas d'un outil qui a vocation à traiter structurellement le chômage. Il sert plus basiquement à endiguer la montée d'un chômage de longue durée en période de crise et à éviter la casse de capital humain irréversible que ce type de situation entraine. Ciblés souvent sur les plus jeunes, ces dispositifs visent aussi à atténuer l'effet de marquage à vie qu'entraine une entrée trop tardive sur le marché du travail.

C'est pourquoi, envisager leur reflux aujourd'hui, n'est pas aberrant. Si les emplois aidés ont d'abord vocation à atténuer le chômage sur un mode contra-cyclique, la reprise de l'emploi que l'on observe depuis mi-2015 justifie leur reflux programmé.

Un bilan mitigé

Les études qui se sont penchées depuis 20 ans sur l'efficacité de ces dispositifs de soutien à l'emploi aboutissent de surcroît à un bilan mitigé. Les chances de déboucher sur un emploi stable seraient plus fortes lorsque ces emplois sont exercés dans le secteur marchand. Les emplois aidés dans le secteur non marchand, majoritaires, seraient moins probants en termes d'insertion. Mais ils visent aussi un public plus vulnérable.

Les effets d'aubaine du côté des entreprises seraient également importants. Les emplois aidés ne seraient véritablement efficaces que lorsqu'ils sont assortis d'une formation... Bref, les études identifient quelques effets bénéfiques, mais rien de bien probant. L'emploi « artificiel » ne serait pas la panacée pour renforcer l'employabilité des personnes.

Il ne faut pas les bannir pour autant

Faut-il bannir les emplois aidés pour autant ? Non, parce qu'ils réduisent la file d'attente pour tous les candidats à l'embauche. Tout le monde en bénéficie, soit directement, soit indirectement.

Non, aussi parce que dans un monde du travail en plein chambardement, qui n'offre d'autres solutions que des petits jobs pour la frange de la population la moins qualifiée, les emplois aidés sont un moyen de formaliser un travail qui serait sinon le plus souvent informel.

Ce que l'on peut regretter, c'est que contrairement aux grandes promesses, ce type d'annonce ne soit pas plus explicitée et contextualisée. Et s'apparente à un ajustement à la petite semaine. Réduire les emplois aidés n'est pas techniquement condamnable. Ce qui l'est, c'est de ne pas inscrire ce type d'orientation dans une vision plus large de l'avenir du travail, et de ne pas insérer cela dans une stratégie plus globale d'insertion et d'inclusion des moins qualifiés, pour définir ce que serait la politique française de mini-jobs décents.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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a écrit le 01/09/2017 à 10:31 :
SUPPRESSION DES CONTRATS AIDES ...

"extrait du rapport de la cour des comptes du 22 janvier 2013"
- la France a abordé la crise avec des instruments politiques de l'Emploi parfois obsolètes, dont l'efficacité s'est révélée décevante. Les évolutions apportées en 2009 à l'indemnisation du chômage partiel s'explique par une modernisation trop tardive du dispositif au regard de la conjoncture, par sa complexité et par son caractère financièrement peu attractif pour les entreprises...
- utilisés en France alors qu'ils ont quasiment disparu dans les autres pays, les contrats aidés , particulièrement ceux du secteur non marchand, n'ont pas permis par ailleurs d'obtenir des résultats satisfaisants en terme d'insertion durable dans l'emploi. Ces résultats médiocres tiennent à un ciblage défaillant, des durées de contrats trop courtes et un accompagnement insuffisant des bénéficiaires...-fin de citation.

A la lecture de ce rapport des questions se posent ?

- qu'en est-il des personnes qui terminent leur contrat aidé ?
- une certaine expérience professionnelle de courte durée, puis... retour à la case départ ... personne toujours en difficulté
- quels accompagnements ont elles eu durant leur immersion dans leur travail dans la collectivité, l'établissement public, l'association, l'entreprise .. ou autre ?
- quelles formations leur ont été proposées ? correspondent elles à leur choix, leur projet professionnel ?

Je reste persuadée que les contrats CUI-CAE sont de bons relais qui doivent permettre l'accès à un contrat de travail de droit commun, mais encore faudrait il que ceux ci soient gérés dans les conditions d'un accompagnement spécifique pour les publics relevant de ces dispositifs.

Je ne veux pas jeter la pierre aux administrations, aux collectivités, aux établissements publics, aux associations qui ont recours aux CUI-CAE, et encore moins aux élus, aux agents permanents qui font leur travail correctement dans la fonction qu'ils occupent et qui n'ont pas vocation à faire de l'accompagnement social et - ou professionnel... parce que tout simplement cela ne rentre pas dans leur fiche de poste et que l'accompagnement social et professionnel de qualité ne peut être fait que par des personnels qualifiés et diplômés si l'on veut un résultat qualitatif et quantitatif en matière d'insertion socioprofessionnelle.

l'AJE, association intermédiaire, depuis 1987 affiche avec ses 30 ans d'expérience des résultats annuels de sorties positives qui oscillent entre 82 et 87 %,, et ce grâce à ses salariées deux conseillères en insertion professionnelle( diplôme de CIP et Master de psychologie) et une psychologue du travail (Master). Les associations intermédiaires connues depuis 1987 et reconnues pour leur savoir faire depuis 1998, année de leur entrée dans le code du travail.

Les compétences des Associations Intermédiaires ( environ 750 sur le territoire Français, trois en Ariège) :

- accueillir le public,le renseigner selon sa demande (emploi, auto- emploi, formation professionnelle..)
- définir le projet individuel avec la personne ( emploi, création d'entreprise, formation..) proposer des entretiens individuels thématiques pour travailler le CV, savoir répondre à des offres, passer un entretien, cibler des entreprises ou encore sélectionner des offres et demander aux candidats d'y répondre..
- conseiller la personne dans ses démarches, effectuer le suivi des actions et lui proposer des axes d'évolution..
- concevoir et animer des actions collectives sur des thèmes liés à la formation, l'emploi..
- identifier les besoins et attentes d'employeurs en matière de recrutement, gestion des compétences, formation,...et définir des modalités de collaboration..
- actualiser la documentation professionnelle (évolutions règlementaires, lieux ressources..)
- identifier la nature de la demande et analyser les besoins de la personne ( évolution professionnelle, formation, insertion..)
-consulter régulièrement les offres d'emploi
-savoirs théoriques et procéduraux
-caractéristiques socioculturelles des publics
- éléments de base en droit du travail
-méthodes d'élaboration de projet professionnel pour vérifier la pertinence, le réalisme et la faisabilité du projet par rapport à la demande du marché
-connaissances des dispositifs de formation professionnelle (contrat de qualification, apprentissage..)
-techniques de conduite d'entretien pour valider les projets et entrainer les candidats aux entretiens d'embauche
-techniques commerciales pour prospecter les entreprises et promouvoir les candidatures
-utilisation d'outils bureautiques ( traitement de texte, tableur..)

Nos associations intermédiaires n'ont pas vocation à gérer la misère et le chômage, elles doivent innover, faire avancer, valider des projets dans l'intérêt de nos bénéficiaires. Nos compétences sont la qualité des accompagnements socioprofessionnels par l'activité économique. Nos ambiltions sont de ne plus voir deux sociétés pour nos usagers :
une société normale, civile, et une autre sociale, dans laquelle ils craignent de verser.
Notre fierté sont les sorties positives quantifiées en fin de parcours vers des emploi durables, des formations qualifiantes, diplômantes.

Les associations intermédiaires sont des employeurs qui cotisent comme une entreprise lambda et qui mettent à disposition des personnels auprès de toutes les catégories professionnelles ; à partir d'un premier contrat de mise à disposition pour un employeur, elles entament un suivi personnalisé du salarié sur une durée maximum de 24 mois pour honorer leur contrat moral : La sortie positive et durable du bénéficiaire vers un emploi durable ou une formation qualifiante.

J'attends pour l'AJE et mes 750 collègues une proposition de collaboration active avec Madame la ministre du travail à qui j'ai écrit le 16 août dernier et dont j'ai reçu l'accusé de réception...

La République en Marche, tiendra t elle ses promesses d'écouter les acteurs de terrain compétents, comme elle s'y est engagée dans sa campagne lors des dernières Présidentielles ?
AJE

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