Budget 2025 : le directeur de France Travail critique les économies demandées
latribune.fr
« Ca coûte deux fois plus cher d'externaliser l'accompagnement d'un bénéficiaire du RSA que de le faire porter par des travailleurs sociaux des départements et des conseils France Travail », prévient Thibaut Guilluy.
Alors que le gouvernement souhaite supprimer 500 postes chez France Travail, son directeur Thibaut Guilluy a mis en doute, ce mercredi, l'efficacité d'un tel projet, jugeant que l'externalisation de ses services coûte très cher.
Bronca du directeur de France Travail. Ce mercredi Thibaut Guilluy a jugé « discutable », ce mercredi, le projet de suppression de 500 postes chez l'opérateur dans le budget 2025.
« Il y a une mesure que je trouve honnêtement discutable (...) c'est de jouer sur les ETP (équivalent temps plein) », a-t-il souligné. Répondant à des questions de l'Association des journalistes de l'information sociale (AJIS), Thibault Guilluy a rappelé que France Travail avait engagé « un plan d'efficience » visant « à faire 2.900 ETP d'économies d'ici 2027 ». Mais pour lui, ces économies « sont faites pour être redéployées sur les nouvelles missions de France Travail, dont l'accompagnement des bénéficiaires du RSA ».
Il a également mentionné le renforcement des contrôles des allocataires de l'assurance chômage, qui doivent passer de 500.000 en 2023 à 1,5 million en 2027 (600.000 sont prévus en 2024), les prospections pour les entreprises qui sont passées de 100.000 à 200.000 et doivent monter à 600.000 en 2027, ainsi que la généralisation de dispositifs en faveur des handicapés et des jeunes peu qualifiés (Avenir'Pro).
Le directeur de France Travail s'est aussi félicité du taux de retour à l'emploi de 42% des bénéficiaires du RSA. Ces derniers sont passés par l'expérimentation de l'accompagnement renforcé mis en place en 2024 dans 49 départements. Thibaut Guilluy refuse une dégradation des conditions de cet accompagnement, lors de sa généralisation.
Or, selon le projet de loi de finances actuellement examiné au parlement « les moyens financiers de France Travail n'augmentent pas en 2025 par rapport à 2024 pour faire tout ça en plus », constate Thibault Guilluy. « Si on voit que c'est un conseiller pour 50 à 60 personnes, qui fait que c'est efficace, et qu'il y a du retour à l'emploi, je ne vais pas pour des raisons administratives passer à un portefeuille de un conseiller pour 100, ou 150 bénéficiaires du RSA, parce que ça ne marche pas », a-t-il déclaré.
«Je crois beaucoup plus à l'efficacité de nos conseillers pour pouvoir accompagner les bénéficiaires du RSA», a-t-il insisté, précisant que «ça coûte deux fois plus cher d'externaliser l'accompagnement d'un bénéficiaire du RSA que de le faire porter par des travailleurs sociaux des départements et des conseils France Travail».
Les syndicats vent debout
Lors d'une rare conférence de presse commune, début novembre, les dix syndicats de France Travail (ex-Pôle emploi) - CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, FSU, SNAP, Sud, STC, Unsa - ont fait part de leur « inquiétude » sur les effectifs mais aussi le pouvoir d'achat des quelque 54.000 agents, ou le recours accru à l'externalisation, alors que le projet de loi de finances est actuellement examiné au Parlement.
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