"Burn out" aux urgences, un reportage en immersion à l'hôpital

 |   |  444  mots
(Crédits : Eric Gaillard)
Très loin de la vision fantasmée des séries comme Grey's Anatomy ou Dr House, au bloc opératoire de l'hôpital Saint-Louis à Paris, le "burn out" menace à tous les échelons. D'une intervention qui voit fuser les noms d'oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, le réalisateur Jérôme le Maire a su capter le mal-être général des soignants.

Le réalisateur Jérôme le Maire a passé deux ans au sein de la très réputée unité chirurgicale de l'hôpital Saint-Louis, l'un des grands établissements parisiens. Pendant un an, sans filmer, il s'est familiarisé avec l'ensemble du personnel qui travaille à flux tendu dans les quatorze salles d'opération du bloc, chacune accueillant huit à dix interventions par jour au fil d'une organisation très complexe. Il a ensuite tourné seul, toute une année, au cœur de ce collectif professionnel chevronné, qui tient chaque jour entre ses mains la vie et la mort des patients.

D'une intervention qui voit fuser les noms d'oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, il capte un mal-être général qui, des aides-soignantes aux chirurgiens, "déborde, déborde, déborde", comme le planning que les gestionnaires du service n'ont de cesse de vouloir "optimiser".

Entre deux prises de bec, les protagonistes confient leurs états d'âme ou leurs réflexions et s'accordent à reconnaître, en dépit de leurs différends, une commune origine à la pathologie qui les affecte tous. "Les conditions de travail se sont dégradées mais le travail, lui, ne doit pas se dégrader." Car même si les patients semblent se réduire à la partie tranchée et recousue de leur anatomie, ces soignants n'oublient jamais la responsabilité extrême qui est la leur. La direction diligente alors un audit sur la qualité de vie au travail, qui se recentre bientôt sur l'analyse des "process" et de leur "efficience"...

Urgence

Cette fascinante tragi-comédie humaine dévoile au profane ce qu'il ne voit jamais d'ordinaire : la souffrance de ceux qui soignent, d'abord, mais aussi la réalité crue d'une salle d'opération, car le réalisateur y est accueilli comme un membre de la famille, devant qui on n'a pas besoin de cacher le linge sale. S'il pointe des causes maintes fois dénoncées par les syndicats - augmentation continue de la charge de travail, gestion technocratique imposée d'en haut, atomisation d'équipes autrefois soudées...  -, Jérôme le Maire, en laissant s'exprimer des points de vue contradictoires, met aussi en évidence la complexité du problème. Ce portrait intensément vivant d'un hôpital au bord de la crise de nerfs se veut plus largement la métaphore d'un monde du travail ravagé par la perte de sens et désormais en état d'urgence, selon le livre de Pascal Chabot qui l'a inspiré, Global burn-out.

Dans le ventre de l'hôpital Documentaire de Jérôme le Maire (France, 2015, 1h23mn)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/09/2019 à 10:58 :
Bonjour,


Les symptômes sont réciproquement projetés entre thérapeute et patient . un thérapeute peu ou pas clair avec lui même devient dangereux pour son patient .
DR JP Hubert/ DR Abrezol .

L’accompagnement et les soins aux personnes est «  une vocation » dans l’âme humaine.

Cordialement,
a écrit le 17/09/2019 à 0:25 :
J'ai passé trois jours aux urgences de l'hôpital Saint-Louis il y a 3 mois.

Pagaille monstre :
- trois guichets d'accueil avec des personnels serviables, pas vraiment débordés et manifestement contents de pouvoir abandonner leur jeu sur smartphone pour parler à un patient
- aides-soignantes je m'en foutistes en discussion permanente avec leurs collègues et dont on connaît tous les goûts en termes de séries TV
- infirmières pas au courant des soins à faire et des médicaments à donner 3fois sur 4 : heureusement que le patient s'en souvient ...
- système informatique incapable d'imprimer un dossier de sortie .

La ministre a manifestement raison : c'est clairement une organisation défaillante.
Réponse de le 17/09/2019 à 13:35 :
ca fait chaud au coeur.

Il y a 8 millions de personnes qui passent aux urgences chaque année. Souffrez donc qu'on puisse avoir vécu une autre expérience que vous et que vous n''avez pas le monopôle de la raison.
a écrit le 17/09/2019 à 0:11 :
le ponctionnaire n'est jamais assez gavé , c'est bien connu
a écrit le 16/09/2019 à 20:08 :
S'ils sont pas contents ils ont qu'a changer de boulot.
c'est pas moi qui les oblige a supporter ça, alors me gonfler pas
Réponse de le 17/09/2019 à 13:39 :
La prochaine fois que tu te plantes un clou dans le doigt, ne viens plus nous voir.
Après tout pourquoi on devrait te supporter?
Réponse de le 18/09/2019 à 7:27 :
@Réponse de tu l'as dit bouffi...

T'en fait pas, le lapin il le connait bien l'hopital, ou enfin le connaissait bien.
Et je persiste, s'ils ne sont pas contents de leur vie, ils ont qu'a en changer. C'est même tout le mal que je leur souhaite, tu vois comme il est méchant le lapin ;-))
a écrit le 16/09/2019 à 15:44 :
"Les conditions de travail se sont dégradées"

Le problème de la financiarisation de notre oligarchie qui non seulement n'a plus besoin de travailler mais en plus voit ses revenus tranquillement décupler, elle s'est faite complètement avaler par l'argent méprisant et donc malmenant cette notion de travail pourtant tellement importante !

Plus on possède et plus on est possédé.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :