Canal+, Mitterrand, Taxis G7 : portrait d'André Rousselet en 5 points

La Tribune retrace une partie du parcours du propriétaire du groupe Rousselet (Taxis G7) et fondateur de Canal + en quelques phrases tirées de ses mémoires publiées en 2015 (A mi-parcours, ed. Kero).
Mounia Van de Casteele
André Rousselet, figure emblématique de la télévision française, qui fut aussi le proche de François Mitterrand, est décédé dimanche à son domicile parisien à l'âge de 93 ans.

L'empire des taxis G7, c'est lui. Canal+, c'est encore lui. Lui, qui fut accessoirement l'exécuteur testamentaire de François Mitterrand, c'est André Rousselet, décédé dimanche à son domicile parisien à l'âge de 93 ans. Il avait raconté ses mémoires dans un ouvrage publié en 2015 ("A mi-parcours", éditions Keros), dont La Tribune vous propose quelques extraits, afin de brosser une esquisse de cet entrepreneur.

Un profond désintérêt pour l'école

"Croyez bien que j'aimerais vous livrer un portrait plus flatteur de ma jeunesse. J'ai beau chercher... je ne trouve rien pour faire de moi un enfant rétrospectivement attachant. Je me laisse porter. Je ne travaille pas. Ni complètement solitaire ni tout à fait sociable. Je mettais toute mon énergie, et mon orgueil, dans une perturbation imbécile de la classe. Si par exemple le professeur de français lisait un texte disant "la nuit tombait...", j'abattais bruyamment la main sur mon pupitre pour souligner le chute de la nuit. Vous voyez le niveau !"

Le désespoir de sa famille et des professeurs

"Bref. Je fais le désespoir grandissant de mon père. (...) En cinquième, à Buffon - dont je ne vais pas tarder à être exclu - (...) mon père et ma grand-mère s'entendent un jour pour partager les frais de cours particulier de latin et français, qu'ils souhaitent me faire donner. (...) Après avoir écouté mon père (...), ce professeur lui a dit "Ecoutez monsieur, je suis un honnête homme. Et en homme honnête, je ne voudrais pas vous faire perdre de l'argent. Votre fils n'est pas le genre de garçon qu'on peut espérer faire progresser par des leçons. N'insistez pas"."

Renonce à une carrière d'avocat et entre en préfecture

"En 1945 (...) un ami de mon père, Edouard Depreux, un résistant venu de la SFIO, qui a été au cabinet de Vincent Auriol avant la guerre (...) lui conseille "au cas où" de m'inciter à me présenter au concours permettant de devenir chef de cabinet de préfet. L'ENA, l'école nationale d'administration est sur le point d'être créée, mais n'existe pas encore. (...) Je me présente (...) et surprise ! je suis reçu. A la rentrée, en septembre 1945, je renonce à la carrière d'avocat et je choisis la préfectorale, où mon dossier me vaut immédiatement une première affectation à Foix, dans l'Arriège."

Là où "tout" commence...

"Ma vie auprès de François Mitterrand... Tout ce qui me conduira vers le monde de la politique, et celui des affaires, la G7, les campagnes présidentielles, l'Elysée, Havas, Canal+... Tout est parti de là, ce printemps 1954, avec les conséquences immédiates de Diên Biên Phu. Pourtant, j'ai bien failli passer à côté de la plus grande chance de ma vie. Par négligence..."

Les débuts de la G7

"Le "G" et le "7" du nom correspondent à l'appellation et aux numéros qui étaient affectées à ces compagnies. "G7", c'est pour "Garage 7", car l'autorisation d'exploiter des véhicules est liée à la possession d'un garage où les héberger. (...) La G7 qu'on me demande de regarder de près, c'est environ 2.000 voitures, réparties dans sept garages parisiens."

1959. "J'apprends (...) que le président de Simca est en négociation avec une entreprise qui souhaite ouvrir un magasin sur l'emplacement d'un des garages de la G7. La société en question s'appelle la Fnac, et le garage concerné se trouve avenue de Wagram. (...) L'octroi des autorisations d'exploiter les voitures était était lié à une dimension immobilière : posséder un garage pour les abriter. Président de Simca, Henri-Théodore Pigozzin'a pas de considération particulière pour les taxis et leurs chauffeurs (qui sont alors encore de simples salariés). La seule chose qui l'intéresse, (...) c'est le patrimoine immobilier de la G7, sa dimension foncière. Il ne voit que par le foncier, sans se rendre compte que le patrimoine foncier en question - des garages - n'a été acquis, constitué au fil du temps, justement, que par les taxis... L'avenir montrera, heureusement pour moi, qu'il est dans l'erreur. Il croit si peu aux taxis que, deux ans auparavant, il a fait éclater l'activité en deux secteurs : la gestion des véhicules, dont il n'a que faire, et la gestion "foncière" (...). En contrepartie de cette scission, il s'est engagé à conserver au minimum encore cinq ans, jusqu'en mars 1963, les taxis qu'il possède".

"Le problème de Pigozzi est le suivant : pour libérer les lieux, il a recasé autant qu'il le pouvait dans les autres garages une partie des 300 voitures qui stationnaient habituellement avenue de Wagram. Mais pas toutes. Ses autres garages sont pleins. (...) Ce que je suggère à Pigozzi, et qu'il va accepter, c'est de l'aider à se délester des 150 taxis à Wagram. Comment ? (...) Un, je m'engage à trouver un point de chute pour ces voitures. Deux, il n'a pas le droit de vendre les taxis eux-mêmes, mais il peut vendre les actions G7 (...) mais je n'ai pas un kopek pour acheter les actions que je m'engage à prendre. (...) Finalement, je rencontre un banquier qui accepte de m'accompagner dans cette affaire."

On connaît la suite...

Mounia Van de Casteele

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Commentaire 1
à écrit le 31/05/2016 à 13:33
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C'est la vision de la gestion de Canal+ par Bolloré qui l'a achevé :-) !

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