Carburants : Edouard Philippe défend sa fiscalité écologique "droit dans ses bottes" !

"C'est compliqué mais il n'y a pas le choix !" : du Vietnam où il est en voyage officiel, le Premier ministre a justifié la hausse impopulaire des taxes sur les carburants par l'urgence climatique et la nécessité de changer les comportements. Le gouvernement travaille avec les constructeurs à un doublement de la prime à la conversion pour l'achat d'un véhicule "propre". Sur les réseaux sociaux, le mouvement d'appel au blocage des routes le 17 novembre prend de l'ampleur.
(Crédits : Stephane Mahe)

"C'est compliqué mais il n'y a pas le choix": Edouard Philippe est revenu samedi lors de son déplacement au Vietnam sur la hausse impopulaire des taxes sur le carburant en France, en soulignant le besoin de combattre les émissions de gaz à effet de serre. "J'entends parfaitement la grogne, le mécontentement parfois, la colère aussi qui peut s'exprimer, mais je dis aujourd'hui comme je l'ai toujours dit qu'il n'y a pas de solution magique au problème du dérèglement climatique", a-t-il insisté.

Lors d'une rencontre avec des jeunes au nouveau lycée français d'Hanoï, le Premier ministre a été interrogé sur le réchauffement climatique, et est de lui-même revenu sur la polémique en France sur la forte remontée des prix des carburants, sous l'effet conjugué des hausses des prix du pétrole et de l'augmentation chaque année de la "taxe carbone". "Il faut pouvoir inciter nos concitoyens à changer un certain nombre de comportements qui sont problématiques du point de vue des équilibres environnementaux", a-t-il ajouté. "Alors c'est facile à dire comme ça, et puis quand on rentre dans le détail, ça râle un peu il faut reconnaître. Je ne sais pas au Vietnam mais en France, parfois ça râle", a reconnu M. Philippe.

"Théoriquement, tout le monde est d'accord (pour réduire les émissions) mais en pratique c'est difficile", a-t-il souligné. "Il faut accompagner ça. Il faut que les gouvernements essaient de dire à la fois "atention il faut changer les comportements", mais en même temps qu'ils accompagnent leurs concitoyens pour que ces changements soient possibles", a-t-il plaidé, citant les primes à la conversion du gouvernement dans l'automobile ou pour changer les chaudières au fioul.

"C'est compliqué, mais il n'y a pas le choix, il n'y vraiment pas le choix et d'une certaine façon il y a urgence", a insisté le Premier ministre. "Et même si ça râle beaucoup, même si c'est difficile à assumer, à mettre en pratique, il y a beaucoup de gens, et notamment de votre génération, qui savent que c'est indispensable", a-t-il dit aux lycéens.

Le gouvernement, qui a mis en place en janvier une prime à la conversion pour l'achat d'un véhicule hybride ou électrique, qui va de 1000 à 2500 euros (l'an prochain) travaille avec les constructeurs auto pour que ceux-ci doublent la mise. Ce qui semble se présager, dans la mesure où cela les aidera à écouler leurs stocks... Pour autant, la grogne monte en France avec un appel à la "révolte des automobilistes" et à un "blocage" des routes et des dépôts de carburants le 17 novembre. Un mouvement appelé "gilets jaune", en référence au gilet de sécurité obligatoire pour les conducteurs, que ceux qui veulent participer au blocage sont invité à mettre en évidence sur leur tableau de bord, est en train de monter en puissance et fait le "buzz" sur les réseaux sociaux. Le dernier mouvement des routiers date de 1998, il y a 20 ans. La fronde contre la hausse des prix des carburants, certes en partie due à la flambée des prix du pétrole, inquiète de plus en plus l'exécutif. Le Premier ministre Edouard Philippe, "droit dans ses bottes" affiche sur le sujet la même fermeté que sur la limitation de la vitesse à 80 km/h sur certaines routes nationales. Mais alors que de nombreux députés sont pris à partie dans leur circonscription, l'idée d'une "TIPP flottante" tel que l'avait créé le gouvernement Jospin, ou d'un mécanisme similaire, ajustant le niveau des taxes sur les carburants au niveau des prix du pétrole, refait surface.