Caroline Neyron, IMPACT France : "La présidentielle 2022 doit donner la priorité à la transition écologique et sociale"

A l'occasion des Universités d'été de l'Economie de Demain, dont la troisième édition se tient du 26 au 27 août, les réseaux d'entrepreneurs et dirigeants engagés dans la transformation écologique et sociale dévoileront une trentaine de propositions pour participer au débat public dans le cadre de la campagne présidentielle de 2022. Caroline Neyron, directrice générale du Mouvement IMPACT France, détaille la vision de ces entrepreneurs qui veulent agir pour le bien commun.

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Pour Caroline Neyron, la prochaine présidence française du Conseil de l'Union européenne, du 1er janvier au 30 juin 2022, nous donne la possibilité, par le biais d'initiatives sur la gouvernance durable et la taxonomie, notamment, de renforcer le rôle de l'Union et d'accélérer la transformation des entreprises.
Pour Caroline Neyron," la prochaine présidence française du Conseil de l'Union européenne, du 1er janvier au 30 juin 2022, nous donne la possibilité, par le biais d'initiatives sur la gouvernance durable et la taxonomie, notamment, de renforcer le rôle de l'Union et d'accélérer la transformation des entreprises." (Crédits : DR)

Retrouvez ci-dessous les conférences de notre événement partenaire Les Universités d'Eté de l'économie de demain :

LA TRIBUNE - En 2020, le mouvement des entrepreneurs sociaux a fusionné avec le réseau Tech for Good France pour devenir IMPACT France. Pourquoi ?

CAROLINE NEYRON - Il y a dix ans, notre mouvement s'est créé pour faire la preuve qu'un modèle d'entreprise où l'efficacité économique au service de l'impact social et écologique est possible. Face à l'urgence sociale et écologique actuelle, il faut le développer davantage et pour cela, fédérer toutes les entreprises qui souhaitent mettre leur impact positif beaucoup plus au cœur de leur organisation, et qui sont sur le chemin de cette transformation. C'est ainsi que nous avons souhaité rassembler les entreprises qui font l'économie de demain, des start-up 'tech for Good' aux acteurs de l'ESS en passant par les 'entreprises à mission', pour qu'elles s'entraident, grandissent ensemble et portent une parole commune. Car c'est 100% de l'économie qui doit bouger !

Notre ambition est donc de faire en sorte que de plus en plus d'entreprises enclenchent leur transformation pour davantage d'impact positif et qu'elles mettent l'impact au cœur de leur action, en s'appuyant sur quatre piliers : impact social (inclusion, diversité...), impact écologique, partage du pouvoir et partage de la valeur. La transformation doit donc s'engager sur ces quatre piliers en même temps si l'on veut qu'elle soit efficace et durable. D'ailleurs, il ne s'agit pas de faire évoluer les entreprises vers un impact environnemental positif à marche forcée en oubliant le social, par exemple. Aucun aspect ne doit être sacrifié. Et tous ces enjeux se résoudront les uns avec les autres.

C'est aussi le sens des Universités d'Été de l'Économie de Demain, que nous avons lancées il y a trois ans avec 25 réseaux d'entreprises engagées (CJD, 1% For The Planet, Commerce Equitable France, Synabio, B-Corp, Ashoka, Communauté des entreprises à mission, etc.) en miroir des universités du Medef. Elles sont l'occasion chaque année de débattre des grands enjeux, de proposer des politiques publiques pour y répondre et de partager de bonnes pratiques. Avec en ligne de mire la présidentielle de 2022, nous dévoilerons cette année une trentaine de propositions dans le but que les candidats à l'élection et le futur gouvernement s'en emparent.

Votre objectif est d'engager 30% des entreprises françaises dans la transition écologique et sociale sur les trois ans à venir. Où en êtes-vous ?

Aujourd'hui, environ 10 % des entreprises font déjà partie de l'Économie Sociale et Solidaire. À cela s'ajoutent désormais les entreprises à mission au sens de la loi Pacte, et bien sûr, il existe nombre de labels qui visent à consacrer les efforts des entreprises dans ces domaines. Néanmoins, pour engager davantage d'entreprises, instaurer un scoring d'impact transparent, à l'image de l'index de l'égalité professionnelle, me paraît être un levier clef. Cela permettrait que toutes les parties prenantes puissent connaître les engagements pris par les entreprises, et que la puissance publique oriente mieux son soutien et ses investissements.

Nous y avons travaillé collectivement, en identifiant les indicateurs clefs et des objectifs à atteindre, le tout selon des critères clairs, transparents et structurants. Et pour montrer que c'est possible et utile à tous, nous avons dévoilé l'Impact Score l'an dernier, qui a déjà été testé par près de 2000 entreprises, et nous en présenterons une nouvelle version lors des prochaines Universités d'Été. À cela s'ajouteront des efforts de la part de notre réseau pour le développement de filières responsables, par exemple l'économie circulaire. Pour répondre aux crises qui nous attendent, il faut que dans cinq ans, le visage de l'économie française se soit réellement transformé !

De nombreux défis attendent les entreprises, surtout dans le contexte actuel. Comment IMPACT France entend-il y répondre ?

Dans le contexte actuel, les entreprises doivent se relancer sans succomber à la tentation du business as usual, qui engendrerait les mêmes résultats... C'est précisément pourquoi il faut outiller et valoriser les entreprises qui se transforment pour répondre aux grands défis du siècle et les sécuriser. D'autant que celles qui ne font rien ne réussiront sans doute pas à survivre...Les entrepreneurs et entreprises qui ont déjà mis en place des engagements et évolutions structurantes peuvent accompagner les autres, et c'est ce que nous organisons au quotidien pour les membres de notre mouvement.

Mais la majorité des entreprises ne peuvent engager de telles transformations avec les règles de la compétitivité actuelle : nous formulons donc des propositions pour aller vers une réelle compétitivité sociale et écologique. Pourquoi ne pas considérer la fiscalité (dont les cotisations sociales des entreprises) sous le prisme de l'intérêt général ? Pourquoi ne pas l'utiliser comme outil de réorientation de la stratégie des entreprises ? Et pourquoi ne pas faire, comme pour le numérique, des écoles de formation à la transition, avec des programmes de qualité et des parcours balisés, en particulier sur l'innovation écologique et sociale ? L'innovation écologique et sociale est aussi un levier décisif à activer qui pourra nous faire gagner en résilience et en performance demain.

Les salariés ont été largement affectés par la crise sanitaire : faut-il aussi changer le mode de management ?

Parce qu'elles cherchent à concilier utilité sociale et performance, la question de l'épanouissement personnel et du sens trouvé dans son travail reste un enjeu primordial pour les entreprises engagées. Il n'est cependant pas rare que leur gestion interne présente des verticalités et elles ont aussi été bouleversées par les confinements successifs et l'explosion du télétravail.

Nous avons travaillé sur l'entreprise libérée, mais les pratiques concrètes impliquant les travailleurs dans les organes décisionnels, et encore plus la réelle prise en compte de leurs opinions, restent relativement peu développées dans les faits. Les réorganisations post-pandémie peuvent rebattre les cartes, avec des manières de fonctionner plus horizontales, même si c'est un changement qui peut être difficile et doit être accompagné.

Il me semble aussi que les enjeux de management sont profondément liés aux évolutions de la gouvernance et d'une voix plus grande des salariés et autres parties prenantes en matière de décisions au sein des conseils d'administration et de partage de la valeur.

En laissant la possibilité pour les salariés d'être autonomes dans l'organisation de leurs tâches et d'être impliqués dans la gouvernance en participant aux décisions stratégiques de l'entreprise, on peut faire de ces bouleversements des opportunités d'innovation tout en étant en phase avec les aspirations des nouvelles générations.

Voyez-vous l'avènement d'une croissance économique raisonnée et juste à un horizon proche ? En somme, un 'avant' et un 'après' crise Covid ?

Je suis relativement optimiste, mais si je pensais que tout allait bien, je ne déploierais peut-être pas autant d'énergie pour mettre ce sujet au cœur du débat public ! J'espère en tout cas que nous atteindrons rapidement le point de bascule.

À cet égard, la prochaine présidence française du Conseil de l'Union européenne, du 1er janvier au 30 juin 2022, nous donne la possibilité, par le biais d'initiatives sur la gouvernance durable et la taxonomie, notamment, de renforcer le rôle de l'Union et d'accélérer la transformation des entreprises. Et les débats des prochains mois pourraient remettre ce sujet à l'agenda. La prise de conscience est de plus en plus forte. Les planètes sont alignées pour qu'une reprise juste et durable se mette effectivement en place.

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Commentaires 6
à écrit le 30/08/2021 à 9:39
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Il est dommageable que la prochaine présidentielle ce discute sur des choses si inutiles, alors que la plupart des citoyens français espère un réel choix politique possible avec des candidats qui soient juste différents et leur offre juste la possibi...

à écrit le 27/08/2021 à 0:54
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C'est qui cette dame ? Une travailleuse des associations subventionnées. une fonctionnaire qui dit de quoi va parler la présidentielle. Pathétique.

à écrit le 26/08/2021 à 15:32
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De quoi devrions-nous vraiment nous inquiéter ? - au premier chef de la désindustrialisation de la France due en tout premier lieu à l'énorme trop plein de ponctionnaires (improductifs) inutiles et donc nuisibles sans oublier leurs émoluments, en p...

à écrit le 26/08/2021 à 10:52
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La transition écologique et sociale ne passera pas par des innovations mais par le changement de nos habitudes quotidiennes et de notre consommation! Le néolibéralisme n'a plus d'avenir!

le 26/08/2021 à 13:08
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Pas d'avenir ? On en reparlera quand le corona sera rentre dans sa bouteille.

à écrit le 26/08/2021 à 8:54
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Oui il y aura des discours ambitieux comme d'habitude mais chaque pays européen fera comme il voudra également comme d'habitude tandis que la Chine et les Etats Unis eux ne nous écoutent même plus notre influence ne se reposant plus que sur des formu...

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