Croissance : Hollande peut remercier la BCE !

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Qui a le plus fait pour la croissance ? Le président de la Banque centrale européenne ou François Hollande, le chef de l'Etat ?
Qui a le plus fait pour la croissance ? Le président de la Banque centrale européenne ou François Hollande, le chef de l'Etat ? (Crédits : REUTERS/Philippe Wojazer)
Selon les statistiques de la Banque de France, l'investissement des entreprises a essentiellement été financé par emprunt bancaire depuis 2014, en dépit de l'augmentation de leur taux de marge. L'investissement se heurte à un plafond de verre que le gouvernement n'a pas su briser.

La politique de l'offre menée depuis 2014 par le gouvernement porte-elle ses fruits ? L'emploi repart timidement, mais pas assez vivement pour inverser la courbe du chômage.

L'investissement progresse, mais ses effets sur l'économie ne sont pas réellement visibles, à l'exception d'un creusement du déficit commercial. Faut-il rappeler que l'investissement des entreprises ne représente que 23% de la consommation des ménages et 12% du PIB. Son impact est donc assez faible sur l'activité et l'emploi, comme en convient l'entourage de Michel Sapin, le ministre de l'Economie et des Finances.

Si, sur le plan macroéconomique, cette politique de l'offre n'affiche pas de résultats pleinement satisfaisants, il en est autrement dans le domaine financier.

Forte hausse des dépôts bancaires

Selon les statistiques de la Banque de France, entre juin 2014 et juin 2016, les dépôts bancaires des entreprises non financières ont fait un bond de 78,2 milliards d'euros pour atteindre 309,2 milliards d'euros, ce qui représente une augmentation de 33%. Selon la dernière enquête sur la trésorerie des entreprises réalisée par COE-Rexecode, l'argent liquide, le cash demeure le "placement" privilégié par les trésoriers interrogés...

Sur la même période, selon l'Insee cette fois, l'investissement des entreprises non financières a fait un bond de 10,7 milliards d'euros.

Au regard de ces statistiques, on pourrait donc en conclure que la remontée du taux de marge des entreprises leur a donné un peu de marge de manœuvre pour financer la modernisation de leur appareil productif ? L'industrie du futur est sur les rails !

Le crédit plutôt que l'autofinancement

Sauf que la réalité est toute autre. Les entreprises n'ont pas autofinancé ces investissements. Pour moderniser leurs équipements, elles ont eu recours à l'emprunt bancaire, profitant de la faiblesse des taux d'intérêts qui est la conséquence de la politique monétaire ultra accommodante de la Banque centrale européenne (BCE). Selon la Banque de France, les encours de crédit bancaire ont augmenté de 75,9 milliards d'euros entre juin 2014 et juin 2016 pour dépasser les 902 milliards d'euros, en progression de 9,1% sur la période.

La situation financière des entreprises s'est globalement améliorée

Quelles conclusions peut-on tirer de cette batterie de chiffres ? Globalement, la situation financière des entreprises s'est nettement améliorée depuis deux ans. Bien entendu, cette situation doit être relativisée. Le niveau de défaillances d'entreprises reste excessivement élevé, proche de celui observé au pic de la crise en 2009. Trop de TPE et de PME, et dans une moindre mesure d'ETI souffrent souvent de problèmes de trésorerie. Selon le rapport annuel de l'Observatoire des délais de paiement, les retards de paiement expliquent 25% des cas de faillite. En clair, l'augmentation des dépôts à vue des entreprises s'explique par celle des emprunts, les gains financiers offerts par l'augmentation du taux de marge ayant une influence bien minime sur leurs décisions d'investissement.

Les entreprises investissent, mais avec prudence

La volonté de la BCE d'encourager la circulation de ces liquidités via des taux d'intérêts négatifs se heurte donc à une certaine passivité de la part des entreprises. Les établissements bancaires ont beau jeu de se plaindre de cette situation, qui affecte leur rentabilité. Mais ils oublient de préciser que les dépôts qu'ils ont à gérer et faire fructifier ont nettement augmenté pendant la période récente.

Que faudrait-il pour que ces liquidités placées dans les banques retrouvent le chemin de l'économie réelle ?

Si les entreprises ne prennent pas plus de risques, si elles n'investissent pas plus, c'est pour une série de raisons. On peut toujours évoquer les incertitudes entourant leur avenir. L'instabilité fiscale, les pesanteurs réglementaires et normatives, la prochaine élection présidentielle sont autant de facteurs qui peuvent inciter les entreprises à ne pas investir davantage. On peut les comprendre.
Mais plus que ces incertitudes, c'est la faiblesse de la demande qui semble surtout constituer le principal frein à une véritable reprise de l'investissement.

La consommation résiste mollement

Certes, la consommation des ménages résiste. Elle devrait progresser de 1,5% cette année. Mais elle est loin d'afficher des taux de croissance comparables à ceux observés au cours des années 2000, jusqu'à la crise de 2008-2009, période au cours de laquelle elle augmentait chaque année de 2,2% en moyenne.

Certes, les dépenses de consommation des administrations progressent encore. Mais elles visent essentiellement à assurer leur fonctionnement, les dépenses d'investissement étant quasi nulles

L'Insee vise une hausse de 1,5% cette année, comme en 2015. Mais là encore, la différence avec la période 2000-2007 est notable. En moyenne, ces dépenses progressaient de 2,4% sur cette période.

En raison de la perte continue des parts de marché de la France dans le commerce mondial - passées de 6% à peine 3% entre 1998 et 2016 selon COE Rexecode - , qui s'explique en partie par le faible nombre d'entreprises exportatrices, le commerce extérieur ne peut être un relais de croissance suffisamment solide pour inciter les entreprises françaises à investir plus massivement. Ou à embaucher.

Pas de politique de demande digne de ce nom

L'Etat aurait-il dû déployer une politique de la demande digne de ce nom, qui aurait été le pendant de la politique de l'offre mise en place depuis 2014 ? Nombreux en sont convaincus. Mais il aurait fallu faire un choix fort, obligeant le gouvernement à déployer des efforts de persuasion pour convaincre Bruxelles de la nécessité d'accorder un nouveau report des objectifs de réduction de déficit public par la France. En ne faisant pas ce choix, le gouvernement a peut-être perdu du temps et ruiné tout espoir de voir sa politique économique couronnée de succès. La défiance envers François Hollande atteint aujourd'hui un sommet.

L'Union européenne aurait pu impulser cette politique. L'Allemagne ne l'a pas voulu ainsi, préférant que la priorité soit accordée à l'orthodoxie budgétaire. Comme l'exécutif français, Bruxelles a choisi une option qui ne se traduit pas par une reprise économique rapide et un reflux du nombre de demandeurs d'emplois dans les économies les plus dévastées par la crise de 2008-2009. L'euro-scepticisme gagne du terrain. Selon une enquête du Pew Research Center réalisée en juin dans plusieurs pays, le rejet de l'Europe ne cesse de grimper. Sans réelle surprise, compte tenu de la cure d'austérité qui leur est imposés notamment par Bruxelles, ce sont les Grecs qui sont les plus sévères dans leurs réponses. Ils sont 71% ont une opinion défavorable à l'UE. En deuxième position arrive la France. En effet 61% des Français interrogés ont une opinion défavorable. C'est treize points de plus qu'au Royaume Uni, qui a décidé de quitter l'Union européenne, et qu'en Allemagne ou en Espagne.

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a écrit le 23/10/2016 à 5:17 :
Les taux d’intérêts bas permettent les crédits actuels. Mais ça ne va pas durer, car les taux vont remonter et les crédits seront plus durs à payer. Par contre, on ne sait pas quand les taux vont remonter car ils attendent une amélioration de l'économie.
a écrit le 21/10/2016 à 21:22 :
Toutes les entreprises européennes ont bénéficié des taux bas.
Toutes ont profité de la baisse de l'Euro et du Baril.
COERexecode, réalise de bonnes synthèses, mais nous sommes en pleine campagne électorale, alors l'objectivité vous repasserez!
Parce que cette objectivité n'existe déjà pas en période creuse.
Le principal c'est d'en tenir compte, parce que les analyses de COE Rexecode sont bonnes, c'est souvent la conclusion qui dérape.
Pour ce qui est de la part de marché français (industrie-services-négoce), regarder l'évolution sur ces dernières années serait plus judicieuse et honnête puisque cet article note ce gouvernement.
Chiffres de 1998 à 2016, ce quinquennat ?
Elle est un peu grosse cette couleuvre.
Et si on prend de 2003 à 2014, vous pouvez aussi écrire que l'Allemagne a perdu 2% de part du marché mondial.
C'est facile de choisir des chiffres et de les faire parler à contre courant.
...........
Depuis mi-2011 l'économie mondiale stagne (ratio/1995)
...........
Pourtant la France tend à stabiliser sa part de marché dans les marchandises, soit 3,2% en 2014. Si on y ajoute les services, secteur où la France progresse, la part de marché est stable et supérieure à 3,2%.
......
Malgré la montée en puissance des émergents
2014 Exportations :
1 Chine: 2342 milliards de $ et variation annuelle de + 6%
2 Etats-Unis: 1621 & + 8,5%
3 Allemagne: 1508 & +7,9%
4 Japon: 684 & - 4,0%
5 Pays-Bas: 672 & 0,0%
6 France: 583 & 0,0%
7 Corée: 573 & + 2,0%
8 Italie: 529 & + 2%
9 Hong Kong: 524 & - 2,0%
10 Royaume-Uni 508 & - 7,0%
Bah, on dirait bien que la France est stable!
Réponse de le 22/10/2016 à 14:11 :
Exportations de services commerciaux 2014
1 Etats-Unis: 688 milliards de $ et variation annuelle de + 4%
2 Royaume-Uni 377 & + 8%
3 France: 267 & + 5% (part du marché mondial : 5,4%)
4 Allemagne: 266 & + 4% (l’Allemagne se fait dépasser par le mauvais élève)
5 Chine: 232 & + 12%
6 Pays-Bas: 187 & + 5%
7 Japon: 158 & +19%
8 Inde 156 & + 5%
9 Singapour 140 & + 9%
10 Espagne 134 & + 4%
a écrit le 21/10/2016 à 20:35 :
L'analyse ne tient pas debout. Ca fait 35 ans que la France, pour soutenir la demande, se vautre dans les déficits budgétaires et sociaux, et son endettement public n'est plus tenable que grâce à des taux nuls voire négatifs, situation qui pourrait ne pas durer éternellement. Ca ne l'empêche pas d'avoir un chômage considérable et un niveau de prélèvements obligatoires considérables. En plus son système productif n'est plus en mesure de faire face de façon compétitive à la demande ainsi qu'en témoigne le déficit commercial, et toute stimulation de la demande favoriserait surtout les importations, comme ce qui s'était produit en 1981-82 et qui avait planté la relance Mauroy et avait imposé le tournant de la rigueur. Maintenant ce serait encore pire car on part d'une situation bien plus dégradée. Une politique de la demande en France n'aurait aucun sens et doit être proscrite, alors qu'elle pourrait avoir du sens en Allemagne. La seule solution est une forte accentuation de la politique de l'offre (les prélèvements sur les entreprises devraient baisser d'une centaine de milliards par an), il faudrait la simplifier (remplacer l'usine à gaz du CICE par des suppressions de cotisations sociales patronales), financer cette évolution par de la TVA sociale, libéraliser le marché du travail en important les lois Hartz,...
Réponse de le 22/10/2016 à 10:40 :
tu veux dire que dans les autres pays développés il n'y a pas de dettes publique/privée pour soutenir la demande ?
que les autres pays sont plus développés avec leur travail sous-payé (subventionné par la collectivité), leur pauvreté, leurs inégalités, leurs retraites ridicules, leur faible fécondité, leur dépendance à la ressource humaine/au capital intellectuel étranger, leur faible investissement, leur système de santé médiocre, etc... ?
je suis apparenté à un "grand patron" francais qui présentait il y a deux ans la Nouvelle-Zelande comme un modèle pour la France. aujourd'hui, on apprend que l'ONU s'alarme du taux de pauvreté des enfants kiwis...
le Canada était aussi censé être un exemple. en fait, c'est un pays qui a peu investi depuis les "réformes", qui est dépendant de l'immobilier pour la croissance (Bloomberg) et de la ressource humaine étrangère (car faible fécondité depuis des décennies, qui a 90% d'endettement public (État fédéral, provinces, communes) en plus de l'endettement massif des ménages, qui a un taux de pauvreté de 20% (OCDE), etc...
a écrit le 21/10/2016 à 19:29 :
Entre l'autre qui félicite les banques centrales, l'autre qui se félicite de la croissance, et l'autre qui se plaint des dépenses sociales. On croit rêver.

1) La croissance n'est pas un but en soi. Le but c'est de mieux vivre. On peut produire plus et vivre moins bien. Il suffit de voir la situation aux Etats-Unis ces 20 dernières années avec une explosion des inégalités et des suicides ainsi qu'une épidémie d’opioïde sans précédent. Mais clairement "tout va bien" car la croissance est revenue (pour qui ?)

2) Le problème c'est les dépenses sociales de la France ? Le problème c'est surtout que 300 entreprises, en France, ne paient quasiment aucun impôts. Leurs noms ? BNP Paribas, Exxon, Facebook, Amazon, Exxon, Google, Engie. Merci les ruling fiscaux belges, luxembourgeois et néerlandais. Les PME ? Hahahahahahaha.

3) Lol au monsieur qui applaudit les banquiers centraux. Imprimer de l'argent et le distribuer aux personnes qui en ont le moins besoin. D'ailleurs les élites savent que ce qu'ils fon est sale car ils insistent pour être indépendants du politique. Sans doute un des métiers les plus corrompus de toute l'histoire de l'humanité.
Réponse de le 22/03/2017 à 11:04 :
La France ne sort pas de son modèle économique à croissance "flat" et à chômage fort. Un système socialo-capitaliste (mais non libéral) où les richesses sont massivement captées par deux canaux : l'Etat et les banques traditionnelles. Le premier redistribue mal et demande au second de boucher les trous. Les règles sont tellement complexes que toute reprise forte est techniquement impossible. Les prélèvements sont au plus haut. Ils ont explosé depuis 2004, à l'époque c'est passé inaperçu car l'euphorie immobilière enrichissait une bonne partie de la classe moyenne. Puis vint la crise, la fin de la bulle immobilière, et le niveau des prélèvements a étouffé tout espoir de reprise, Hollande en a d'ailleurs remis une couche. On en est là. Avec plus de 6 millions de chômeurs. Pas de politique de relance, pas de New Deal, pas de dévalorisation monétaire pour diluer le poids de la dette, juste de l'étouffé. Croissance flat, chômage de masse. Les politiques ont la trouille, les deux pieds sur le frein, en lançant des incantations : "ô croissance, ô croissance !" Leur seule arme consistant à nous culpabiliser.
a écrit le 21/10/2016 à 16:12 :
Pas la peine de demander à Bruxelles d'augmenter nos déficits. Le problème de la France est lié aux dépenses sociales.
Pour les financer, les socialistes ont cassé la croissance
en augmentant de 32 milliards d'euros les impôts payés par les classes moyennes.
Résultat , faiblesse de la demande, chômage en hausse et croissance faible. Ajouter à cela le blocage des retraites, l'incapacité à réformer l'état et le code du travail et le tour est joué.
On ne sait pas si les technocrates de la droite française feront mieux, on peut en douter
en 30 ans la dette du pays est passé de 400 millions de francs à 2300 milliards d'euros.
Une charge énorme pour nos enfants.
a écrit le 21/10/2016 à 15:45 :
Merci pour cet éclairage très instructif. On est loin des dents sur la fiscalité des candidats à la primaire
a écrit le 21/10/2016 à 15:44 :
Votre commentaire
a écrit le 21/10/2016 à 15:07 :
le monde peut remercier les banques centrales, non ?
"les dépenses d'investissement étant quasi nulles" : à 3,5% du PIB ?!?
industrie qui redémarre (cf. Trendéo, enquête Manpowergroup ou entreprises industrielles qui ont du mal à recruter) et nombre d'entreprises exportatrices en hausse non négligeable en 2015.
embauches au plus haut depuis mi-2011 (mi-2011 était le plus haut de ces 10 dernières années). plan Formation qui avance bien apparemment et dont les bénéficiaires sont satisfaits.
etc...
c'est aux autres de faire une politique de la demande (see Germanie...).
a écrit le 21/10/2016 à 14:43 :
Vous vous étes fait taper sur les doigts ou quoi ??? a vous lire tout va pour le mieux sotez un peu de votre tour d'ivoire et jetez donc un oeil sur le terrain... Qui va rembourser ce crédit je donne ma langue au chat...... vous trouvez que la consommation repart vous ne vivez pas dans le meme monde....

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