Des grèves et des manifestations attendues jeudi après la vague de plans sociaux
latribune.fr
Sophie Binet, leader de la CGT, a appelé « les salariés à se mettre en grève et à occuper leurs usines pour empêcher les licenciements », une initiative rare.
Abdul Saboor
Rejointe par Solidaires et la FSU, la CGT appelle à une journée de mobilisation jeudi « pour l'emploi et l'industrie », en réponse à une vague de plans sociaux.
Michelin, ArcelorMittal, Auchan, MA France... Les plans sociaux se multiplient depuis plusieurs semaines en France, touchant l'ensemble des régions. La CGT s'alarme et appelle jeudi à « des actions sur l'ensemble du territoire, pour défendre l'emploi et l'industrie ». Des mobilisations - sur les lieux de travail, rassemblements ou manifestations - sont ainsi prévues dans 60 départements, regroupant « 79 initiatives locales », indique la centrale.
Les principales actions auront lieu à l'usine Vencorex de Pont-de-Claix (Isère), chez Michelin à Cholet (Maine-et-Loire), chez le fabricant américain PPG, qui a annoncé la fermeture de son site à Genlis (Côte-d'Or), ainsi qu'aux Fonderies de Bretagne à Lorient (Morbihan), où sera présente Sophie Binet. « Nous sommes maintenant au pied du mur », insistait la secrétaire générale fin novembre. Cette situation a poussé la CGT à appeler « les salariés à se mettre en grève et à occuper leurs usines pour empêcher les licenciements », une initiative rare.
« Un décembre rouge »et« pas celui du Père Noël »
« Nous n'avons plus de gouvernement, mais les licenciements continuent d'exploser », a déclaré lundi à l'AFP la leader de la CGT Sophie Binet. « Nous sommes aujourd'hui à un moment crucial pour notre industrie », avait-elle déjà déploré fin novembre, alors que les plans sociaux s'accélèrent. Elle promettait alors « un décembre rouge » et pas « celui du père Noël ».
Au 27 novembre, la CGT avait déjà dénombré 286 plans sociaux. Elle en recense désormais plus de 300, représentant environ 300 000 emplois menacés ou supprimés, selon les informations recueillies par l'AFP auprès de la centrale. De nombreux secteurs sont touchés : métallurgie, commerce, secteur public et associatif, banques et assurances, chimie... Les régions affectées couvrent presque l'ensemble du territoire français. A ces mobilisations, s'ajoutent celles annoncées par les syndicats des travailleurs du jeu vidéo (STJV) des studios français Don't Nod et Ubisoft qui se sont également joints à l'appel de la CGT. Confrontés à une crise financière, ils ont appelé à une grève nationale jeudi dans l'ensemble du secteur. Ils demandent « l'arrêt de tous les plans de licenciements en cours, le respect du dialogue social et un contrôle accru des travailleuses et travailleurs sur la production dans le jeu vidéo », a expliqué Pierre-Etienne Marx, délégué du STJV chez Ubisoft Paris.
Une commission d'enquête au Sénat
En parallèle, le sénateur communiste Fabien Gay, soutien du mouvement, a déposé un projet pour l'ouverture d'une commission d'enquête au Sénat. Celle-ci portera sur l'utilisation des aides publiques par de grandes entreprises, comme Ubisoft, dans un contexte de suppressions d'emplois. « Nous savons qu'il existe des crédits d'impôt pour le jeu vidéo, sans contrepartie en termes sociaux », a-t-il expliqué à l'AFP. Une fois validé par le Sénat, ce projet permettra de lancer des travaux début 2025, visant aussi des groupes tels qu'Auchan, Stellantis et Michelin.
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La centrale de Montreuil a été rejointe dans son appel par Solidaires et la FSU, deuxième organisation syndicale de la fonction publique. Pour Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, il est crucial de « poursuivre la mobilisation » après la journée du 5 décembre et de « maintenir la pression malgré une situation politique confuse ».
« Dans un contexte marqué par la multiplication des attaques, les tentatives d'imposer l'austérité à la population et aux services publics (...), nous devons rompre l'isolement et faire converger nos luttes »,a déclaré Solidaires dans un communiqué, appelant à une« grande manifestation unitaire contre les licenciements en 2025 ».
Un soutien partiel de Force Ouvrière et de la CFDT
Bien que l'intersyndicale reste divisée sur les stratégies à adopter, Force ouvrière a apporté un premier soutien. Dans un communiqué publié vendredi, son bureau confédéral a affirmé son appui à « toutes les initiatives et mobilisations déjà décidées par ses syndicats, ses unions départementales et ses fédérations ».
De son côté, la CFDT s'implique localement. Présente samedi à Paris aux côtés des salariés de Decathlon en grève pour réclamer des hausses de salaire et de meilleures conditions de travail, la secrétaire générale Marylise Léon a rappelé que son organisation « porte localement les revendications ».« Au niveau national, la CFDT demande l'ouverture d'une discussion avec le gouvernement pour réunir autour de la table les organisations syndicales et patronales sur les questions d'emploi », a-t-elle déclaré à l'AFP. « Il faut anticiper les suppressions d'emplois et prévenir qu'elles n'arrivent. » Encore faut-il un gouvernement.