Plan social chez Auchan, dividendes chez Decathlon : un « système scandaleux », dénoncent les syndicats
latribune.fr
Auchan, Decathlon mais aussi Leroy Merlin, Kiabi, Flunch, Boulanger ou encore Norauto sont toutes contrôlées par les membres de l'association familiale Mulliez (AFM).
Les syndicats d'Auchan et de Decathlon, deux entreprises contrôlées par la famille Mulliez, engagent un mouvement social. Ils dénoncent la stratégie ambivalente de l'association familiale.
Un vent de colère souffle parmi les syndicats de l'empire Mulliez. Plusieurs organisations représentatives ont appelé à la mobilisation cette semaine. La CGT Services d'Auchan ont démarré une manifestation ce mercredi matin devant le magasin de Fontenay-sous-Bois, en banlieue parisienne.
De son côté, la CFDT Decathlon prévoient une grève samedi dans l'ensemble des magasins de France. « Toutes les enseignes du groupe Mulliez sont très en colère », a asséné auprès de l'AFP le délégué central CFDT chez Auchan France, René Carette.
A l'origine du mouvement social ? La révélation - par plusieurs syndicats - vendredi dernier que Decathlon allait verser un milliard d'euros de dividendes au titre de 2024 à la famille Mulliez. Or, quelques semaines auparavant, un vaste plan social a été annoncé chez Auchan - 2.389 emplois menacés - contrôlé par la même association familiale.
« Comment peut-on cautionner que Decathlon, enseigne du groupe, puisse verser une somme pharaonique de dividendes et qu'Auchan, enseigne du même groupe puisse massacrer la vie de milliers de personnes en supprimant 2.400 emplois ? », fait valoir la CGT Services d'Auchan dans un communiqué publié mardi.
Pour rappel, l'empire Mulliez n'est pas « un groupe à proprement parler (mais) une galaxie d'entreprises ayant en commun d'être contrôlées par les membres de l'association familiale Mulliez (AFM) », comme expliqué par Bertrand Gobin, auteur du livre La face cachée de l'empire Mulliez. Outre Auchan et Decathlon, on y trouve également Leroy Merlin, Kiabi, Flunch, Boulanger ou encore Norauto.
1 milliard à« vocation entrepreneuriale »
La CGT Services d'Auchan voit dans cette situation « une illustration parfaite » d'un « système scandaleux ». Ce dernier permettrait à ses yeux à un « même groupe » de « rétribuer grassement des actionnaires et en même temps (de) sacrifier les emplois ».
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« Ce n'est évidemment pas de l'argent qui va dans la poche des actionnaires », a rétorqué le président de Decathlon, Fabien Derville.
Dans un entretien paru ce mercredi dans La Voix du Nord, il a assuré que l'objectif du versement des dividendes était « un usage plus créateur de valeur, pas de richesse ». L'argent distribué correspond à des « résultats cumulés de l'entreprise qui n'ont pas été distribués par le passé au travers de dividendes », a-t-il encore expliqué. Il a toutefois reconnu que le timing de l'annonce « n'était pas idéal au niveau médiatique ».
Celui qui est également membre du conseil de gérance de l'AFM n'a pas voulu détailler l'usage prévu des fonds. Il a seulement indiqué que « la vocation est entrepreneuriale : nouveaux métiers, accélération de nos entreprises cœur et le cas échéant support à la transformation ».
Reste que pour la CFDT Decathlon, ces sommes sont « hors-sol » au vu de résultats non atteints par l'enseigne. Le syndicat a aussi déploré que les dividendes ne soient pas utilisés pour des augmentations de salaires. Fabien Derville a répondu que ce versement n'affecte pas les négociations salariales en cours.
Pour la CGT Services d'Auchan, cette situation a été rendue possible « grâce aux dispositifs légaux offerts par les gouvernements passés et actuels, agrémentés d'aides publiques généreuses ». Les syndicats s'interrogent d'ailleurs dans leur ensemble sur le bien-fondé de certaines aides publiques octroyées aux entreprises de la galaxie Mulliez. Si bien que la CFDT appelle à la création d'une commission d'enquête « afin de pouvoir réellement comprendre à quoi l'argent public a été utilisé » par les différentes enseignes de l'AFM.
Le Premier ministre Michel Barnier lui-même avait dit vouloir « savoir » ce qu'Auchan notamment « [a] fait de l'argent public qu'on [lui] a donné ». Un sujet « encore en cours d'instruction », disait le cabinet du ministre de l'Économie Antoine Armand mi-novembre.
Sur le sujet, Auchan avait assuré que la réduction de charges annuelle au titre du CICE, de 83 millions d'euros entre 2013 et 2018, a été « intégralement utilisée pour les objectifs ciblés par ce dispositif ». Le distributeur avait ajouté avoir également « payé 258 millions d'impôts et de taxes (hors taxes collectées : TVA, taxes sur les alcools, TICPE) et 607 millions d'euros de charges sociales pour la part patronale ».
Pourparlers sur les reclassements
La fédération des services CFDT réclame depuis début novembre que des propositions de reclassements soient formulées aux salariés d'Auchan au sein d'autres sociétés de la galaxie Mulliez. « Il y a une capacité à reclasser » les salariés chez Leroy Merlin ou Decathlon, avait affirmé Sylvain Macé, secrétaire national chargé de la grande distribution au sein de ce syndicat. « Il faut se laisser toutes les chances pour que les salariés retrouvent un emploi », avait-il appuyé.
Une source proche du distributeur a répondu que l'enseigne fera « le maximum pour faciliter la relation entre ses collaborateurs et les entreprises de l'AFM ». Et ce, « en fonction des zones géographiques, des qualifications et des compétences recherchées ».
« On a plus l'impression qu'ils ont envie de donner de l'argent pour que les gens partent, plutôt que de chercher des reclassements en interne », a déploré de son côté René Carette.
Selon une source proche de la direction d'Auchan, les négociations sur le plan social ont en tout cas débuté. Et suivent « un calendrier rythmé de manière précise jusque fin février ». Des points d'étape sont attendus avant un CSE « conclusif » le 26 février. À cette date s'ouvrira le plan de départs volontaires, qui courra jusque juin, toujours selon cette source.