Dominique Méda : « La reconversion écologique va réhumaniser le travail »
Propos recueillis par Denis Lafay
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Hamilton de Oliveira
Propos recueillis par Denis Lafay
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Hamilton de Oliveira
Cela n'aura échappé à personne : le travail a été désespérément invisible dans la campagne présidentielle, phagocyté non seulement par les marronniers traditionnels (immigration, insécurité, souveraineté, pouvoir d'achat, etc.), mais aussi par l'emploi, dans lequel il est communément dissous. Et puisque l'emploi va, le travail devrait aller... Or, comme le démontre la sociologue et philosophe Dominique Méda, il traverse une crise profonde. Profonde et même inédite, promise à d'indicibles affres au fur et à mesure que la digitalisation, l'ubérisation, la plateformisation, la généralisation du télétravail, mais aussi l'intelligence artificielle ou le métavers porteront leur suprématie à une hégémonie sur l'économie. Les dogmes, tentaculaires, du technologisme et de la dématérialisation se sont imposés, qui, appliqués au travail, prophétisent sa « déréalisation », prévient la professeure de sociologie à l'Université Paris Dauphine-PSL - également directrice de l'Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso) et titulaire de la chaire « Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales » au collège d'études mondiales (FMSH). Le mouvement est-il réversible ? Dominique Méda veut le croire. À condition de faire confluer les réflexions et les chantiers vers la « reconversion écologique », susceptible de résoudre concomitamment « la crise de l'emploi et celle du travail »... et aussi de répondre à LA crise cardinale, celle qui désarçonne en particulier la jeunesse : de sens.
________________________________________
À mieux le rémunérer, et cela à coups de surenchères ubuesques : voilà à quoi le travail a été réduit pendant cette campagne présidentielle. Rien des véritables interrogations sur le travail (sens, précarité, inégalités, organisation, dialogue social, nouveaux emplois) n'est abordé, et sans cesse l'enjeu du travail est dilué dans celui de l'emploi. La sociologue du travail s'en désespère-t-elle ?
Propos recueillis par Denis Lafay