Dynamique des métropoles sur l'emploi : des effets très limités

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Lyon fait partie des métropole où les territoires environnants connaissent une dynamique favorable.
Lyon fait partie des métropole où les territoires environnants connaissent une dynamique favorable. (Crédits : © Robert Pratta / Reuters)
Selon une étude de France Stratégie, seules trois métropoles françaises observées (Lyon, Nantes et Aix-Marseille) sur douze ont "partagé leur dynamisme avec les territoires régionaux avoisinants". Souvent considérées comme des acteurs majeurs de l'activité économique, les métropoles peinent encore à faire rayonner leur dynamisme sur le front de l'emploi.

Les métropoles régionales ne partagent pas toujours leur dynamique d'emploi avec les territoires avoisinants selon une récente note publiée par France Stratégie, organisme de réflexion qui dépend de Matignon. Crée par la réforme des collectivités territoriales du 16 décembre 2010, le statut de métropole a été renforcé par la loi MAPTAM de 2014. La France compte actuellement quinze métropoles et devrait en compter sept de plus à partir du premier janvier prochain.

Des disparités notables

La note, qui résume une étude du laboratoire EconomiX de l'université de Nanterre, rend compte de la situation des douze plus grandes aires urbaines de France, hors Île-de-France, pour évaluer l'effet d'entraînement de la métropole sur l'emploi des zones qui la bordent. Si la dynamique de la métropole sur l'emploi à l'échelle locale est clairement soulignée par les économistes(*)des disparités apparaissent selon les collectivités étudiées. Les auteurs de la note distinguent quatre groupes de villes.

  • Trois métropoles - Lyon, Nantes et Aix-Marseille - "partagent leur dynamisme avec les territoires régionaux avoisinants". Dans ces grandes villes, "la métropole et les territoires proches semblent s'inscrire dans une logique de codéveloppement", rappelle France Stratégie. "Elles se caractérisent par une forte dynamique de leur zone d'emploi mais aussi des zones d'emploi contiguës et parfois des zones d'emploi plus éloignées de leur région d'appartenance", ajoute l'organisme.
  • Bordeaux et Rennes font également partie de ce groupe, mais "dans une moindre mesure". Rennes est "dans une situation particulière" : située "en bordure de la région Bretagne", elle fait davantage bénéficier de son dynamisme la région Pays-de-la-Loire que sa propre région.
  • Le deuxième groupe rassemble des métropoles - Lille, Toulouse et Montpellier - dont le "dynamisme en matière d'emploi ne s'observe pas dans les territoires régionaux environnants". Par exemple, les zones d'emploi autour de Lille ne profitent pas de sa vitalité, "pâtissant" d'un "positionnement sur des secteurs peu dynamiques".
  • A l'inverse, le troisième groupe se compose de villes dont la "dynamique d'emploi" est "plus faible" que celle des territoires avoisinants. C'est le cas de Grenoble et de Strasbourg. Pour Grenoble, si sa zone d'emploi affiche une croissance "dans la moyenne nationale", les territoires qui l'entourent s'en sortent mieux, profitant du dynamisme de Lyon et d'autres pôles comme Annecy et Chambéry.
  • Enfin, Rouen et Nice forment le quatrième groupe. Ces deux territoires sont "en difficulté sur le plan de l'emploi", aussi bien au cœur de leur métropole qu'aux alentours.

Une dynamique aux effets limités

Dans leurs travaux, les chercheurs ont indiqué que si l'emploi se concentre au coeur des villes, il apparaît "plus dynamique aux franges". Dans les douze métropoles étudiées, le taux de croissance de l'emploi entre 1999 et 2014 a été plus élevé dans les couronnes urbaines que dans les pôles.

Par ailleurs, les scientifiques ont expliqué que sur le front de l'emploi, les effets d'entraînement sont "peu visibles" :

"Lorsqu'on analyse les dynamiques régionales en distinguant les zones d'emploi des métropoles, celles qui les entourent et les autres zones d'emploi de la région, on n'observe pas d'effets d'entraînement particulièrement sensibles."

L'emploi salarié dans les zones d'emploi des douze métropoles a augmenté de 0,65% par an entre 2009 et 2014, "alors qu'il a stagné dans les autres zones d'emploi régionales, y compris les zones d'emploi contiguës". En résumé, l'emploi salarié "dans les zones d'emploi situées à la périphérie des douze métropoles étudiées n'a pas augmenté davantage que dans le reste du territoire en moyenne".

La nécessité d'étude approfondie

Beaucoup de questions restent en suspens. Pour les experts, la double question de la capacité des métropoles "à se développer et à faire rayonner leur dynamisme sur les territoires voisins reste entière". Face à ce manque de connaissance, les auteurs de l'étude recommandent des analyses complémentaires "pour mieux identifier les déterminants de la dynamique métropolitaine et de la capacité d'entraînement des métropoles". Cela permettrait notamment "de définir les investissements et les politiques permettant d'atteindre les objectifs d'une croissance territoriale inclusive".

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 (*) Dans les zones d'emploi englobant les douze métropoles étudiées, la croissance moyenne de l'emploi entre 1999 et 2014 a été de 1,4% par an contre 0,8% sur l'ensemble du territoire.

| Lire aussi l'interview de Philippe Raimbault, directeur de Sciences Po Toulouse et professeur agrégé de droit public : La création des métropoles, ça change quoi  ?

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Commentaires
a écrit le 05/12/2017 à 18:31 :
Début d'explication, le phénomène est le même que pour la désertification médicale , un salarié avant de s'engager pour une entreprise prend en compte les possibilités d'emploi pour le conjoint , l'enseignement pour les enfants , l'accès aux transports, loisirs etc..ce qui rend difficile pour développer des entreprises hors de zones attractives .
a écrit le 05/12/2017 à 16:56 :
Avoir une capitale de métropole à proximité est bien souvent une calamité pour toutes les villes et villages. Les villages finissent dépouillés de leurs compétences, de leurs budgets et finalement de leurs emplois, de leurs habitants, de leurs services...

En toute logique perverse, les dépenses des métropoles se font en priorité là où il y a le plus de population, ce qui accentue le déséquilibre initial et on termine avec des grandes conurbations qui étouffent sous le trafic routier, la pollution et les problèmes de logement, alors qu'il y a à 20 km autour des centaines de village qui se meurent parce qu'on n'a pas su ou voulu leur donner les moyens de l'indépendance.

La logique voudrait que les villages, du fait de leur échelle réduite reçoivent, de la part de l'état, des régions et des départements, une meilleure dotation relative que les (grosses) villes, or c'est le contraire qui se produit.

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