Edouard Philippe accompagne l'après Notre-Dame-des-Landes du bout des lèvres

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Le Premier ministre Edouard Philippe à la sortie d'un entretien de 45 minutes avec Johanna Rolland, maire de Nantes.
Le Premier ministre Edouard Philippe à la sortie d'un entretien de 45 minutes avec Johanna Rolland, maire de Nantes. (Crédits : Frédéric Thual)
Vivement attendu par les élus locaux suite à la décision d'abandonner le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le Premier ministre Edouard Philippe est arrivé dans une ville meurtrie par des violentes dégradations urbaines suite au décès d'un individu lors d'un contrôle de police. Principale mesure annoncée : la création d'un fonds de compensation pour s'affranchir des nuisances sonores dans une métropole où la question du survol de nuit divise les tenants de la tranquillité et de l'attractivité.

« Suite au renoncement du projet d'aéroport en janvier dernier, j'avais promis à la maire de Nantes et aux élus de revenir dans la première quinzaine de juillet pour évoquer les suites de ces décisions et la façon dont nous pouvons accompagner le développement économique et urbain de la métropole », a rappelé le Premier ministre Edouard Philippe au sortir d'un entretien de 45 minutes avec Johanna Rolland, maire de Nantes, avant d'enchaîner avec les rencontres de Philippe Grosvalet, président du Conseil départemental, et la présidente de la région des Pays de la Loire Christelle Morançais, qui lui avait fait parvenir, il y a quelques jours, un Contrat d'avenir, adopté par l'assemblée régionale, fixant l'objectif du territoire en matière de développement économique.

Si l'actualité et les émeutes urbaines des deux dernières nuits ont, d'entrée, pris le pas sur les questions aéroportuaires, Edouard Philippe, accompagné de la ministre des Transports Elisabeth Borne, a confirmé la résiliation du contrat avec l'actuel concessionnaire, en l'occurrence Vinci tout en précisant que « l'accompagnement du développement de l'aéroport de Nantes-Atlantique passerait par la désignation d'un nouveau concessionnaire à l'horizon 2021 ». Qui pourrait aussi être... le même.

Un fond de compensation dès 2019

D'ici là, c'est à l'actuel concessionnaire que reviendrait la charge de mettre en œuvre la modernisation de l'aérogare et des abords du site, les parkings de Nantes-Atlantique pour améliorer le confort et l'accueil des usagers, « dans des délais rapides ». « On pense à quelques dizaines de millions d'euros d'investissement qui permettraient d'engager les travaux dès 2019-2020 », a indiqué le Premier ministre. Ce fût l'un des rares chiffres lâchés au cours de sa courte prise de parole, si ce n'est la confirmation du remboursement de la sommes de 29 millions d'euros engagés par les collectivités pour l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Je ne veux pas rentrer dans le jeu des grosses et des petites sommes qui feraient de bons ou de mauvais projets », a-t-il dit. L'aménagement et les développements ultérieurs, comme la question d'une seconde piste ou des taxiways, seront confiés au futur concessionnaire. Edouard Philippe a, en revanche, annoncé la création d'un fonds de compensation, abondé par l'Etat et Vinci, dès la fin 2018 pour lutter contre les nuisances sonores. La préfecture devrait fixer un calendrier pour ses mesures (plan occupation du bruit, etc.).

Ce fonds, dont aucun montant n'a été indiqué, devrait être opérationnel pour début 2019. Celui-ci doit contribuer au financement de trois types d'opérations : premièrement, le financement de travaux d'isolation pour les propriétés des particuliers au regard de mesures précises, notamment pour les communes de Bouguenais et Saint-Aignan-de-Grandlieu, « des montants qui peuvent atteindre jusqu'à 80% de l'investissement », a-t-il indiqué ; deuxièmement, le transfert, avec le consentement des collectivités compétentes, d'équipements publics comme les écoles et collèges survolés par les avions ; et troisièmement, l'aide à la procédure de délaissement pour ceux qui voudraient vendre leur terrain, dont l'acquisition pourrait être prise en charge ou compensée. Si aucun montant n'est, pour l'heure, indiqué pour la valeur de fonds, « il devrait dans un premier temps suffire pour couvrir les travaux des particuliers pendant un à deux ans », a estimé le Premier ministre.

La ZAD crée un fonds de dotation

Concernant les terrains préemptés sur le site, le chef du gouvernement a indiqué qu'il était d'accord pour rétrocéder une partie des 895 hectares au Conseil Départemental, qui redeviendrait propriétaire de terrains dont l'affectation devra être agricole. Philippe Grosvalet, qui demandait, par ailleurs, la demande de rétrocession des terrains pour le franc symbolique, n'a pas été entendu mais se félicite que « des mesures à court terme aient été annoncées pour l'avenir immédiat des habitants ». La rétrocession devrait intervenir à compter de 2019. A cette annonce, les représentants de la ZAD qui craignent les orientations du conseil départemental et une gestion confiée à la chambre d'agriculture ont indiqué dans un communiqué « leur intention de construire un fonds de dotation, qui pourra se porter comme acheteur potentiel des terres, alternativement au Conseil départemental. Ce fonds visera à acquérir des terres et soutenir des projets soucieux de la biodiversité et d'une agriculture paysanne. »

Raccorder l'Ouest au territoire européen

Attendues sur le volet économique, les décisions gouvernementales sont pour le moins minces alors que, déjà, se pose la question du survol de nuit de la métropole. Une question de tranquillité pour les riverains et d'attractivité pour la métropole qui agite et partage le landerneau nantais. « Nous sommes en quête de conciliation », s'efforce de rassurer Edouard Philippe. « Nous discutons, aussi, avec la maire de Nantes pour ce qui est des accès routiers et ferroviaires de l'aéroport Nantes Atlantique et d'une meilleure connexion de la région.» De fait, il y a quelques semaines, la Commission européenne indiquait sa volonté de raccorder l'Ouest de la France aux neufs corridors de transport européens. Concrètement, l'axe Saint-Nazaire-Nantes-Angers, Tours, principale liaison ferroviaire de la région, pourrait être inscrit sur le corridor Atlantique et prétendre à des financements européens. Fruit d'un long travail de lobbying mené par la région et son bureau de représentation à Bruxelles depuis 2016, cette décision, qui doit encore obtenir l'aval des Etats membres et du parlement européen, aurait reçu le soutien actif d'Elisabeth Borne. Même si le dossier était enclenché depuis plusieurs années, la région veut y voir une forme de compensation en faveur des projets d'intermodalités.

«En devenant une zone prioritaire d'investissement, nous allons pouvoir favoriser l'intermodalité, créer une véritable route du fret entre l'Ouest et l'Est, transférer des marchandises sur le rail et récupérer des trafics qui passaient par le Nord ou le Sud, attirer investissements et investisseurs», indique Sébastien Pilard, vice-président de la région des Pays de la Loire, en charge des transports et du développement international.  « Le Port et plus largement le territoire va gagner en visibilité et en attractivité internationales. Quand d'Asie ou d'Afrique, les chargeurs regarderont la carte des corridors, ils verront une nouvelle porte d'entrée sur la façade Atlantique », se félicite Yasmine Brossaud-Prin, directrice des finances et de la programmation du Grand Port Maritime de Nantes-Saint-Nazaire (GPMNSN). Ce sera l'un des enjeux des futurs contrats de plan Etat-Région et plan stratégique du GPMNSN. Le développement de ce dernier figure, d'ailleurs, dans le Contrat d'Avenir, adopté la semaine dernière par le Conseil régional et les élus locaux, et soumis au chef du gouvernement. « Une liste de courses », déploraient les écologistes et les élus régionaux du PS. « Les services du Premier ministre nous avaient prévenus qu'il ne viendrait pas avec des cadeaux, on attend maintenant des actes », tacle Christelle Morancais, présidente de la Région, tout en se félicitant d'avoir obtenu une méthode et un calendrier. Edouard Philippe s'est engagé à une contractualisation d'ici à la fin de l'année dans les domaines des transports, du numérique, de l'économie des connaissances et de la transition énergétique. « Nous regarderons projet par projet, ce qu'il était possible de faire, ce qui est prioritaire ou indispensable... ». Parole de normand ?

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Commentaires
a écrit le 08/07/2018 à 22:01 :
Edouard Philippe n’a quasiment rien annoncé de nouveau. La seule décision prise fut ce fond de compensation pour les riverains de Nantes Atlantique, c’était bien le minimum qu’il pouvait faire ! Plus le temps passe (déjà 6 mois depuis cette décision gouvernementale de pas faire NDDL) et plus on se rend compte que c’est le vide total, que l’Etat (propriétaire de l’aéroport) ne propose rien de concret, les échéances sont repoussées (maintenant on nous dit qu’on nommera le nouveau concessionnaire dans 3 ans seulement ! Pourquoi attendre 3 ans ??) ce qui condamne tout espoir d’avoir un équipement aéroportuaire digne de ce nom avant une dizaine d’années. On va donc continuer à faire du bon vieux rafistolage à Nantes Atlantique. Cette décision du 17 janvier, je la désapprouve même si je peux aisément la comprendre. Le monde politique est largement empreint de lâchetés et de trahisons, cette décision n’en est finalement qu’une de plus. Mais Macron comme Philippe avaient l’opportunité de se rattraper en mettant les bouchées doubles sur l’accessibilité de la région, le ferroviaire, le nouveau franchissement sur la Loire, l’adaptation du périphérique nantais à la taille d’une agglomération de près de 700.000 habitants... Rien de tout cela, les Nantais n’auront rien et pourront continuer à se contenter de leurs bouchons quotidiens faute d’infrastructures, du bruit assommant de leur aéroport dans lequel tout le Grand Ouest vient prendre l’avion, et d’un TGV qui périclite et rallonge les temps de parcours chaque jour un peu plus entre Nantes et Paris. On laisse pourrir la situation car on sait qu’à Nantes, il n’y a pas de politique grande gueule capable de se faire entendre à Paris pour défendre son bout de gras. Il y au au contraire une classe politique très (trop ?) respectueuse de l’autorité de l’Etat, qui a longtemps cru aux promesses et se complait à y croire encore. À Nantes il n’y a pas non plus de médias que l’on écoute. Le seul média indépendant et d’envergure s’appelle Ouest-France et il est Rennais. Il a d’ailleurs très bien joué son rôle dans cette histoire pour défendre les intérêts rennais: on commence par médiatiser le combat des quelques dizaines d’opposants ce qui a abouti à créer la ZAD, puis on décrédibilise le projet NDDL (en prétextant par exemple qu’il est vieux de 50 ans), enfin une fois le projet enterré on essaie de tirer la couverture vers soi en faisant une promotion incroyable de la moindre nouveauté à l’aéroport de Rennes. En résumé ni les politiques ni les médias n’ont défendu ce territoire jusqu’a présent. Les gens de Loire-Atlantique ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes pour sanctionner par leur vote cette décision injuste et cet après NDDL qui est absolument scandaleux. Peut-être qu’un jour il faudra aller plus loin. Quand un territoire pourtant dynamique a le sentiment d’être laissé à l’abandon, ses dirigeants ont deux options: laisser faire ou imaginer autre chose. On en est là aujourd’hui. On attend, impatiemment. celui ou celle qui incarnera la rupture avec les dirigeants gouvernementaux. Je n’ai plus confiance en cette parole de l’Etat et je fais partie de ceux qui ne comprennent pas aujourd’hui qu’un équipement aéroportuaire d’envergure régionale, ou qu’un boulevard périphérique ne soient pas gérés, contrôlés, développés au niveau régional et au contraire qu’ils soient soumis aux diktats parisiens. Que le chemin est long pour démocratiser la France et donner à ses territoires une véritable autonomie à l’allemande !
a écrit le 06/07/2018 à 10:26 :
encore des promesses sans financement comme pour la taxe d'habitation !!!!
esperont que la region va garder les terrainS pour revoir la question de cette decision dictatoriale ( apres referendum et 180 DECISIONS DE JUSTICE°
a écrit le 06/07/2018 à 9:30 :
"Suite au renoncement du projet d'aéroport en janvier dernier, j'avais promis à la maire de Nantes "

LREM: "Nous promettons de faire des promesses et nous nous y tenons !"

Incroyable le vide sémantique des soldats néolibéraux qui dirigent notre pays.

Par contre faut arrêter avec les aéroports et l'économie du moyen age svp hein, ça pollue, c'est bruyant, ça coûte très cher en sécurité, l'économie que génèrent ces aéroports reste quand même de peu de portée.
a écrit le 06/07/2018 à 3:49 :
Un fonds, mais pourvu comment ? Par de nouvelles taxes.
Ah, ces enarques, tous sortis du meme moule et sans imagination. Pauvres francais.
a écrit le 05/07/2018 à 20:52 :
Quelques bus de migrants en prime c'est un avenir dynamique assuré . C'est la mondialisation vu de notre premier de cordée Macron !
a écrit le 05/07/2018 à 19:23 :
Et les autres régions demanderont la même chose... Ce qui fera un zéro pointé...

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