Election présidentielle : la CGT veut peser dans les débats

Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez veut remettre les questions sociales au coeur des débats de la future élection présidentielle. La confédération dénonce la course "au moins disant social" et va relancer le débat sur une nouvelle réduction du temps de travail.
Jean-Christophe Chanut

4 mn

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, considére que les proccupations politiques actuelles autour des questions identitaires font le lit du Front National. Il veut remettre les questions sociales au coeur des débats.
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, considére que les proccupations politiques actuelles autour des questions identitaires font le lit du Front National. Il veut remettre les questions sociales au coeur des débats. (Crédits : CHARLES PLATIAU)

Mettre les questions sociales au cœur des débats de la prochaine élection présidentielle. Telle est l'ambition du secrétaire général de la CGT Philippe Martinez qui effectuait ce 30 août sa « rentrée » médiatique. Pour le dirigeant syndical, c'est en effet la lutte contre le chômage et les inégalités ainsi que le pouvoir d'achat qui devraient constituer la priorité des priorités de tous les candidats déclarés ou potentiels à l'élection présidentielle du printemps 2017.

Or, Philippe Martinez constate que ce n'est actuellement absolument pas le cas, regrettant que les odieux actes de terrorisme dont la France a été victime soient le prétexte pour saturer le débat public avec les questions sécuritaire ou identitaires. Et de prendre l'exemple de la polémique autour du « burkini », « un contexte qui favorise la propagation des idées du Front National ». Le leader syndical regrette ainsi que les propos politiques tenus actuellement ne conduisent qu'à « l'exclusion et à la stigmatisation d'une partie de la population ».

Relancer le débat sur la réduction du temps de travail

L'objectif de la CGT est donc de tenter de sortir le monde politique de ses problématiques actuelles pour tenter de le ramener sur le champ économique et social.

Ce n'est pas gagné. Mais, pour ce faire, la CGT a décidé de mener une forte campagne en faveur d'une nouvelle étape dans la réduction du temps de travail. La confédération va plaider haut et fort en faveur d'une durée légale du temps de travail hebdomadaire ramenée à 32 heures... Voilà de fait un thème de débat comme en raffole la France. Le « coup » de la CGT peut donc fonctionner surtout qu'il intervient totalement à contre-courant de la tendance actuelle avec une toute récente loi El Khomri qui tend, une fois encore, à contourner un peu plus ce qui reste de la législation sur les 35 heures. Et la CGT n'est pas totalement isolée dans ce combat. Ainsi l'économiste Pierre Larrouturou et la sociologue Dominique Méda viennent de publier un ouvrage* prônant la semaine des quatre jours avec un mécanisme incitatif : les entreprises qui limiteraient le travail quatre jours ouvré et embaucheraient 10% de salariés en plus seraient totalement exonérées de cotisations chômage.

Le combat continue contre la loi El Khomri

Mais pour remettre le social au cœur des débats, Philippe Martinez a aussi d'autres idées. D'abord, son syndicat ne compte pas lâcher l'affaire sur la loi El Khomri même si le texte a été promulgué. Le syndicat participera avec d'autres organisations (FO, Solidaires, Unef, etc.) à une nouvelle journée d'actions contre la loi le 15 septembre. Sur le terrain juridique, la CGT est en train de travailler sur des « questions prioritaires de constitutionnalité » (QPC) à adresser au Conseil constitutionnel. L'objectif étant de contester la constitutionnalité de la loi El Khomri sur au moins trois points : l'instauration de règles différentes, selon la taille de l'entreprise, sur les licenciements économiques ; la barèmisation des indemnités prud'homales ; la « neutralité » de l'entreprise en matière de fait religieux. La CGT compte aussi se battre au niveau des entreprises pour empêcher que des accords sur le temps de travail soient remis en cause.

Mais s'il tape toujours aussi fort sur la loi El Khomri, Philippe Martinez n'oublie pas la droite et sa primaire... A la lecture des programmes économiques et sociaux des candidats il prévient: « la course au moins disant social conduit à la catastrophe ». Et de lancer sous forme de boutade qu'entre le gouvernement actuel et ce qui pourrait être la nouvelle majorité après le printemps 2017 " on a en fait le choix entre le plus pire, le pire et le moins pire "...

Les camps de la droite et de la gauche sont donc prévenus, la CGT va tout faire pour peser sur le débat politique. Tout à ce combat, Philippe Martinez n'a du coup quasiment pas évoqué les élections de représentativité syndicale qui vont se dérouler dans les PME en novembre et décembre de cette année. Or, il y a un risque que la CGT perde sa première place au profit de la CFDT. C'est peut-être pour cette raison que la CGT se place dans une posture résolument offensive. Reste à savoir si elle osera appeler à battre François Hollande (s'il est candidat) comme elle avait explicitement appelé à battre Nicolas Sarkozy en 2012, sortant ainsi de sa traditionnelle "neutralité".

* "Einstein avait raison. Il faut réduire le temps de travail", Les Editions de l'Atelier - 270 pages - 14 euros

Jean-Christophe Chanut

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