En France, un million de personnes travaillent, mais vivent sous le seuil de pauvreté

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(Crédits : Reuters)
La précarité de l'emploi augmente de façon « inquiétante » en France depuis trois ans, accentuant les risques d'inégalités, a révélé mardi le rapport annuel de l'Observatoire sur les inégalités. Cette progression s'explique notamment par la hausse des contrats à durée déterminée, d'intérim et d'apprentissage depuis 2014.

La précarité de l'emploi augmente de façon « inquiétante » en France depuis 2014, après une stabilisation de près de 10 ans, accentuant les risques d'inégalités, révèle mardi le rapport annuel de l'Observatoire sur les inégalités. Le taux de précarité, soit la proportion d'actifs en CDD, intérim ou apprentissage, est passé de 12% en 2007 à 13,6% en 2017 et poursuit son augmentation depuis trois ans, « ce qui constitue un phénomène nouveau et inquiétant », peut-on lire dans le rapport qui se penche sur les inégalités de revenus, d'éducation, de travail et de mode de vie.

Un actif sur quatre en situation de "mal-emploi"

Plus largement, près de huit millions de personnes, soit un actif sur quatre, se trouvent en situation de "mal-emploi", c'est-à-dire en contrat de CDD, intérim, au chômage, ou encore ont arrêté de chercher un travail.

« Cette France de l'insécurité sociale a un visage : celui des employés et des ouvriers peu ou non qualifiés, des 'ubérisés", des indépendants (en bas de l'échelle). Pour une grande part, cette France a animé les manifestations des "Gilets jaunes" », écrit le directeur de l'Observatoire, Louis Maurin.

« Il leur est difficile de se projeter dans l'avenir, d'emprunter ou de louer un appartement. L'exigence de flexibilité qui pèse sur (eux) se traduit par des horaires décalés ou impossible à prévoir », peut-on lire dans le rapport qui met en garde contre la "dérégulation du droit du travail continue".

Des contraintes de rythme de travail

Le rapport met par ailleurs en évidence une progression des inégalités en termes de conditions de travail.

« On peut penser que le travail à la chaîne et la pénibilité ont disparu mais c'est loin d'être le cas », a souligné Mme Brunner, citant quelque 35% des salariés soumis à des rythmes de travail ou de production « strictement contrôlés », ou à des surveillances permanentes de la hiérarchie en 2016, contre 31,6% en 2005. Une hausse qui s'observe « surtout chez les ouvriers et encore plus chez les employés ».

Entre 5 et 8,8 millions de pauvres en France

Pour l'instant, près d'un million de personnes exerçant un emploi disposent d'un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé à la moitié du revenu médian (855 euros par mois pour une personne seule en 2016).

La pauvreté touchait près de 5 millions de Français en 2016 (dernières données disponibles), si l'on fixe le seuil de pauvreté à 50% du niveau de vie médian et 8,8 millions si l'on utilise le seuil à 60%. Elle a fortement progressé à partir de 2008 en raison de la crise financière puis stagne depuis 2012.

« Mais cette stagnation est trompeuse car elle résulte en partie de l'extension de la crise aux couches moyennes », lit-on dans le rapport. Or, le niveau de vie médian de 2016 est retombé au niveau de celui de 2011.

Les analystes constatent toutefois que la France reste, grâce à son modèle social, l'un des pays d'Europe qui enregistre le taux de pauvreté le plus faible, à 6,8% au seuil à 50% en 2015 selon Eurostat, derrière les Pays-Bas (6,6%) et la Finlande (4,9%), mais devant l'Allemagne et le Royaume-Uni (10%).

Pour l'Observatoire, « seule une baisse durable du chômage » ainsi que des « emplois réellement rémunérateurs » pourraient « réellement peser sur les inégalités de revenus » sur le long terme".

(AFP et Reuters)

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a écrit le 06/06/2019 à 9:21 :
Et c'est surtout la santé de ses salariés qui est totalement mise en danger puisque bien souvent n'ayant pas de mutuelles et prenant des anti-douleurs sans soigner le mal qui les ronge... Commençant bien souvent par les dents.

LE néolibéralisme est en train d'anéantir la force de travail tout en lui disant que c'est sa faute.
Réponse de le 06/06/2019 à 15:52 :
La santé mentale des humains est soumise à plus grande épreuve que la santé physique dans les sociétés de connexion et de rupture.
Réponse de le 06/06/2019 à 17:46 :
Avec 400 millions de dépressions nerveuses dans le monde difficile de vous donner tort, sans parler de toutes celles qui sont cachées par les drogues légales ou non. Maintenant une mauvaise santé physique ne peut pas non plus vous épanouir, si en plus de son esprit on peut pas compter sur son corps...
Réponse de le 09/06/2019 à 9:21 :
Venez donc faire un tour dans ces centres d'appels appartenant parfois à des multinationales: obligation de cadence d'appels, mesure et moyenne de la durée des appels à la seconde près, stress et pression permanents, saleté des locaux, incivilités, pause de 10 minutes par demi-journée, drogue, management peu éthique…

Le CDD ou l'intérim de 3 mois, au mieux, sont la règle. Je prends, je casse, je jette.

Il arrive que certaines de ces "entreprises" sont honnies par les travailleurs précaires ( "blacklistage").

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a écrit le 06/06/2019 à 5:59 :
Il reste encore des réformes à faire pour rejoindre l’allemagne: pour cela il faut tout faire pour baisser le revenu median...et devenir compétitifs!
a écrit le 05/06/2019 à 19:11 :
Ce n'est qu'un début... si l'on ne s'émancipe pas de cet administration hors sol qu'est l'UE de Bruxelles dogmatique!
a écrit le 05/06/2019 à 18:23 :
"Le taux de précarité, soit la proportion d'actifs en CDD, intérim ou apprentissage, est passé de 12% en 2007 à 13,6% en 2017"

Sans oublier, le fameux CDI de projet ( en gros un CDD de un à six ans.) pondu par la loi travail et étendu à d'autres secteurs que le BTP ( CDI de chantier) qui va accentuer le processus.Pour l’entreprise, le CDI de projet présente plusieurs avantages, notamment la souplesse du contrat. En effet, le terme du contrat est déjà prédéterminé (fin du projet) et implique automatiquement la rupture du CDI. Il faut savoir que cette loi ne fournit aucune précision relative au régime de ce type de contrat, concernant notamment les cas de recours, la rémunération ou encore les conditions de rupture. Cette loi prévoit la définition des règles de fonctionnement de ce type de contrat par une convention ou un accord collectif de branche. le salarié ne perçoit pas de prime de précarité, comme c’est le cas pour les CDD, des indemnités lui sont en revanche versées lors de la rupture du contrat une indemnité.
a écrit le 05/06/2019 à 15:42 :
Comment est calculé ce revenu médian, qui sert de frontière entre pauvreté et richesse ? Est-il corrigé des différences de coût de la vie qui vont de 1 à 2 (commune rurale / XVIème à Paris) ? Dans beaucoup d'endroits on vit très bien avec le SMIC… mais la taxation énergétique va corriger cette inégalité.
a écrit le 05/06/2019 à 15:38 :
Qu'est-ce qu'il fait ce petit chinois en France?!Ou autrement dit pourquoi il est en France?!
a écrit le 05/06/2019 à 15:06 :
Pour discuter de cela, il est nécessaire de se pencher sur les différentes conventions collectives et le droit du travail qui a affaiblit la portée de celles_ci.
Un avis éclairé s'obtient en lisant le contenu même de ces conventions. Qui voudrait travailler comme le stipulent l'organisation du travail des secteurs de l'entretien, du commerce, de la restauration et autres secteurs à forte teneur de main d'oeuvre ?
La pauvreté c'est la journée de travail en plusieurs créneaux, des temps partiels sur de nombreux jours, des obligations de se déplacer à plusieurs reprises avec d'importants temps morts ..... pas d'heures supplémentaires.
La possibilité de recourir à de la main d'oeuvre détachée permet, à point nommé, de maintenir cet écosystème peu enviable.
Réponse de le 06/06/2019 à 8:56 :
Des entreprises excentrées loin des centres urbains sans transports en commun où la "gestion" des gagne-misères est effectuée par des chefs d'équipe peu lettrés: " toi tu travailles demain, toi tu travailles pas" ou bien " Y aura peut-être du travail samedi, on verra". Travail pénible (TMS), horaires décalés, stress permanent et rythme de travail élevé.

Au résultat, un salaires de 700 € par mois, impossible d'avoir une activité complémentaire car l'emploi du temps est donné du jour au lendemain . Le salaire est viré à partir du 7 du mois suivant dans le meilleurs des car "c'est la comptable qui fait ça et c'est comme ça".
Avec les frais d'essences, il vous reste 650 €.

Toujours la même rengaine dans les médias: " on a pas la main d'œuvre"
a écrit le 05/06/2019 à 14:58 :
Avec la financiarisation poussée de l'économie, l'humain passe au second plan, on le sait depuis que le capitalisme existe (qui n'est qu'un dispositif de ponzi légalisé). Donc pourquoi s'étonner ? L'intérêt des grands groupes est de déstabiliser les démocraties car l'instabilité leur permet de négocier des accords contre les populations (et donc les États, l'augmentation de la dette publique est un indicateur infaillible de l'incapacité des politiques à réguler les flux de richesse produits)...
a écrit le 05/06/2019 à 13:56 :
La pauvreté a plusieurs formes.
Dans certaines civilisations de l’Asie , la pauvreté est synonyme de «  débrouillardise »
En occident , tout est standardisé , dans «  sa pauvreté » l’individu a «  ses propres objectifs » pour «  rentrer dans des cadres standardisés »

En «  fait » être pauvre en France veut dire être «  hors cadre standardisé » n

Un cadre standardisé =
Un travail , une santé, un logement décent
a écrit le 05/06/2019 à 13:30 :
la pauvreté est une notion assez relative. Un celibataire proprio a la campagne qui gagne 800 euros en bossant a mi temps vit surement mieux que son homologue locataire cadre a la defense a 3000 euros euros par mois et plus de 2 heures de trajet par jour
Réponse de le 05/06/2019 à 15:02 :
des celibataires proprietaires et non endettes qui gagnent 800 €/mois ca doit quand meme pas etre courant, a part des fils a papa qui ont herite (car comment payer un credit si on gagne si peu ?)
apres c est dur qu un retraite a la campagne a 800€/mois vit mieux qu un cadre a la defense (meme si a 3000€/mois on a les moyen d habiter a moins de 2 h de la defense)
Réponse de le 05/06/2019 à 17:55 :
Le cadre parisien sait maintenant ce qui lui reste à faire, donc.
a écrit le 05/06/2019 à 12:01 :
voir l'article du Financial Times du 27 décembre dernier sur la pauvreté des travailleurs dans l'UE : la France est le pays ayant les plus faibles taux de pauvreté parmi les grands pays de l'UE, quel que soit le statut du travailleur (The rise of poverty among EU workers since the financial crisis - in charts, FT, 27/12/2018). la progression de la pauvreté en Allemagne, notamment, a été beaucoup plus forte. noter que l'emploi temporaire a baissé en France en 2018 (Eurostat). idem pour le temps partiel.
en 2017, le taux de risque de pauvreté avant transferts sociaux était parmi les plus bas des pays développés de l'UE avec Pays-Bas et Allemagne (Eurostat).
le taux de risque de pauvreté (après transferts) est parmi les plus bas des pays développés de l'UE et a baissé en 2017 (Eurostat).
Réponse de le 05/06/2019 à 12:10 :
Une vérité 👍
a écrit le 05/06/2019 à 11:56 :
tres bonne analyse: jesais qu ils ya 16millions de Français vivent a decouvert tout les mois: au lieux de faire augmente les salairesMACRON dit que le social coute un pognion de dingue: la realite c est qu en France le social a pris plus d inportance que les salaires : si la grisse des gilets aunes n a pas renversez la table::ils n ai pas dit que si cela recommence cela sois plus violent car la misere en travaillent engendre forcement de la COLERE LEGITIME??? je ne peut pas corrige dessole pour les puristes de la langue de bois francaise?
Réponse de le 05/06/2019 à 15:17 :
Augmenter les salaires comme ça d'un coup entraine une hausse de l'inflation, qui entraine une hausse du chômage.

En 36 ils ont fait augmenter de mémoire les salaires de 15% ou 30%, cela a entrainé une inflation de 45%. Au final en 37 les gens étaient plus pauvres et faute de ressources financière dispo (que ce soit en interne ou en crédit d'emprunt dispo sur les places de marché mondiale), ce gouvernement a du faire machine arrière et le gouvernement est tombé.

Pour faire une augmentation des salaires, il faudrait baisser les charges, mais cela veut dire de lever des impôts pour financer ces baisses charges.
Ou alors il faudrait encore et toujours automatiser et reverser aux employés restant, les gains de productivité.
Ou encore, on supprime des droits pour baisser les charges et en pas lever d'impot, que voulez vous perdre alors ? L'assurance maladie ? L'assurance chomage ? Les allocations sociales ? La retraite ? Les aides au transport ?
Réponse de le 05/06/2019 à 18:06 :
@Nofutur

Les salaires réels pratiqués pour tous les ouvriers à la date du 25 mai 1936 seront, du jour de la reprise du travail, rajustés suivant une échelle décroissante commençant à 15 % pour les salaires les moins élevés pour arriver à 7 % pour les salaires les plus élevés, le total des salaires de chaque établissement ne devant, en aucun cas, être augmentés de plus de 12 %. Les ouvriers obtiennent par les lois du 11 et 12 juin la création de conventions collectives, le passage de la durée du travail à la semaine de 40 heures et 15 jours de congés payés (13 jours de vacances + 2 du week-end). La semaine de 40 heures et les congés payés ne font néanmoins pas partie des accords de Matignon.

"il faudrait baisser les charges"

Les termes cotisations sociales sont les termes utilisés couramment par l'administration, les pouvoirs publics, les publications scientifiques, etc. Ils sont fréquemment remplacés dans l'usage courant par les termes charges sociales. Le monde politique fait un usage abondant de cet emploi connoté négativement alors que les cotisations sociales correspondent donc à une part socialisée du salaire, c'est-à-dire collectée par des organismes appelés caisses afin d'être redistribuée. Les cotisants bénéficient en contrepartie d’une couverture partielle ou totale de frais divers, engendrés par l'un des grands « risques » que sont le chômage, la vieillesse, la famille, la maladie et les accidents du travail et maladies professionnelles. Cette contrepartie peut être immédiate (risque immédiat), ou différée : le salarié touche une pension à l'âge de la retraite.
a écrit le 05/06/2019 à 11:53 :
tres bonne analyse: jesais qu ils ya 16millions de Français vivent a decouvert tout les mois: au lieux de faire augmente les salairesMACRON dit que le social coute un pognion de dingue: la realite c est qu en France le social a pris plus d inportance que les salaires : si la grisse des gilets aunes n a pas renversez la table::ils n ai pas dit que si cela recommence cela sois plus violent car la misere en travaillent engendre forcement de la COLERE LEGITIME???
a écrit le 05/06/2019 à 11:48 :
C'est tout à fait normal, c'est ce qu'on appelle l'équilibre malthusien. Les gens font un maximum d'enfants, jusqu'à ce que la population augmente tellement qu'elle s'appauvrit inexorablement. Les gens deviennent alors trop pauvres pour faire plus d'enfants. C'est l'évolution logique de toute société humaine.
Réponse de le 05/06/2019 à 14:59 :
c est ce qui est arrive au XIII sciecle. Apres une bonne serie d Epidemie et de guerre, la population avait decru et l augmentation du niveau de vie a donne la rennaissance.

Par contre je vois pas comment ca peut marcher de nos jours. les epidemies ne font plus de morts (la pest c etait -30 a -50 %). les guerres peuvent detruire toute la planete donc peu probable. et en afrique, la population ets pauvre mais continue de se multiplier comme des lapins
Réponse de le 05/06/2019 à 18:34 :
Pas faux. A l'étranger, ou je vis, il y a une crise de manque de main d'oeuvre. Résultats, les entreprises augmentent les salaires ou les conditions, elles modernisent et robotisent pour accroitre la productivité (les emplois se transforment d'ouvriers en techniciens). Les emplois les moins rémunérateurs disparaissent par fermeture, ou sont pris par des personnes ayant des conditions physiques ou psychologiques et qui étaient auparavant au chomage. Quelques usines font venir de la main d'oeuvre de l'étranger, des ouvriers peu qualifiés venant pour un temps défini, un emploi défini, des conditions de logements fournies, avant de repartir les poches pleines dans leur pays. La loi de l'offre et la demande s'applique aussi au monde du travail, moins de travailleurs = meilleures conditions de travail.

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