« Faire du bien-être une finalité est le plus sûr moyen de le rater » (Julia de Funès)
Propos recueillis par Valérie Abrial
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Denis Allard/Leextra pour La Tribune
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Elle a l'énergie communicative et la parole critique, elle aime le dialogue et la déconstruction des idées reçues. Forcément, elle est philosophe. Mais pas seulement. Julia de Funès fut un temps chasseuse de tête, un temps un peu à part, en tous les cas déclencheur de ce que l'on pourrait appeler le rejet des process et des conformismes, un temps qui la mena à réunir philo et boulot ! Une évidence quand on est doté d'un doctorat en philosophie et d'un DESS en RH. Depuis, Julia de Funès multiplie les conférences en entreprises. Pas un jour sans déplacement. Ce qu'elle définit elle-même comme un sacerdoce, et un luxe, celui d'exposer ses idées, sans être polémique, d'avoir l'esprit critique mais avec discernement avec au bout du compte l'envie avouée de libérer les esprits de certaines normes.
Julia de Funès est également auteure de plusieurs essais dont, Socrate au pays des process (éditions Flammarion), La comédie (in)humaine avec l'économiste Nicolas Bouzou, Le développement (im)personnel : le succès d'une imposture (éditions de L'Observatoire). Imposture... comme celle du bonheur au travail ? Ou plutôt injonction... Entre « peut-on » et « doit-on » être heureux au travail, les questions s'entremêlent, les réponses foisonnent. Rencontre.
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Souvent évoqué, le bonheur au travail ressemble dans certains cas à une injonction. Mais, le travail doit-il vraiment rendre heureux ? Et est-ce le rôle de l'entreprise de rendre les gens heureux ?
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Julia de Funès La question du bonheur au travail ne me semble plus la question d'actualité. Je le remarque quotidiennement dans les entreprises. C'était la question à la mode avant la période Covid-19. Les entreprises multipliaient à ce titre les artifices « bonheuristes » et infantiles (babyfoots, consoles de jeux, escape games, immobilier de bureaux coloré, etc.), jusqu'à embaucher des Chief Happiness Officer (responsable du bonheur au bureau, ndlr). Or, force était de constater que plus on parlait de bonheur, moins il était présent. Burn out, pertes de sens, arrêts de travail, désengagements massifs des salariés n'ont cessé de se multiplier depuis des années. Il a bien fallu admettre une mode « bonheuriste » durant ces dernières années, qui n'a jamais rendu les salariés heureux, bien au contraire ! La période Covid-19 a au moins eu ce mérite dans le marasme général : prouver à quel point le bien-être des collaborateurs ne pouvait se trouver dans ce conformisme guilleret et cette « coolitude » uniformisée mais, au contraire, dans l'individualisation et l'autonomie des collaborateurs.
Propos recueillis par Valérie Abrial