
Ce n'est pas la première fois que Gérald Darmanin essaye de faire dans la surenchère vis-à-vis de Marine Le Pen. En février 2021 déjà, lors d'un débat sur France 2, il lui avait déclaré la trouver « un peu molle » sur les questions de laïcité. À l'époque, cette sortie avait suscité un tollé à gauche.
Mais cette fois-ci, le ministre de l'Intérieur s'est pris les pieds dans le tapis. Car en s'attaquant à la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, Gérald Darmain a suscité une grave crise diplomatique entre la France et l'Italie. Tout commence lors d'une interview RMC jeudi matin. Le ministre français accuse alors la leader de l'extrême droite italienne d'être « incapable de régler les problèmes migratoires » dans son pays. Et d'établir un parallèle avec Marine Le Pen en France : « Madame Meloni, c'est comme Madame Le Pen, elle se fait élire sur "Vous allez voir ce que vous allez voir" et puis ce qu'on voit, c'est que ça ne s'arrête pas et que ça s'amplifie ».
À cette occasion, Darmanin va même plus loin en accusant Rome d'être responsable de l'« afflux de personnes migrantes et notamment de mineurs » dans le sud de la France. Le ministre confirme son propos en rappelant ensuite que la dirigeante d'extrême droite arrivée au pouvoir en octobre est confrontée à « une très grave crise migratoire ».
Ces déclarations provoquent immédiatement une réaction de l'autre coté des Alpes : le chef de la diplomatie italienne, Antonio Tajani, annonce annuler sa venue à Paris, alors qu'il devait y rencontrer son homologue, Catherine Colonna. « C'est une insulte gratuite et vulgaire adressée à un pays ami, allié » et « quand quelqu'un offense de façon gratuite une autre personne le minimum est qu'elle présente ses excuses », a enchaîné vendredi l'ancien président du Parlement européen dans un entretien au quotidien Il Corriere della Sera. « Il s'agit d'une attaque à froid, un coup de poignard dans le dos de la part d'un membre de premier plan du gouvernement français. Il y a des choses qu'on ne peut ignorer. Le reste de l'exécutif de Macron cependant ne pense certainement pas comme Darmanin », a insisté Antonio Tajani dans cet entretien.
Face à cette réaction italienne, la France a d'ailleurs tenté de calmer le jeu par tous les moyens, via notamment le Quai d'Orsay « espérant » que la visite d'Antonio Tajani serait « reprogrammée rapidement ». Et on a pu voir la ministre des Affaires Étrangères, Catherine Colonna, publier un message en italien sur Twitter, affirmant que « la relation entre l'Italie et la France est basée sur le respect mutuel, entre nos deux pays et entre leurs dirigeant ».
Et comme cela ne suffisait pas, la ministre française a appelé dans la foulée son homologue. « Catherine Colonna m'a appelé deux fois, pour me dire qu'elle était désolée, elle a été très cordiale », a assuré Antonio Tajani, tout en estimant que les explications de Paris restaient « insuffisantes ».
De fait, à cause des déclarations politiciennes du ministre de l'Intérieur, c'est la France qui est apparue une nouvelle fois affaiblie en Europe, devant se justifier face à l'Italie alors que ce pays est dirigé par une leader d'extrême droite. L'effet d'image est catastrophique.
D'autant que depuis des années, les relations entre Rome et Paris ne sont pas au beau fixe. Et l'immigration constitue un sujet brûlant dans les relations entre les deux pays. Des tensions étaient ainsi survenues en novembre, lorsque le gouvernement Meloni, à peine constitué, avait refusé de laisser accoster un navire humanitaire de l'ONG SOS Méditerranée. Le bateau avait fini par être accueilli par la France à Toulon avec 200 migrants à bord.
Si le ministre de l'Intérieur a reçu le soutien de plusieurs de ses collègues du gouvernement, les critiques fusent en off parmi les députés macronistes. Et un ancien soutien du président remarque : « Darmanin se trompe de cible, Meloni, ce n'est pas Le Pen, c'est Zemmour ». Le parallèle entre Marine Le Pen et Giorgia Meloni a donc ses limites.
Cela n'avait pas échappé à Marine Le Pen dont l'allié transalpin historique reste Matteo Salvini. Dès l'automne, la leader du Rassemblement National prenait ses distances avec la cheffe de l'exécutif italien. « Elle est très FN des années 1980. Conservatrice, libérale, atlantiste », affirmait l'héritière Le Pen, ajoutant que la femme politique romaine se rapprochait plutôt d'Eric Zemmour. « Meloni n'est pas ma sœur jumelle », a-t-elle encore déclaré début avril dans une interview à La Repubblica. Histoire également de ne pas être comptable de son bilan... Décidément, la route risque d'être longue jusqu'à 2027.