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"Gilets jaunes, Acte IV", une manifestation à haut risque pour samedi

latribune.fr

Publié le 06 décembre 2018 à 08:01 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:13

gilets jaunes

gilets jaunes

Reuters

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Le gouvernement tente de calmer la colère des "Gilets jaunes" qui prévoient un "acte IV" samedi à Paris, faisant craindre des risques de violences comme lors de leurs dernières manifestations dans la capitale.

L'exécutif s'évertue encore jeudi à convaincre qu'il a entendu et compris la "colère insaisissable et incontrôlable" des "Gilets jaunes", à deux jours d'une nouvelle mobilisation qui fait craindre une explosion de violence.

Des dizaines d'appels à manifester samedi à Paris se concurrencent sur les réseaux sociaux, donnant pour la plupart rendez-vous sur les Champs-Élysées, qui a été le théâtre de scènes d'émeutes le 1er décembre.

Un déminage de Matignon pour faire baisser les tensions

L'Élysée craint "une très grande violence" samedi, a déclaré le palais présidentiel mercredi soir, peu après que le gouvernement avait fait un geste qu'il espère décisif en renonçant "pour l'année 2019" aux augmentations de taxes sur les carburants, ce qui était la revendication à l'origine du mouvement des "Gilets jaunes".

Jeudi, le Premier ministre Édouard Philippe poursuit au Sénat un débat engagé mercredi à l'Assemblée pour défendre les mesures prises en urgence: outre l'annulation pour l'heure de la taxe carbone, il s'agit d'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité cet hiver, et du renoncement à durcir le contrôle technique automobile avant l'été. Édouard Philippe a également jugé "nécessaire" un débat sur la réforme de l'Impôt sur la fortune (ISF) - que le président Emmanuel Macron exclut de remettre en place.

Toutes ces annonces répondent à des demandes des "Gilets jaunes". Mais pour près de huit Français sur dix (78%), les annonces du gouvernement ne répondent pas aux attentes exprimées par les "Gilets jaunes", selon un sondage Elabe diffusé mercredi, alors qu'il n4était question que d'un moratoire de six mois. Le chef du gouvernement n'a pu que reconnaître mercredi que la "colère est demeurée insaisissable et incontrôlable".

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Le président Emmanuel Macron, cible de toutes les critiques sur les points de blocage, a demandé de son côté solennellement aux partis politiques, aux syndicats et au patronat "de lancer un appel clair et explicite au calme".

"Ce qui est en jeu, c'est la sécurité des Français et nos institutions", a relayé devant les députés Édouard Philippe: "Tous les acteurs du débat public, responsables politiques, responsables syndicaux, éditorialistes et citoyens, seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent."

L'exécutif redoute avant tout une nouvelle explosion de violences ce week-end, et une extension de la colère à d'autres secteurs, au moment où la FNSEA annonce que les agriculteurs vont eux aussi se mobiliser. Les fédérations CGT et FO du secteur du transport routier ont appelé pour leur part à la grève à partir de dimanche soir pour une durée indéterminée. La situation est également tendue dans les lycées.

Partout en France, les appels à se mobiliser une nouvelle fois samedi se multiplient et le ministère de l'Intérieur fait état d'une "mobilisation de la part de l'ultradroite et de l'ultragauche".

"Manu, on arrive", "Pot de départ de Macron", "Tous à la Bastille"

De même source, "on constate une vraie radicalisation de certains 'Gilets jaunes', comme on a pu le voir dans les comparutions immédiates depuis lundi mais aussi dans leurs propos. Ils se radicalisent par la violence et politiquement."

Sur les réseaux sociaux, les mots d'ordre évoquent un renversement des institutions: "dissolution de l'Assemblée nationale", "Manu, on arrive!", "Pot de départ de Macron!", ou encore "Tous à la Bastille".

Même tonalité auprès de "Gilets jaunes" interrogés par l'AFP mercredi sur un rond-point à Augny (Moselle), près de Metz.

"J'ai 700 euros de retraite... on veut vivre, les gens veulent vivre de leur travail", a témoigné Joël, 66 ans, un retraité du bâtiment, qui n'avait plus manifesté depuis mai 1968: "Macron, il a donné un coup de pied dans la fourmilière, les gens ont cru qu'il allait changer les choses et améliorer leur pouvoir d'achat, et c'est l'inverse qui s'est passé".

Pour Sylvain, 63 ans, militaire retraité, le président "nous prend pour des pigeons, des imbéciles. S'il faut aller le chercher à l'Élysée, on ira. Tant qu'il sera là, ça ne changera pas. C'est un imposteur, un menteur, il nous méprise".

À Dole, Fabrice Schlegel, un promoteur immobilier de 45 ans qui est l'un des premiers leaders des "Gilets jaunes" dans sa ville, s'est montré visiblement de plus en plus inquiet de la tournure des choses. "Je ne sens pas les choses très bien, il y a une émulation révolutionnaire, mais comment les Français lambda vont-ils réagir face à cela ?", a-t-il répondu à l'AFP.

Mercredi, quelques milliers de "Gilets jaunes" ont poursuivi leurs actions, en ciblant des dépôts pétroliers, routes et zones commerciales, mais un retour à la normale dans les stations-service en pénurie de carburants est prévu dans les 48 heures.

Sur le réseau autoroutier, les manifestations entraînaient toujours de "fortes perturbations localement", selon Vinci. L'opérateur a fait état de plusieurs manifestations et barrages, notamment sur l'A9 dans l'Hérault, au niveau des péages de Frontignan, Saint-Jean-de-Védas ou Lunel, sur l'A54 dans le Gard, sur l'A50 aux péages de la Ciotat (Bouches-du-Rhône) ou Bandol (Var).

Un "geste d'apaisement considérable" pour Bruno Le Maire

L'annulation de la hausse des taxes sur le carburant en 2019 constitute un "geste d'apaisement considérable" face à la colère des "Gilets jaunes", a estimé jeudi le ministre de l'Économie et des Finances Bruno le Maire.

"Il n'y aura pas en 2019 de nouvelle taxe sur les carburants et je pense que c'est un geste d'apaisement considérable qui a été fait par le gouvernement et le président de la République", a affirmé Bruno le Maire, interrogé sur France 2.

Concernant l'impôt sur la fortune, M. Le Maire a assuré que "les décisions qui ont été prises, seront maintenues".

"Nous avons décidé il y a 18 mois de supprimer l'ISF sur l'investissement dans les entreprises et nous avons décidé d'alléger la fiscalité sur le capital. On n'a pas voulu faire un cadeau aux riches", a-t-il ajouté.

Mercredi soir, l'Élysée a écarté l'idée de revenir sur la suppression de l'ISF, mesure phare du quinquennat Macron ciblée par les "Gilets jaunes", refermant la porte qu'avaient semblé entrouvrir dans la journée certains ministres.

Lycées : "une incitation à courir un danger grave"

Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer a mis en garde mercredi soir contre les incitations à manifester à destination des lycéens, affirmant qu'elles sont "une incitation à courir un danger grave". Le ministre défendait au Sénat le budget de l'Enseignement scolaire lorsqu'il a été interpellé par la sénatrice Céline Brulin (CRCE à majorité communiste)  sur le mouvement de contestation dans les lycées.

"Il serait bon d'accorder à cette mobilisation toute l'attention qu'elle mérite", a notamment déclaré la sénatrice, soulignant que "plusieurs syndicats d'enseignants rejoignent désormais les mobilisations".

"Les circonstances actuelles dans notre pays font que la violence est en train d'envahir les débats et de faire en sorte que nos lycéens soient mêlés à des contextes dangereux", a réagi M. Blanquer."Toutes les incitations à manifester, et malheureusement Mme la sénatrice  vous l'avez un peu fait, toutes les incitations à manifester sont en réalité une incitation à courir un danger grave, vu les circonstances auxquelles nous avons assisté ces derniers jours", a affirmé le ministre."Je le dis avec une certaine solennité, parce que les prochains jours sont en effet inquiétants"."Le message de raison, le message de sagesse que nous devons avoir vis-à-vis des lycéens ce soir, c'est celui bien entendu de pouvoir débattre sans aucune violence et surtout de les soumettre à aucun danger", a-t-il encore déclaré.

Des dizaines de lycées ont été perturbés mercredi dans la foulée des "Gilets jaunes", au troisième jour d'un mouvement de contestation contre les réformes dans l'éducation qui a fait un blessé grave avant un appel à la "mobilisation générale" jeudi.

Appel à la grève des fonctions support de la police

Le syndicat de police Vigi a rejoint mercredi le mouvement des "Gilets jaunes" en appelant à une grève illimitée des fonctionnaires exerçant des missions supports à partir de samedi, date de l'"Acte IV" de la mobilisation entamée le 17 novembre.

"Les revendications portées par le mouvement des 'Gilets jaunes' nous concernent tous. Il est temps de s'organiser légalement et d'être solidaire avec eux, pour l'avantage de tous", peut-on lire dans un communiqué diffusé par le syndicat Vigi-Ministère de l'Intérieur.

Dans la mesure où les services de police "ne fonctionnent que difficilement, voire pas du tout, quand les missions supports ne sont plus assurées", le préavis déposé par ce syndicat minoritaire concerne "les personnels administratifs, techniques, scientifiques et ouvriers d'état/cuisiniers du ministère de l'Intérieur".

Vigi dénonce par ailleurs la façon dont la crise est gérée par la hiérarchie et le gouvernement, alors que la mobilisation de samedi a été émaillée de nombreuses violences. Il appelle donc les fonctionnaires de police "qui n'ont pas reçu de formation en maintien de l'ordre (à) faire valoir leur droit de retrait".

Le collectif CGT des agents des Sdis (services départementaux d'incendie et de secours) appelle par ailleurs ses adhérents à "soutenir la grogne populaire et à l'amplifier, à rejoindre les mouvements locaux des 'Gilets jaunes'".

Ce syndicat de sapeurs-pompiers rappelle dans un communiqué que la fédération CGT des services publics a déposé un préavis de grève du 9 au 31 décembre 2018 et que la CGT, à l'échelle nationale, a appelé à une journée d'action le 14 décembre.

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Au total, 263 personnes - dont 81 membres des forces de l'ordre - ont été blessées samedi dernier en marge des manifestations à travers la France à l'occasion de l'"Acte III" de la mobilisation des "Gilets jaunes". Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé qu'il renforcerait les dispositifs de sécurité pour samedi prochain.

(avec agences)

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