Grand débat : opération séduction pour la transition écologique

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Les écologistes se montrent pour le moins méfiants quant à l'issue du débat, notamment Yannick Jadot, tête de liste EELV aux élections européennes.
Les écologistes se montrent pour le moins méfiants quant à l'issue du débat, notamment Yannick Jadot, tête de liste EELV aux élections européennes. (Crédits : © Jacky Naegelen / Reuters)
En proposant sa "Lettre aux Français", le président invite les citoyens à participer activement à l'élaboration d'un nouveau «pacte social». Il compte sur le succès de cette initiative pour relancer son programme de réformes. Parmi les quatre thèmes proposés, celui de la transition écologique.

Faut-il y voir un signe ? Les deux coordonnateurs du Grand débat sont respectivement un ancien secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire et sa remplaçante. Emmanuelle Wargon a en effet pris la place de Sébastien Lecornu lorsque ce dernier a été nommé ministre des Collectivités territoriales lors du mini-remaniement d'octobre dernier. Le sujet sera-t-il pour autant au centre du Grand débat ? « Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses contraintes des ménages en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports », assure le chef de l'État dans le courrier qu'il a adressé aux Français en début de semaine.

À l'évocation de la séquence qui a lancé le mouvement des « gilets jaunes », dont nul ne saurait dire à cette heure si ce Grand débat est susceptible d'y mettre un terme, il est pourtant évident qu'une grande partie des Français ne l'a pas compris ainsi. Pas ceux, notamment, contraints de s'éloigner des centres-ville et de leur emploi, et de parcourir chaque jour de longues distances en voiture, le plus souvent alimentée au diesel. Ni ceux, parfois les mêmes, qui chauffent leur pavillon au fioul.

D'ailleurs, ces sujets figurent dans les cahiers de doléances des Français ruraux remis le 14 janvier au président de la République par le président de l'Association des maires ruraux de France.

Ce sont bien les hausses des taxes sur les carburants annoncés pour ce mois de janvier, notamment sur le diesel, dont la fiscalité est appelée à rejoindre celle sur l'essence, qui ont allumé la mèche des révoltes. Après s'être montré parfaitement inflexible pendant des semaines, le gouvernement a d'abord annoncé un moratoire de six mois pour supprimer purement et simplement 24 heures plus tard les hausses de taxes prévues.

L'évolution de la contribution climat énergie (également appelée taxe carbone), intégrée depuis 2014 à la TICPE, est prévue par la loi de transition énergétique de 2015. Mais le gouvernement avait décidé d'accélérer cette hausse, une information malencontreusement dévoilée alors que le baril de pétrole (dont le cours a beaucoup baissé depuis) flambait...

Accompagnement des plus modestes et solidarité nationale

« Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes », ajoute Emmanuel Macron. Une prise de conscience tardive lorsqu'on se souvient que Nicolas Hulot avait publiquement regretté, après sa démission, qu'on lui ait refusé ces mesures d'accompagnement « pour raisons budgétaires ».

« Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir », poursuit le chef de l'État dans son courrier, avant d'interroger largement : sur les modalités de financement (taxe ou impôts ? le débat agite les experts depuis des décennies, mais ce qui est certain, c'est qu'il faudra dégager des moyens pour financer la transition) ; sur les populations concernées par ces aides (le gouvernement a déjà procédé à un élargissement de la population éligible au chèque énergie) ; sur les solutions à mettre en place « pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture », quand les aides existantes concernent aujourd'hui plus l'achat de véhicules propres que de chauffages efficaces ; sur le rôle du local (« Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ? »), alors que la décentralisation a ces dernières années élargi les prérogatives des collectivités sur les sujets climat et énergie, sans toujours les accompagner des moyens financiers correspondants...

En dépit de ces questions très ouvertes, les grandes orientations sont calées. « Le Grand débat n'a pas vocation à tout remettre en cause... la PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) et la politique climatique font partie des grands engagements que nous ne remettrons pas en cause... » a ainsi déclaré devant le Sénat François de Rugy le mardi 15 janvier, ajoutant que le texte de la PPE (attendu depuis la présentation de ses principales orientations par dossier de presse le 27 novembre dernier) serait transmis à l'Autorité environnementale « dès la semaine prochaine ».

Scepticisme des écologistes

Les écologistes se montrent pour le moins méfiants quant à l'issue du débat. Yannick Jadot, tête de liste EELV aux élections européennes, a ainsi assuré le 14 janvier :

« Les écologistes vont y participer, ils veulent que ce pays sorte de l'impasse, sorte de ce conflit totalement absurde et extrêmement dangereux pour la démocratie entre les "gilets jaunes'' et le président Macron. » Mais, « si Macron triche avec les Français, si Macron les manipule, à ce moment-là, le risque, c'est que la démocratie s'affaisse encore plus, qu'il y ait encore plus d'appels, y compris de responsables politiques, à l'insurrection et qu'on rentre encore plus violemment dans ce débat de guerre civile », a-t-il averti.

Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, a pour sa part déclaré à Libération : « Ce qui nous inquiète, au-delà de ce Grand débat, c'est la place de l'écologie depuis qu'Emmanuel Macron a été élu. » Évoquant l'action en justice déposée avec la FNH, Oxfam et Notre affaire à tous (NAAT) contre l'État pour son manque d'ambition et d'efficacité en matière de climat, il s'étonne :

« Malgré les deux millions de personnes qui ont soutenu l'idée de ce recours, nous n'avons eu aucune réponse, aucune réaction, de la part du Premier ministre ou du président. »

Seul le ministre de l'Écologie, François de Rugy, a déclaré dans un entretien au Parisien :

« Mon hypothèse est que le succès de cette pétition pour le climat est peut-être aussi une réplique au mouvement des "gilets jaunes", qui parle parfois de l'écologie comme d'un problème. »

Pas de quoi convaincre le directeur de Greenpeace:

« Nous, les ONG, proposons des solutions concrètes depuis des années, rappelle Jean-François Julliard. Elles sont connues. Pourquoi un énième débat ? »

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Commentaires
a écrit le 18/01/2019 à 18:58 :
ce n'est pas encore et toujours de nouvelles taxes qui feront avaler la pilule de la transition énergétique mais un changement des normes d'homologation des véhicules, chaudières et divers appareils polluants
a écrit le 18/01/2019 à 15:00 :
en matiere d economie sociale il faut pour economiser et reduire les inégalités ; banir l universite des droits pour tous et favorise les pauvres et en matières d imposition tout prendre en compte meme les aides sociales? mais c est une ereur de bloque le Cout de la vie aux petites retraites,? il suffit dit mettre un plafond de payement de la CSG??? LA FRANCE D APRES LA GUERRE AVAIS PLUS DE MOYEN ?DESORME NOUS AVONS UNE DETTE ?IL FAUT REFORME NOS DROIT SOCIAUX MAIS AVEC PEDAGOGIE . ET NE PAS DIRE ON DEPENSE UN POGNON DE DINGUE???
a écrit le 18/01/2019 à 14:13 :
Le chef de l’Etat commence par raconter des carabistouilles en disant que la transition écologique allège les dépenses contraintes des citoyens puisque c’est la hausse de taxe sur les caburants au nom de cette même transition écologique qui a mis le feu aux poudres avec le mouvement des Gilets Jaunes. Ce que l’on constate généralement c’est que les actions entreprises au nom de l’Ecologie rendent la vie plus chère qu’avant pour les citoyens !!!

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