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Grand Paris: "Ce n'est pas la métropole que nous voulions" (P. Ollier)

Propos recueillis par Jean-Christophe Chanut et Mathias Thépot

Publié le 11 février 2016 à 06:00 - Mis à jour le 11 février 2016 à 10:06

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Patrick Ollier (parti "Les Républicains"), premier président de la Métropole du Grand Paris, détaille pour La Tribune quelles vont être les priorités de cette "super intercommunalité" capitale dans les prochaines années. Il revient aussi sur ses relations avec la région et l'Etat.

La métropole du Grand Paris (MGP) est-elle mal née, en termes de compétences, de périmètre... ?

- Patrick Ollier. A peine créée, on s'interroge déjà sur les défauts de cette métropole et personne ne parle de ses qualités. Je voudrais quand même rappeler que nous partons de zéro. J'ai été élu à sa présidence le 22 janvier dernier et ce qui m'intéresse est de construire ce rassemblement de 131 communes, représentant 7 millions d'habitants et doté d'un budget de 3,7 milliards d'euros. Je peux vous assurer que cette métropole fonctionnera avant le 1er janvier 2017, quand elle deviendra compétente en matière d'aménagement du territoire et de logement. Je suis déterminé à conduire ma mission et à bâtir cette métropole qui n'est finalement qu'une intercommunalité, certes plus grosse que les autres.

Quelles sont les prochaines étapes dans la construction de la MGP ?

- Je travaille actuellement avec tous les groupes politiques pour que, lors du prochain conseil métropolitain du 18 février, nous puissions distribuer les délégations et mettre en place les processus de fonctionnement. Nous préparons aussi les commissions. Ainsi, les 209 membres du conseil seront équitablement répartis au sein de commissions dont les 8 premières seront mises en place à l'issue du conseil : finances, développement économique, projet métropolitain, économie circulaire, logement etc. Nous allons aussi rédiger avec les groupes le règlement intérieur. Je tiens également à respecter scrupuleusement l'équilibre politique. Ainsi, par exemple, quand une délégation est détenue par un élu de gauche, la commission sera présidée par un élu de droite. En même temps, nous préparons le budget et nous cherchons des locaux... Bref, nous sommes au travail !
J'ajoute que le 18 février prochain nous allons aussi établir un calendrier de mise en œuvre des compétences jusqu'à la fin de l'année. Le document d'orientation budgétaire sera présenté en avril ainsi que le tableau des effectifs et le budget, quant à lui, sera voté en mars.

Donc vous contestez l'expression « coquille vide » utilisée par certains pour qualifier ce qu'est actuellement la MGP ?

- Oui totalement. La MGP, c'est une intercommunalité, une assemblée de maires, un Etablissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre. Ceux qui n'ont jamais travaillé en intercommunalité ne savent pas comment cela se passe. S'il n'y pas de consensus entre les maires, l'intercommunalité n'avancera pas. Par exemple, un de nos projets, c'est le développement économique et l'aménagement du territoire, via la création ou le renforcement de zones d'activité. Nous allons également instituer un fonds d'investissement qui fonctionnera avec la montée en puissance de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises].

Oui mais, en matière de développement économique, la Région est également compétente, surtout depuis la loi NOTre qui lui donne une compétence dans ce domaine ?

- Il est exact que le développement économique est la seule compétence de la MGP qui soit partagée avec la région. Et alors ? Il ne vous a pas échappé que Valérie Pécresse et moi-même faisons partie de la même famille politique. Pourquoi voulez-vous qu'il y ait des problèmes entre nous ? (...) On aura besoin de la région pour aider cette nouvelle intercommunalité. Et, bien entendu, le programme économique de la métropole s'intégrera dans le programme économique de la région, comme doit le faire toute intercommunalité, car par avance, je sais que le programme de la Région sera parfaitement compatible avec nos contributions !

La future fusion des départements des Yvelines (78) et des Hauts-de-Seine (92) est présentée par les élus de ces départements comme une alternative à l'émergence de la métropole du Grand Paris, que cela vous inspire-t-il ?

- La fusion du 78 et du 92 ne concerne pas la métropole. En fait, je ne vois pas de relation de cause à effet entre le fonctionnement d'une intercommunalité et le fonctionnement d'un département. Les communes des Hauts-de-Seine pourront très bien être dans la métropole, même si les deux départements fusionnent. Les compétences ne s'entrechoquent pas. Car c'est bien le bloc communal qui a l'initiative des projets, et qui ensuite sollicite des soutiens auprès de la région et des départements. Nous sommes donc complémentaires et certainement pas en opposition.

Par ailleurs, j'ai pour ambition de créer un comité des territoires pour associer à nos travaux les présidents des conseils départementaux appartenant au périmètre de la MGP, ainsi que la Région.

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Vous dites qu'il n'y a pas de problème avec les départements mais en revanche, n'y a-t-il pas un problème de répartition des compétences avec l'Etat notamment via la société publique Grand Paris Aménagement ?

- Il est exact qu'il y a un problème de superposition et un risque de conflit potentiel entre « l'État aménageur», parfois tenté d'implanter des opérations d'intérêt national (OIN) sur le territoire, et la métropole. Mais la MGP a une dimension suffisante pour être un interlocuteur fort, avec notamment ses 131 maires. Nous avons nettement plus de poids qu'un EPCI classique pour résister. Il faudra que tout le monde se respecte et que l'on bâtisse un partenariat intelligent. Sinon, nous résisterons !

La métropole telle qu'elle est structurée par la loi NOTRe vous convient-elle ?

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Non, la métropole telle qu'elle ressort de la loi NOTRe n'est pas celle que nous voulions avec mes collègues membres du groupe de travail du syndicat mixte Paris métropole. Nous avions pensé depuis plusieurs années une métropole dont les initiatives émaneraient de la base c'est-à-dire des maires, et remonteraient vers le haut. Finalement c'est l'inverse qui a été acté. Tout part du sommet. Or la métropole n'est pas faite pour se substituer aux maires. Malheureusement le gouvernement a refusé de prendre en compte nos propositions. Nous voulions que la métropole soit une intercommunalité d'intercommunalités, que le couple commune-intercommunalités soit l'élément fondateur de la métropole. Cela n'a été accepté qu'avec l'échéance 2020 puis ensuite, la Métropole deviendra une entité centralisée !

Concrètement, qu'est-ce qui vous semble le plus incohérent dans la construction de la métropole ?

- D'une part son périmètre, elle ne comprend par exemple pas les aéroports. Et d'autre part, en matière de finances locales, on a créé 11 établissements publics territoriaux (EPT) - un objet juridique non identifié dans la loi Maptam- et Paris, qui récupèrent une partie des ressources des communes - la cotisation foncière des entreprises (CFE)- jusqu'en 2020, avant que la métropole du Grand Paris centralise tout. Nous avions pour notre part proposé de pérenniser les EPT en tant qu'intercommunalité, et de les alimenter par une fiscalité directe, la cotisation foncière des entreprises. Du reste, une fois les élections de 2017 passée, je pense qu'il faudra penser à modifier la loi sur ces deux sujets.

- Mais le but de la métropole n'était-il pas de faire remonter la fiscalité au niveau métropolitain afin par exemple qu'une entreprise située à Aulnay-Sous-Bois paie in fine le même montant de CFE qu'à Neuilly-sur-Seine ?

- Vous savez, les maires sont assez lucides pour prévoir ensemble la mise en place d'un plan de convergence des taux de CFE dans l'aire métropolitaine. On le fera, cela ne posera pas de problème. Et si je ne suis pas certain que le taux de CFE soit l'élément déterminant pour l'implantation d'une entreprise sur un territoire, il faut tout de même faire ce travail, qui relève aussi de la psychologie. Les territoires de la métropole souffrent en effet d'un certain nombre de clichés gravés dans le marbre. Par exemple, qui sait que la Seine-Saint-Denis a un budget supérieur à celui des Hauts-de-Seine aujourd'hui (2,3 milliards d'euros contre 2,1 milliards d'euros ndlr) ? On est sans cesse en train d'opposer l'est à l'ouest de Paris. Et cela s'inscrit même dans les réflexions des élus lorsqu'ils font campagne. C'est pourquoi je pense que pour lutter contre ce phénomène, nous devons trouver les moyens de gommer tout ce qui peut créer des divergences entre les territoires.

Certaines entreprises craignent tout de même que la métropole crée de nouvelles taxes...

- Que les entreprises ne s'inquiètent pas de quelque chose qui n'existe pas. Elles n'ont strictement rien à craindre. La Métropole n'est pas faite pour lever l'impôt ! Et si notre majorité l'emporte aux prochaines élections présidentielles, ce sera toujours le cas. Les chefs d'entreprises doivent faire confiance à la coordination efficace au niveau métropolitain des 131 maires du Grand Paris.
Nous voulons réellement donner aux entreprises un message positif. Je pense qu'avant de craindre un nouvel impôt qui n'existe pas, il faut qu'elles se concentrent sur la création de richesses et d'emplois, car elles sont motrices en la matière. En outre, sachez que j'entretiens de très bonnes relations avec les chefs d'entreprise et que j'ai trop de respect pour eux pour les cantonner au rôle de figurants dans la construction de la métropole.

Dans le monde des affaires, on milite souvent pour faire du Grand Paris un Grand Londres, qui a eu, dit-on, beaucoup du succès auprès de investisseurs.

- Si les investisseurs veulent un Grand Londres, qu'ils aillent à Londres ! En ce qui nous concerne, nous sommes déterminés à faire réussir la Métropole du Grand Paris. On ne peut pas reproduire un copier-coller du Grand Londres en Île-de-France car les institutions des deux pays sont complètement différentes. De même, la structure du territoire, la population, les règles d'aménagement ou les procédures d'urbanisme n'ont strictement rien à voir entre Paris et Londres.
La métropole du Grand Paris veut initier sa propre dynamique et enclencher un cercle vertueux. Elle fera en sorte d'être lisible sur le plan national et international, ce qui permettra aux entreprises de s'y retrouver et d'entrer dans notre dynamique. D'ailleurs, ce n'est pas anodin si Anne Hidalgo a été chargée des relations internationales. Comment faire la métropole du Grand Paris si l'on ne s'appuie pas sur la ville capitale et son attractivité ? Vous l'aurez compris, nous voulons réussir la Métropole du Grand Paris.

Propos recueillis par Jean-Christophe Chanut et Mathias Thépot

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