« Comment plaire aux femmes ? » Dix ans après, Nicolas se souvient parfaitement du jour où il a tapé cette question dans son moteur de recherche. Le point de départ d'une spirale infernale, à l'aube des 18 ans de ce jeune Français. « J'étais très isolé, très complexé par mon physique, je n'avais pas de copine, je n'en avais jamais eu. Je ne comprenais pas pourquoi les autres en avaient et pas moi. » Nicolas se met alors à consulter des blogs, à lire des manuels de séduction sur Internet. « Ensuite, j'ai discuté avec des gens sur des forums qui étaient dans la même situation que moi, on était dans la même détresse. »
Pendant un an et demi, il passe cinq heures par jour et tous ses week-ends à lire et échanger en ligne sur sa triste situation, à jalouser les couples et à essentialiser les femmes. Ses parents sont absents, il se sent seul et trouve ainsi refuge sur les forums de discussion. « Ce qui nous réunissait, c'était une très grande frustration et une immense détresse, explique-t-il. Mais j'ai eu de la chance, je ne me suis pas radicalisé. Je ne suis pas allé jusqu'à détester les femmes, à leur vouloir du mal, À un moment, je me suis pris en main, j'ai pris soin de moi et j'ai rencontré une copine. »
D'autres ne l'ont pas fait. Les « incels » (contraction d'involuntary celibate, célibataire involontaire en anglais) ne sont pas que des jeunes hommes mal dans leur peau devant leur écran d'ordinateur. Ils l'ont probablement tous été, mais certains sont devenus des militants chevronnés, des combattants d'une guerre des sexes qu'ils appellent de leurs vœux. « Dire que ce ne sont que des adolescents frustrés est dangereux, explique Stéphanie Lamy, chercheuse spécialiste des guerres de l'information. Ce ne sont pas juste des hommes rejetés par la société, ce sont des hommes qui considèrent que la société leur doit l'accès au corps des femmes. »