Industrie du futur : le plan du gouvernement sera-t-il suffisant pour combler le retard français ?

Le guichet d'aide pour accélérer les investissements des PME et ETI françaises vers l'industrie du futur a fermé ses portes le 12 mai dernier, a annoncé Bercy. Si le gouvernement a déjà annoncé une rallonge de 175 millions d'euros, les sommes engagées ne devraient pas suffire pour rattraper le retard français.
Grégoire Normand

3 mn

(Crédits : Sipa)

Chaînes de production à l'arrêt, pénurie de composants, fermetures de sites, ouvriers en grève... Depuis plus d'un an, la pandémie fait trembler toute l'industrie tricolore. La mise sous cloche de l'économie et le plongeon de la croissance ont provoqué une chute vertigineuse de la production industrielle déjà affaiblie par des décennies de désindustrialisation et de délocalisations. Face à cette situation dramatique, le gouvernement a décidé d'accélérer la robotisation de l'appareil productif français.

Dans son plan de relance de 100 milliards d'euros annoncé en septembre, l'exécutif a annoncé une enveloppe d'environ 1 milliard d'euros pour booster la transformation de l'industrie. Jeudi 12 mai, l'exécutif s'est félicité dans un communiqué "du très grand succès du guichet 2021 d'aide en faveur des investissements de transformation vers l'industrie du futur qui consiste en le versement d'une subvention pour numériser ou robotiser des processus et lignes de production". Il ajoute que plus de 8.500 entreprises ont bénéficié des fonds mobilisés depuis le début de la crise. Bercy a annoncé la fermeture du guichet ce mercredi 12 mai qui permettait aux entreprises de solliciter ces aides. Derrière ces chiffres et cet exercice de communication, la stratégie du gouvernement suffira-t-elle ? Rien n'est moins sûr au regard du retard à combler et des conséquences macroéconomiques de la crise.

La France à la 16ème place au niveau mondial

La pandémie a jeté une lumière crue sur l'extrême dépendance de l'Europe et la France aux pays du monde en matière industrielle. Après des décennies de désindustrialisation, le gouvernement veut montrer qu'il a enclenché un processus de modernisation de l'appareil productif tricolore avec le vote de la loi Pacte en 2019 et son plan de relance. Malgré toutes ces annonces, l'économie française accuse un sérieux retard en matière de robotisation. Les derniers chiffres de la Fédération internationale de robotique montrent que la France apparaît en seizième position dans la course aux robots. Avec une densité de 177 robots pour 10.000 salariés, l'Hexagone se situe au dessus de la moyenne mondiale (113/10.000) mais bien en-deçà de la moyenne en Europe occidentale (225/10.000). A l'échelle du globe, Singapour (918/10.000) et la Corée du Sud (868/10.000)  arrivent largement en tête. En Europe, l'Allemagne fait la course en tête avec 346 robots pour 10.000 salariés. Elle est suivie des pays scandinaves (Suède et Danemark) en pointe sur l'automatisation. Au final, la France apparaît loin derrière ces voisins même plus proches comme l'Italie et l'Espagne.

robot densité

Une industrie sous tension

L'industrie tricolore a payé un lourd tribut lors du premier confinement au mois de mars 2020. Beaucoup de lignes de production ont été mises à l'arrêt et l'activité a chuté lourdement au printemps avant de se redresser progressivement. Si la plupart des indicateurs depuis un an montrent que l'activité industrielle s'est redressée , elle est encore loin de retrouver son niveau d'avant-crise. Plusieurs secteurs souffrent notamment d'une pénurie de composants comme les semi-conducteurs et des pics d'inflation alimentés notamment par les difficultés d'approvisionnement et le redémarrage de l'économie outre-Atlantique.

En outre, plusieurs secteurs clés de l'économie française comme l'aéronautique ou l'automobile ont subi de plein fouet les effets de la pandémie. Dans ce contexte dégradé, les sommes annoncées pour moderniser l'industrie française sont loin de compenser des pertes qui ne seront sans doute jamais rattrapées. Avec la réouverture progressive de l'économie et la fin annoncée du "quoi qu'il en coûte", beaucoup de secteurs sous perfusion pourraient s'enfoncer rapidement dans une crise à rallonge. Sur ce point, la levée des aides pourrait fragiliser des TPE et PME déjà affectées par une longue période de vagues épidémiques et confinements à répétition.

> Lire aussi : Débranchement des aides : la délicate fin du « quoi qu'il en coûte » se profile

Grégoire Normand

3 mn

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Commentaires 7
à écrit le 17/05/2021 à 12:29
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En France on est le champion du blabla mais AUCUN acte concret depuis des décennies. Les commentaires ci-dessous de truc, Asimon, Churchill sont très explicites. A ces trois commentaires j'en ajouterai un : Le mot clé des français, des politiques, d...

à écrit le 16/05/2021 à 15:21
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quelle pantalonnade! le pays a mis dehors le grand capital capitaliste, distribue de l'argent a tous ceux qui ne foutent rien, fait l'apologie du miserabilisme et du nivellement par le bas, des l'ecole, vote des loirs florange dailymotion et ecocide...

à écrit le 16/05/2021 à 10:55
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Si on veut que l'industrie revienne, il faudrait peut-être en finir avec ce mépris petit bourgeois pour le travail manuel. Qui est salissant, comme chacun sait. Et il faudrait peut-être aussi que les médias cessent de ne parler de l'industrie que qu...

à écrit le 15/05/2021 à 12:39
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Impossible : dès que quelque chose fonctionne en France, c'est vendu à des étrangers pour être démantelé et délocalisé. Si ce n'est pas possible, on siphonne les caisses. On utilise des filiales étrangères de paradis fiscaux pour créer des dettes art...

à écrit le 15/05/2021 à 10:50
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On a un gros avantage sur la plus grande partie des autres états évoluées, on dispose de techniciens, d'ingénieurs diplômés sortant de bonne écoles et avec le nombre,résultat d'une plus forte natalité avec des salaires plus raisonnables qui laisse un...

le 16/05/2021 à 10:58
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Bravo et merci ! On aime bien se la jouer façon Zola et Germinal, mais on ne parle jamais des régions où il n'y pas beaucoup de chômage, et des usines partout. Dans l'Ouest, par exemple.

à écrit le 14/05/2021 à 19:15
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Reprendre un retard c'est vouloir faire comme les autres! Alors qu'il y a d'autre voies plus naturelles a suivre et de plus nous ne sommes plus compétitif pour faire concurrence!

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