Interdiction du glyphosate : le gouvernement ira-t-il jusqu'au bout ?

 |   |  691  mots
(Crédits : Reuters)
Engagement présidentiel, la sortie du glyphosate d'ici 2021 a commencé à provoquer de vifs débats lundi à l'Assemblée, le ministre Stéphane Travert refusant de l'inscrire dans la loi agriculture et alimentation comme le lui demande une partie de sa majorité et de la gauche.

Après la décision de l'Union européenne en novembre de renouveler la licence de l'herbicide controversé pour cinq ans, Emmanuel Macron avait promis que la substance, principe actif du Roundup de Monsanto, serait interdite en France "au plus tard dans trois ans".

En février, cependant, le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, s'était dit prêt à envisager des "exceptions" pour les agriculteurs qui ne seraient pas "prêts en trois ans" à se passer du glyphosate - une substance jugée cancérogène par l'Organisation mondiale de la santé.

Mais dans le projet de loi du ministre de l'Agriculture Stéphane Travert, examiné en première lecture au Palais Bourbon depuis six jours et six nuits, point d'article sur le glyphosate. Y figurent en revanche des mesures pour réduire l'utilisation des pesticides (interdiction des remises, rabais et ristournes, encadrement de la publicité...).

Selon M. Travert, "la ligne du président de la République est claire [...] : mobilisation pour se passer du glyphosate d'ici trois ans, mais pas d'interdiction sans solution pour les agriculteurs".

L'objectif fixé "nous permet dès maintenant de mobiliser la recherche et l'innovation", a-t-il insisté lundi.

Mais des élus de plusieurs groupes, y compris certains marcheurs comme Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot, espèrent une "programmation raisonnée de la fin du glyphosate" gravée dans la loi.

L'amendement cosigné par une cinquantaine de députés LREM, prévoyant l'échéance du 1er mai 2021, avec des dérogations possibles jusqu'en 2023, pourrait être examiné en fin de soirée.

Un potentiel "scandale sanitaire" ?

"Gouvernement et majorité sont unis pour concrétiser l'engagement fort pris par le président de la République" mais il y a divergence "sur les moyens pour y arriver", estime Orphelin.

Deux pétitions ayant rassemblé "plus de 400.000 Français nous disent 'agissez ensemble'", a lancé l'élu du Maine-et-Loire dans l'hémicycle, en référence notamment au texte soutenu par 30 organisations (foodwatch, Greenpeace, Les Amis de la Terre...).

"La loi doit au minimum installer une base légale pour une future interdiction du glyphosate, pour crédibiliser le plan d'action de sortie", juge auprès de l'AFP Pascal Canfin, directeur général du WWF.

Delphine Batho, ancienne ministre socialiste de l'Ecologie et actuelle députée non-inscrite, défend également un amendement pour une sortie du glyphosate en 2021 et prône plus généralement "l'élimination des pesticides" car "il y a un compte à rebours pour la santé humaine" et "la biodiversité".

Communistes et Insoumis sont favorables à un terme au glyphosate. Avec les pesticides, "ils se retrouvent dans les aliments que l'on mange tous les jours", ce qui en fait "un scandale sanitaire majeur", a dénoncé Loïc Prudhomme (LFI). Sébastien Jumel (PCF) a cependant posé comme condition "un accompagnement pour les agriculteurs".

"Nous sommes sur un chemin de crête", a jugé le socialiste Dominique Potier. Le MoDem demande également un "équilibre" sur "ce produit symbole des débats".

"Il y a un côté gadget" à mettre le glyphosate dans la loi car "il est condamné", jugeait en coulisses un parlementaire.

La droite est elle farouchement contre une telle inscription: le patron des députés LR Christian Jacob, ancien syndicaliste agricole, a assuré que "pas un agriculteur ne souhaite utiliser davantage de produits phytosanitaires", et appelé à ne pas "pénaliser (leur) compétitivité".

Le puissant syndicat agricole FNSEA s'adressait en parallèle sur Twitter aux députés: "Nous sommes au travail, faites-nous confiance! Des solutions oui, des interdictions non!".

Mme Batho avait accusé la semaine dernière l'Union des industries de la protection des plantes - qui rassemble notamment les géants agrochimiques allemand Bayer et américain Monsanto, en cours de fusion - d'avoir eu communication de son amendement d'interdiction "plus de 90 heures" avant les députés, faisant resurgir la question du poids des lobbies.

Sur ce projet de loi, a encore accusé lundi le député européen EELV Yannick Jadot, "c'est le lobby de l'agrochimie, c'est le lobby de l'élevage concentrationnaire, c'est le lobby de la malbouffe qui a gagné".

(avec l'AFP)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/05/2018 à 20:46 :
Interdire le glyphosate C’est donner raison à quelques associations qui sont financés par les multinationales du bio plutôt aux organismes du service public français et européens et allemands et tous les autres pays , chargés d évaluer les risques des produits phytosanitaires .
a écrit le 30/05/2018 à 9:45 :
avec l'ecologie, toujours plus de fatigue et de penibilite pour l'etre humain.
a écrit le 30/05/2018 à 9:22 :
Compromission totale et traditionnelle de nos politiciens avec le secteur mafieux agro-industriel, même la justice n'ose pas pénétrer au sein de cette zone de non droit.

Raison pour laquelle le secteur bio maraicher ne se développe pas assez vite alors que marché économique en pleine explosion du fait de l'énorme demande des consommateurs. Secteur d'emplois et d'avenir plombé par l'argent des possédants.

Mais bon faut sauver le soldat BAYER endetté de 65 milliards d'euros pour avoir acheté monsanto hein...

ET merci de ne pas censurer ce commentaire, s'il y a vraiment un domaine qui dégénère totalement avant tous les autres c'est celui-ci et ça concerne directement notre santé.

"Pratiques criminelles dans l’agroalimentaire" https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/HERMAN/57901
a écrit le 29/05/2018 à 17:22 :
Ceci arrive par la grâce de notre appartenance à l' Ue.

L’UE a renouvelé pour 5 ans la licence d’exploitation du Glyphosate.

La France qui était opposée à ce renouvellement n’a même pas été capable de réunir une majorité de pays autour d’elle. Comment alors croire ceux qui prétendent pouvoir changer l’Europe ?
Comme l’UPR l’explique depuis 10 ans, il faut l’unanimité des pays membres pour modifier les traités (voir l’article 48 du TUE).
https://www.upr.fr/vos-questions-nos-reponses/questions_diverses/faut-il-l-unanimite-des-etats-membres-pour-changer-les-traites-europeens
a écrit le 29/05/2018 à 17:19 :
Quel est son intérêt sinon de subir les foudres de cet administration qu'est l'UE de Bruxelles qui se permet de détruire les administrations de chaque pays qui la compose! Sachez qu'un gouvernement sans administration propre n'est qu'un simple larbin ou préfet!
a écrit le 29/05/2018 à 17:10 :
"y compris certains marcheurs comme Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot, espèrent une "programmation raisonnée de la fin du glyphosate" gravée dans la loi".

Engagement pris par Emmanuel Macron en novembre 2017, l’interdiction du glyphosate d’ici 2021 ne sera pas inscrite dans la loi. Ainsi en ont décidé 63 députés, dans la soirée de lundi, que vingt autres ne seront pas parvenus à convaincre.
Parmi les opposants à l’amendement porté par l’élu LREM Matthieu Orphelin, on trouve 36 députés de son camp... dont trois qui avaient pris publiquement position pour l’interdiction du glyphosate !

Le 22 octobre dernier, Christine Hennion (Hauts-de-Seine), Laurence Maillart-Méhaignerie (Ille-et-Vilaine) et Valérie Thomas (Puy-de-Dôme) cosignaient une tribune dans Le Monde demandant à l’Union européenne d’interdire « le plus rapidement possible » l’utilisation de l’herbicide, jugé comme un « cancérogène probable » par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
a écrit le 29/05/2018 à 13:59 :
Nous vivons dans le meilleur des Mondes possibles. La seule question valable est la comparaison des itinéraires techniques: par quoi remplacer un herbicide? Par un désherbage mécanique en brûlant 70 litres de fuel de plus par hectare - Vive le Bio?-? Evidemment, on sent bien que ce ne serait pas très malin.. et pour les effets "potentiels" sur la santé, pour un produit utilisé depuis plus de 40 ans, en très gros volumes sur l'ensemble de la planète, on ne peut pas dire que la classification du Circ soit bien crédible ("potentiellement cancérigène" - la même pour le Circ que celle du saucisson), contestée par toutes les autres agences techniques mondiale, et quand on connait le mode d'action du produit -rien à voir avec le règne animal...; la masse des données, compte tenu du succès du produit, est absolument énorme, et pour l'instant rien ne laisse supposer que cela soit un problème (les agriculteurs développent moins de cancer que le reste de la population). La plupart des intervenants confondent au surplus les herbicides, sans grand effet sur le règne animal, peu problématiques, avec les insecticides, bien utiles, mais dont l'utilisation est plus délicate.
a écrit le 29/05/2018 à 10:53 :
Comme l'amiante (et d'autres choses), le fric qu'on peut faire maintenant vaut plus que la vie et l'avenir.
a écrit le 29/05/2018 à 9:23 :
encore un échec cuisant pour le Hulot ! inconsidérés ces amateurs

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :