AgTech : Monsanto lance en France sa première plateforme numérique

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Pour Monsanto l'intérêt de la plate-forme ne consiste pas que dans les recettes de sa commercialisation: d'importants avantages sont surtout attendus des données qu'elle permettra de collecter.
Pour Monsanto l'intérêt de la plate-forme ne consiste pas que dans les recettes de sa commercialisation: d'importants avantages sont surtout attendus des données qu'elle permettra de collecter. (Crédits : Zachary Prong)
Développée par The Climate Corporation, filiale à 100% de Monsanto, la plateforme doit permettre une meilleure analyse des pratiques agricoles et des rendements. Déjà commercialisée aux États-Unis, au Canada et au Brésil, elle le sera aussi dans six pays européens dès le mois de septembre.

Moins connu en Europe que le glyphosate ou le maïs OGM, le nouveau volet de l'activité de Monsanto débarque cette année sur le Vieux Continent. The Climate Corporation, société créée en 2006 à San Francisco par deux anciens employés de Google sous le nom de WeatherBill, et rachetée en 2013 par la multinationale américaine pour un milliard de dollars, lancera dès septembre 2018 en France et cinq autres pays (Allemagne, Espagne, Italie, Roumanie, Ukraine) son unique produit: la plateforme numérique agricole Climate FieldView.

Commercialisée aux États-Unis depuis 2015, puis au Canada et au Brésil, elle est aujourd'hui adoptée par 100.000 agriculteurs dans le monde, sur 48 millions d'hectares. En France, elle est testée depuis 2017.

Un boîtier unique

Comme pour l'ensemble des AgTech, l'objectif de la plate-forme est d'aider les agriculteurs à réduire le décalage entre les rendements potentiels et réels de leurs parcelles. "Deux tiers des facteurs responsables de cet écart, qu'ils soient liés à l'environnement, à la génétique ou aux pratiques agricoles, sont en effet contrôlables dès lors qu'on possède les informations nécessaires", souligne Alexandre Teillet, directeur général de The Climate Corporation Europe. Mais pour s'affirmer par rapport aux solutions concurrentes existant sur le marché, le nouveau produit de Monsanto mise sur la simplicité et l'exhaustivité.

Climate FieldView promet ainsi tout d'abord de simplifier la vie des agriculteurs au moment de la collecte des données sur le champ. Un petit boîtier unique, conçu pour fonctionner avec plusieurs types d'équipements connectés (des accords ont été souscrits avec des constructeurs tels que AGCO, CNH et John Deer), doit notamment leur permettre de surmonter l'une des difficultés qu'ils rencontrent aujourd'hui: l'incompatibilité entre outils et logiciels, qui empêche le croisement des informations. "C'est l'un des facteurs clés du succès de notre produit aux États-Unis", observe Alexandre Teillet. Le système numérise d'ailleurs aussi les données météorologiques, ainsi que les cartes des sols.

Une analyse détaillée

Mais la véritable valeur ajoutée de la plateforme proposée par The Climate Corporation, "dont deux tiers des 700 salariés sont des mathématiciens et un tiers des agronomes ou agriculteurs", consiste dans le système de visualisation et d'analyse des informations exploitées, fondé sur un procédé d'imagerie breveté et une interface simple, estime le directeur général Europe. "Comparer la carte des sols avec celle des rendements devient par exemple enfin possible", souligne-t-il. L'application doit également permettre une analyse plus détaillée, par zones, à l'intérieur d'une même parcelle, explique-t-il.

L'étape finale est la possibilité de créer des cartes de modulation de semis ou d'engrais, manuellement ou -déjà aux États-Unis, et en Europe dès que les données nécessaires auront été intégrées- de manière automatisée. Exportables dans la console du tracteur, elles doivent permettre de boucler la boucle, en pilotant d'autres opérations d'agriculture de précision.

Les big data au service des produits de Monsanto

Aux agriculteurs, à qui il promet un retour sur investissement en moins de deux ans, grâce à un meilleur rendement, mais aussi à des économies sur les intrants, The Climate Corporation demandera 499 euros pour le boîtier, ainsi qu'un abonnement mensuel à l'hectare dégressif, donnant accès aux diverses mises à jour, et dont le montant pour l'Europe est en cours de définition. Mais pour Monsanto l'intérêt de la plate-forme ne consiste pas que dans les recettes de sa commercialisation: d'importants avantages sont surtout attendus des données qu'elle permettra de collecter.

Certes, The Climate Corporation assure l'existence de plusieurs "pare-feu". Le droit européen empêchera tout d'abord l'utilisation de toute donnée personnelle. Quant aux données agrégées, le consentement de l'agriculteur sera toujours nécessaire, et celui-ci conservera la capacité de les supprimer. Les big data ne pourront pas être utilisées à des fins commerciales. Elles pourront néanmoins servir à l'amélioration des produits, de The Climate Corporation, mais aussi de Monsanto, reconnaît Alexandre Teillet. À l'issue de l'analyse agronomique, d'ailleurs, la "prescription" de produits de la multinationale est loin d'être exclue: il appartiendra à l'agriculteur de décider si suivre le conseil ou pas.

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Commentaires
a écrit le 27/04/2018 à 10:37 :
A juste raison on se crispe avec la "chose" nucléaire mais on s'empoisonne avec le chimique. Dans les années 2000 la France utilisait 110000 tonnes de pesticides alors qu'aujourd'hui une grande majorité de consommateurs ne pensent qu'au "BIO", le marché il est là il faut changer de modèle agricole. Que l'on mette rapidement une taxe ciblée de 10% sur cette montagne de produits chimiques potentiellement dangereux au profit de la sécurité sociale et en plus nos abeilles et autres polinisateurs, qui sont un étage essentiel à notre PIB, nous dirons Merci!

https://www.senat.fr/rap/l02-215-2/l02-215-239.html
Réponse de le 27/04/2018 à 14:16 :
Ben pour les abeilles et autres pollinisateurs, malheureusement c'est trop tard (dans toutes les fleurs sorties ce printemps, j'ai vu 1 abeille cette année seulement !!).
Réponse de le 29/04/2018 à 10:09 :
Au delà des abeilles nous pourrions parler aussi des Lymphomes et autres gâteries, Quand est-ce qu'ils vont interdire l'accès à la nature aux humains pour cause de traitements chimiques.
a écrit le 27/04/2018 à 9:27 :
Encore un champ d’application stratégique.
Au moins ont ils compris que l'avenir est moins dans les intrants, que dans l’optimisation des méthodes d'exploitation ? Ce n’est pas sur, puisque les données pourront être interprétées de différentes manières, … jusqu’à quand l’expérience de l’agriculteur pourra t’elle s’abstraire de la prescription ?
Encore une fois ce n’est pas la technologie qui interroge, mais son application. On pourrait aussi bien intégrer des données permettant de préserver l’environnement périphérique de la culture ?
A qui appartiendront les données ? Elles sont indispensables si l’on veut obtenir une traçabilité totale.
Ce peut être un élément stratégique pour analyser les impacts sur l’environnement et surtout sur la santé humaine et c’est aussi aux collectivités publiques ou à des organes de contrôle de disposer et de superviser les données. Si les organismes en charge de la santé disposent par ailleurs de données épidémiologiques, des croisements permettraient d’y voir plus clair. Idem en ce qui concerne la phone et la flore n’entrant pas dans les calculs productifs, la qualité de l’eau, les éléments climatiques, etc…
a écrit le 27/04/2018 à 8:37 :
60% des insectes disparus en 30 ans
90 à 100% des essaims d'abeilles disparus cette année
disparition des fleurs sauvages
30% des oiseaux disparus en 15 ans
merci les protecteurs de la nature et du progrès des bénéfices à tout prix
j espère qu il seront reconnus responsables et condamnés à de la prison pour assassinats car ces personnes, investisseurs, boursiers etc ... sont informés depuis longtemps des ravages dû à leur appât du gain
a écrit le 26/04/2018 à 19:14 :
"la plateforme doit permettre une meilleure analyse des pratiques agricoles et des rendements"

Merci beaucoup ! Un bon fou rire avant d'aller manger il parait que c'est idéal pour la santé !

Merci Audiard !

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