«L'afflux de saisines sur les délais de paiement était colossal. C'est un tsunami»

 |  | 1301 mots
Lecture 6 min.
Pierre Pelouzet est le médiateur des entreprises à Bercy.
Pierre Pelouzet est le médiateur des entreprises à Bercy. (Crédits : Bercy)
INTERVIEW. Hausse des délais de paiement, loyers impayés, factures en retard, chefs d'entreprise en détresse... le médiateur des entreprises installé à Bercy, Pierre Pelouzet, a affronté une année 2020 tourmentée. Ses équipes ont reçu cinq fois plus de sollicitations par rapport aux années précédentes.

LA TRIBUNE - Quel bilan tirez-vous de l'année 2020 ?

PIERRE PELOUZET - L'année 2020 a été exceptionnelle pour le médiateur des entreprises. Nous avons connu un nombre record de saisines et de sollicitations. C'est un tsunami. Quand on regarde dans le rétroviseur, le médiateur a enregistré plus de 9.600 sollicitations et demandes de médiation. En 2019, on était à 2.100. Il y a eu quatre à cinq fois plus de démarches. Cette crise a amené un besoin de dialogue entre les entreprises et entre les entreprises et les administrations.

Quels sont les principaux différends auxquels vous avez été confrontés ?

Nous sommes toujours sollicités pour les retards de paiement ou les difficultés à se faire payer lors des fins de chantier ou de travaux qui ne se passent pas très bien. Il y a également eu beaucoup de ruptures de contrat, notamment dans la première partie de la crise. L'événementiel a été particulièrement frappé par ce phénomène.

La nouveauté de l'année dernière concernait les problèmes de loyers par les commerçants notamment qui ont dû fermer ou se sont retrouvés en difficulté. Beaucoup ont rencontré des difficultés pour payer leur loyer et se sont retournés auprès de leur bailleur. Il existe des aides pour les deux parties prenantes mais nous avons ressenti dans beaucoup de cas un besoin de dialogue. Il y a eu montée en puissance des médiations sur les loyers. Elles représentaient 11% des médiations l'année dernière contre quasiment zéro auparavant. En 2021, cela demeure un sujet majeur pour la médiation des entreprises. Le loyer reste une charge très importante pour les entreprises. Une fois que les employés sont mis au chômage partiel, le second poste le plus conséquent demeure souvent le loyer.

Quels sont les secteurs les plus touchés pendant l'année 2020 ?

Tous les secteurs traditionnels comme l'industrie ont été touchés. Je pense à l'aéronautique, à l'automobile. Nous nous investissons particulièrement dans ces secteurs-là. Un médiateur spécifique pour l'aéronautique a été mis en place.

 A côté, le commerce qui faisait assez peu appel au médiateur a fortement sollicité nos services sur le sujet des loyers. Nous avons également été missionnés pour favoriser l'accession au fonds de solidarité. Globalement, les fonds sont distribués avec beaucoup de rapidité. Sur certains points, il peut y avoir des blocages. Pour faciliter les échanges, nous avons mis en place un système avec les chambres de commerce pour les secteurs en sous-activité comme la restauration, l'hôtellerie, les salles de sport. En outre, nous avons remarqué avec la crise que, parmi le panel d'entreprises qui nous sollicitent, elles sont de plus en plus petites. 80% des saisines sont issues des structures de petite taille inférieure à 25 salariés. Le but du médiateur des entreprises est aussi d'aider les petites entreprises. Malgré l'énorme afflux de médiations, notre taux de réussite (7 sur 10) est resté le même.

Avez-vous constaté une hausse importante des délais de paiement en 2020 ?

Il y a eu un effet "choc" immédiat sur le premier confinement. Du jour au lendemain,  nous avons assisté à un afflux de saisines sur les délais de paiement colossal. Un comité de crise a rapidement été mis en place pour faire face à cet afflux. Dans le contexte de crise, il s'agissait de toucher les entreprises structurantes qui ont un impact important sur l'économie. Si un grand acteur se met à mal payer, c'est toute une filière qui se met également à mal payer par "effet de cascade".

Comment cette organisation du comité de crise a-t-elle évolué ?

Au printemps, avec le médiateur du crédit, nous avons réuni tous les acteurs de l'économie autour de la table. Il y avait l'AFEP, le Medef, l'U2P, la CPME, les chambres de commerce, les chambres des métiers et la DGCCRF. Cela nous a permis de faire remonter une masse d'informations colossale et d'identifier une quarantaine de grandes entreprises qui avaient des comportements à la dérive. Il y a eu plusieurs cas de figure. Certaines entreprises ont vu la crise comme une aubaine. Elles ont arrêté de payer tout simplement. Je leur ai demandé de rectifier le tir immédiatement, et elles l'ont fait.

En début de confinement, beaucoup d'entreprises ont également eu des problèmes opérationnels pour payer les factures en raison du télétravail, des systèmes informatiques inadaptés, la numérisation des factures. Finalement, beaucoup de directions se sont mises en ordre de bataille et les problèmes ont été résolus.

Enfin, de grands groupes ont été en réelles difficultés financières. Certains ont été en attente des prêts garantis par l'Etat (PGE) pour payer les factures. Avec la médiation du crédit, nous avons pu les accompagner dans l'obtention des PGE. Il fallait également parfois rétablir le dialogue avec les fournisseurs. Le travail sur ces 40 grands groupes a permis de refaire basculer l'économie dans le bon sens et a également permis de stopper l'hémorragie de ces grands comptes sur le tissu économique. Ce travail nous a incité à mettre en avant les bonnes pratiques des grands groupes qui payaient en avance leur fournisseur. Ce comité de crise continue de se réunir toutes les trois semaines, mais nous n'avons quasiment plus de remontées de cas. Il faut malgré tout rester vigilant car la crise n'est pas finie, malheureusement. Sur les grands comptes, il y a toujours des retards de paiement, mais il n'y a plus de grands décalages.

Face à la hausse de votre activité, avez-vous eu des moyens supplémentaires ?

Oui, tout à fait. Face à ce grand nombre de demandes, le médiateur des entreprises a renforcé considérablement son réseau, en passant de 70 médiateurs délégués fin 2019 à 90 début 2021. Il existe trois grandes catégories de médiateurs. Il y a d'abord les agents de l'administration qui travaillent en région dans les Direccte. Les bénévoles qui sont souvent retraités et anciens chefs d'entreprise, anciens juges au tribunal de commerce formés à la médiation qui m'ont parfois sollicité directement pour s'engager. Enfin, il y a une partie de l'équipe interne à la médiation qui a été réorientée pour faire face à l'afflux et tenir le choc.

Quelles perspectives pour l'année 2021 ?

Comme la crise n'est pas terminée, nous allons continuer de traiter toutes ces sollicitations. Je vais pousser nos engagements vers une économie plus responsable, notamment dans le domaine de l'économie circulaire. Je veux également développer le label Relations fournisseurs et achats responsables. Les achats responsables peuvent être un levier important de la mise en place de la RSE dans les entreprises. La relance économique est liée à des fonds et des financements publics, mais elle est aussi liée à la solidarité des acteurs entre eux.

Avec le prolongement de la crise sanitaire et la crise économique, beaucoup d'entreprises sont encore dans la crainte pour rembourser les PGE. Vous allez être fortement sollicités avec le médiateur du crédit dans les semaines à venir ?

Les remboursements de PGE concernent d'abord le médiateur du crédit, mais tous les sujets sur les clients, les fournisseurs, les bailleurs nous touchent directement. Nous sommes souvent confrontés à des entrepreneurs qui expriment de l'anxiété et des difficultés personnelles. Tous les jours des TPE, des PME nous disent qu'elles ont des difficultés, des baisses de commandes. Même si ce n'est pas notre mission, c'est un vrai défi pour mes équipes lorsqu'elles sont confrontées à des chefs d'entreprise en difficulté ou en détresse psychologique.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/02/2021 à 10:00 :
En somme, tout va bien.
a écrit le 05/02/2021 à 8:54 :
wow
on decouvre le credit client fournisseur?
on decouvre qu'il ne faut jamais travailler avec l'administration, qui donne de la bonne lecon de morale bien a gauche, mais est la premiere a ne respecter aucune regle qu'elle a cree ( pour les autres)?
on decouvre que quand ca va mal, cash is king?
bien, la france progresse
on va bientot faire un haut comite en haut lieu pour decouvrir qu'une dette se paye, quelle qu'en soit la methode
ce pays progresse, et c'est pas grace a son classement egalitariste au pisa, hein?
Réponse de le 05/02/2021 à 11:01 :
La gauche, le classement pisa, l'administration, le cash, la morale...si vous voulez nous dire que vous êtes anti "socialio communiste", on avait compris.!
Néanmoins, écrire des mots ne suffit pas à faire des phrases , condition nécessaire pour structurer une discours cohérent.
Réponse de le 05/02/2021 à 11:01 :
@ Churchill
La gauche, le classement pisa, l'administration, le cash, la morale...si vous voulez nous dire que vous êtes anti "socialio communiste", on avait compris.!
Néanmoins, écrire des mots ne suffit pas à faire des phrases , condition nécessaire pour structurer une discours cohérent.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :