L'économie polynésienne à la recherche d'un second souffle

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En Polynésie française, le taux de chômage dépasse les 20 % de la population active
En Polynésie française, le taux de chômage dépasse les 20 % de la population active (Crédits : DR)
Le PIB de la Polynésie française a progressé de 1,1 % en 2015. Le taux de chômage dépasse les 20 %. L'investissement s'est nettement ressaisi, soutenu par une consommation des ménages robuste. Mais les chantiers à ouvrir sont nombreux.

La Polynésie française n'aura pas fait mieux que la Métropole en 2015 ! En effet, le PIB de Fenua, le nom polynésien de Tahiti et de ses îles, a progressé de 1,1 % selon l'Institut statistique de la Polynésie française (ISPF), soit un rythme inférieur de 0,1 point à celui observé en France métropolitaine.

Une différence notable apparaît. Au Fenua, l'investissement " fut le principal moteur de la croissance ", explique l'ISPF. Il a en effet progressé de 5,1 %, certes soutenu par la bonne tenue de la consommation des ménages, en hausse de 1 %, soit 0,7 point de plus qu'en 2014. A titre de comparaison, en Métropole, c'est la consommation des ménages qui est depuis le début des années 2000 le principal pilier de l'activité macroéconomique.

Le marché de l'emploi se ressaisit un peu

Au Fenua, " le revenu du travail augmente légèrement en lien avec l'amélioration du marché du travail ", constate l'Institut. Une amélioration qu'il convient toutefois de relativiser. En juin 2016, l'emploi salarié marchand était stable. A cette date, l'emploi avait progressé dans l'hôtellerie - restauration et les autres services. Il était stable dans l'industrie et le commerce alors qu'il diminuait dans la construction. Sur les douze derniers mois, en juin, l'indice de l'emploi a progressé de 1,1 % alors que la variation moyenne annuelle observée entre 2011 à 2015 est en repli de 1,1 %.

Néanmoins, la situation de l'emploi est encore préoccupante. Selon une étude récemment publiée par l'Insee, le taux de chômage a presque doublé en cinq ans. Il est passé de 11,7 % en 2007 à 21,8 % en 2012. Les populations les plus touchées par le chômage sont sans surprise les plus jeunes et des moins diplômés. Chaque année, 2.500 nouveaux actifs environ arrivent sur le marché du travail tandis que 1.100 à 1.200 personnes partent à la retraite. sachant que 270 postes seulement ont été crées en 2015, il a manqué 1.300 créations de postes pour équilibrer le marché du travail.

Cette petite reprise, conséquence de cette amélioration relative du marché du travail, stimule la consommation des ménages. " La masse salariale comme le revenu disponible brut des ménages progressent respectivement de 1,3 % et 0,9 %. Cette hausse des revenus conjuguée à la baisse des prix à la consommation profite aux ménages, dont les gains de pouvoir d'achat atteignent 1,3 % ", poursuit l'ISPF. Quelles sont les perspectives en 2016 ? Teva Rohfritsch, le ministre de la Relance économique vise une hausse d'au moins 1,5 % du PIB cette année.

Reprise progressive

Dans son magazine " Tendances conjoncturelles " daté du 1er trimestre 2016, l'Institut des émissions d'Outre-mer (IEDOM) est plutôt optimiste. Ainsi, l'indicateur du climat des affaires était à un plus haut depuis deux ans, très largement au-dessus de sa moyenne de long terme. " Les chefs d'entreprise des secteurs de l'industrie, de l'hôtellerie et des services marchands confirment les bons résultats constatés le trimestre passé, notamment concernant l'activité et la trésorerie. Pour le deuxième trimestre, les chefs d'entreprise des secteurs de l'hôtellerie, des services marchands et du BTP anticipent une nouvelle hausse de leur activité " note l'Institut.

Autre signe statistique de cette reprise progressive, le nombre d'entreprises progresse. En mars 2016, l'ISPF en recensait 62.740, contre 60.809 un an plus tôt, ce qui représente une augmentation de 3,2 %.

Mais des freins empêchent encore la possibilité d'une reprise plus franche. C'est notamment le cas du coût de l'électricité qui pèse sur les coûts de production. " La compétitivité des entreprises en souffre. C'est également le cas du panier de la ménagère ", constate Olivier Kressman, le président du Medef de Polynésie française. " La lourdeur et la totale inadéquation du code du travail est aussi un gros facteur de frein à la relance. Comme si une communauté de 270.000 habitants dont 32 % de moins de 18 ans, avait besoin d'un code aussi lourd qu'en métropole. Il est totalement inadapté à notre contexte economique  et social. La population de l'archipel dépasse à peine celle de la ville de Nantes .... Cette inadaptation renvoie a une autre incongruité : une administration pléthorique et extrêmement coûteuse puisque les salaires dans le public sont en moyenne 25 % supérieurs à ceux observés dans le privé ", poursuit-il.

La fréquentation touristique a progressé en début d'année

Comment se porte le secteur du tourisme qui emploie actuellement 10.000 personnes - sur une population active salariée de 90.000 personnes, dont 25.000 dans la fonction publique - dans 2.700 entreprises ? Selon le point de conjoncture trimestriel de l'ISPF, intitulé Te Avei'a, la situation est un peu contrastée même si, en 2015, Tahiti et ses îles ont enregistré une augmentation de la fréquentation touristique. L'année dernière, l'ISFP a dénombré 180.600 touristes et quelque 211.988 visiteurs si l'on tient compte des croisiéristes, soit 1,8% de plus qu'en 2014.

D'un côté, la fréquentation touristique a progressé de 5,5 % sur un an au premier trimestre 2016 pour s'établir à 42.000 touristes, soit 2.200 touristes qu'un an plus tôt.

Les touristes supplémentaires viennent principalement d'Asie. " Les deux charters en provenance de Chine venus au mois de février ont entraîné une hausse conséquente du nombre de touristes chinois (+ 1.000). Les touristes japonais sont de retour (+ 800) après une année 2015 médiocre. Le nombre de touristes français et australiens progresse respectivement de 400 et 320 touristes, tandis que le nombre d'Américains est quasiment stable ; le nombre de Canadiens diminue de 1.050 touristes ", détaille l'ISPF.

En revanche, le segment du tourisme de croisière est pénalisé en ce début d'année par la baisse de l'offre en cabines. " Le nombre de croisiéristes diminue de 25 %, soit 3.000 touristes de moins, touchant en premier lieu le marché nord-américain. Cependant, ce marché contribue largement à la hausse conséquente du tourisme terrestre payant (+ 5.000 touristes) de même que les touristes chinois et japonais. L'hôtellerie internationale améliore ainsi son coefficient moyen de remplissage pour le premier trimestre 2016 à 56 % (+ 2,6 points sur un an), ainsi que le revenu moyen par chambre louée (18 400 francs pacifiques (CFP), soit 154 euros, en hausse de 2 000 F.CFP (+17 euros). En cumul depuis le début de l'année, le nombre de chambres louées augmente de 9 % par rapport à la même période en 2015, et le nombre de chambres offertes de 0,3 % ", poursuit l'ISPF. La multiplication des événements culturels, comme la Tetiaroa Royal Race ou le Festival de guitare de Tahiti - qui fêtera son dixième anniversaire en février - participe à la stratégie de relance du secteur.

La perle, le coprah et le noni tirent les exportations polynésiennes

Si la situation du tourisme est contrastée, les signaux sont au vert dans le commerce extérieur. Au premier trimestre, les exportations de produits locaux ont progressé de 30 % en valeur au premier trimestre 2016, tirées essentiellement par les ventes de perles de culture brute et, dans une moindre mesure, par les exportations d'huile de coprah, des produits de la pêche, de noni - un fruit tropical - et de monoï. Doit-on en déduire que la balance commerciale de Fenua est excédentaire ? Loin de là. Le taux de couverture exportations/importations de la Polynésie française n'atteignait même pas 12 % en 2012, dernier chiffre connu !

Pour hâter et pérenniser la reprise, Olivier Kressmann avance plusieurs pistes. " Il faut poursuivre le plan de relance annoncé par le gouvernement début 2016, même si on peut s'interroger sur la bonne adéquation de la volonté politique affichée et de la réalité financière engagée ... Il faut aussi fixer les grandes orientations à dix ans et définir les stratégies permettant de les réaliser. En clair, il s'agit de dire ce que l'on veut faire ... et de faire ce que l'on a dit. Il faut aussi traiter une bonne fois pour toute le sujet du « Fait nucléaire », avec ses impacts négatifs économique, sociaux et environnementaux, le tout intégré dans des « Accords de Papeete » établis pour 25 ans et replaçant la Polynésie française et la France dans une vraie dynamique de Partenariat dans le Pacifique sud", propose-t-il, entre autres pistes.

L'économie bleue, une priorité ?

La Polynésie peut-elle davantage jouer un rôle de plate-forme commerciale entre les pays de la Région ? "Absolument et tout comme la Nouvelle-Calédonie dans la zone Pacifique Sud. Les Communautés du Pacifique sont de véritables porte-avions du savoir faire francais dans le Pacifique, avec en plus leur identité culturelle très forte", poursuit Olivier Kressmann.

Gérard Siu, le vice-président du Medef également président du Cluster maritime polynésien, est sur la même longueur d'ondes.

" L'économie bleue devient progressivement une priorité pour le gouvernement. Heureusement, le secteur privé, qui s'est réunit ce vendredi lors du Forum de l'économie bleue, a pris les devants et se mobilise. Sans son action, le Service hydrographique et océanographique de la marine [SHOM] qui dresse la cartographie des fonds sous-marins et sans l'intervention duquel aucun projet d'envergure n'est possible, aurait quitté la Polynésie française. Son départ aurait été une aberration. Si l'on veut que l'industrie navale polynésienne retrouve un second souffle, l'intervention des pouvoirs publics est impérative car le secteur privé ne peut pas prendre en charge seul la modernisation des infrastructures existantes ", explique-t-il.

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Commentaires
a écrit le 28/09/2016 à 13:51 :
Bonjour,

Très bel article qui résume bien la fragilité économique de la Polynésie française. Etant un puriste, je voudrais juste faire une remarque par rapport au terme "Fenua". En effet, "Fenua" n'est pas le nom tahitien de "Tahiti et ses îles" (ce nom est par ailleurs un non-sens du markéting touristique qui prend racine dans le protectorat et la colonisation). Le terme "Fenua" renvoie en fait à la "terre" et par extension, à la "terre natale". Ainsi, un tahitien dira "je rentre au Fenua" pour dire, "je rentre sur ma terre natale". De même, on dira "Fenua Farani" pour parler de la France (Terre française) ou "Fenua Marite" pour les Etats-Unis. Pour exemple, votre "Fenua" est la France. Le nom marquisien des îles Marquises est "Henua Enana" (Terre des hommes). A noter que le marquisien et le tahitien sont deux langues distinctes de racines polynésiennes (comme le Hawaïen, le samoan, wallisien,...).
Pour traduire "Polynésie française" on dira "Porinetia Farani". Une anthropologue disait néanmoins qu'il s'agissait d'une construction basée sur le Français qui n'a en réalité aucun sens dans les langues polynésiennes, de tradition orales et imagées. En effet, cette anthropologue préférait le terme "Te Fenua no te mau motu rau", mot pour mot, "la terre aux plusieurs îles", traduisant ainsi l’étymologie du terme "Polynésie" (Plusieurs îles). En réalité, les ancêtres polynésiens appelait ce qu'on appelle aujourd'hui Polynésie "Hawaiki (nui)". D'ailleurs, plusieurs îles de Polynésie ont gardé cette racine : Hawaii, Sava'i, Hava'i (ancien nom de Raiatea).
Voila voila ! Belle journée et merci encore pour cet écrit !

Tenahe

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