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ÉconomieFrance

L’économie polynésienne peut-elle décoller ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 12 juillet 2014 à 07:29 - Mis à jour le 28 juillet 2014 à 11:56

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Après une décennie marquée par une forte instabilité politique, la collectivité d'outre-mer a décidé de relancer le tourisme, le principal secteur économique de l'archipel. En dépit des indéniables atouts de Tahiti et de ses îles, le succès de cette stratégie n'est pas assuré.

Le 11 avril à l'Assemblée de Polynésie, Gaston Flosse, le président de l'archipel présentait son plan de relance de l'économie de la collectivité d'outre-mer (COM). Parmi les cinquante mesures contenues dans ce plan figurent la relance de la commande publique, le logement et les grands investissements, notamment aquacoles et touristiques.

La priorité accordée au tourisme ne peut surprendre. Il est temps de réveiller un secteur en autogestion depuis une dizaine d'années, marqué par l'instabilité politique qui sévissait en Polynésie depuis 2004. Un projet d'envergure se dessine déjà à Punaauia, à quelques encablures de Papeete, la capitale administrative de la COM : le Mahana Beach. Encore à l'état de chantier, au coût estimé à 1,2 milliard d'euros, cette vaste zone touristique financée par des investisseurs chinois devrait pouvoir accueillir plusieurs milliers de touristes, mais aussi des commerces, des cinémas et un casino. Un autre projet est en cours de réalisation sur Tetiaroa, l'ile privée de Marlon Brando. Il s'appellera... « Le Brando ».

Alors que certaines communes de Tahiti ne parviennent pas à gérer la collecte et le traitement des déchets - la COM et l'Etat se renvoient la balle sur la prise en charge budgétaire de cette mission de service public -, ce complexe lancé par le groupe hôtelier Pacific Beachcomber sera 100% écologique. " C'est une première mondiale. Plus globalement, je suis convaincu que Tahiti et ses îles peuvent inspirer d'autres projets de ce type à travers le monde ", avance Richard Bailey, le PDG de Pacific Beachcomber.

Le premier secteur économique de l'archipel

Pourquoi le tourisme ? D'une part, en contribuant à hauteur de 350 millions d'euros dans les caisses du gouvernement polynésien en 2013, le tourisme est le secteur qui contribue le plus au budget de la collectivité. D'autre part, son identité culturelle intacte, son environnement naturel préservé, ses lagons, ses plages sont des atouts qu'il serait absurde de ne pas valoriser. D'autant plus que ce sont quasiment les seuls de l'économie tahitienne! Le taux de couverture exportations/importations de la COM n'atteignait même pas 12% en 2012 !

En misant - enfin - sur le tourisme qui emploie actuellement 10.000 personnes - sur une population active salariée de 90.000 personnes, dont 25.000 dans la fonction publique - dans 2.700 entreprises, Fenua, le nom polynésien de Tahiti et de ses îles, pourrait ainsi espérer faire reculer le nombre de demandeurs d'emplois. Selon une étude récemment publiée par l'Insee, le taux de chômage a presque doublé en cinq ans. Il est passé de 11,7 % en 2007 à 21,8 % en 2012. Les populations les plus touchées par le chômage sont sans surprise les plus jeunes et des moins diplômés.

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Devenir un point de passage naturel

" Ses beautés ne sont pas ses seuls atouts. En raison de sa situation géographique, la Polynésie doit devenir un point de passage naturel entre l'Asie et le continent américain ", a martelé, le vice-président du gouvernement de la Polynésie française lors du Forum francophone des affaires dédié à la Polynésie qui s'est tenu mercredi 7 mai à Paris. Pour atteindre ces objectifs, Nuihau Laurey mise beaucoup sur le soutien de Paris. Actuellement en cours de discussion, le contrat de projet, qui fixera les moyens budgétaires accordés à Fenua sur la période 2015-2020 sera présenté en septembre.

L'impact de la hausse des cours du brut

Certains espèrent aussi une baisse rapide et durable des cours du pétrole ! Située à 17.000 kilomètres de Paris, la Polynésie, dont la surface équivaut à celle de l'Europe, est une destination onéreuse. Dans les années 90, le prix d'un billet Paris-Papeete coûtait 1.000 euros environ, dont 2500 étaient consacrés à financer le kérosène. " Depuis, le prix du bail de brut est passé de 40 à 120 dollars. Résultat, le coût du kérosène s'élève à ...1.000 euros ", regrette Michel Monvoisin, le PDG d'Air Tahiti Nui et président du GIE Tahiti Tourisme.

S'adapter et moderniser

C'est la raison pour laquelle les élus et les acteurs du tourisme polynésien souhaitent faire de leurs îles une destination touristique privilégiée pour l'Asie anglo-saxonne, plus proche. " En Asie, la notoriété de l'ile de Bora-Bora est plus importante que celle de Tahiti. Il faut donc que l'on adapte notre stratégie marketing et que l'on modernise nos infrastructures pour faire venir davantage de touristes ", explique Nuihau Laurey. La réhabilitation des aéroports de Tahiti-Faaa et de Bora-Bora sont d'ores et déjà en cours.

En 2013, 37% des touristes provenaient du continent nord-américain - un pourcentage en hausse, gonflé par la vague de froid qui a frappé le nord et l'est des Etats-Unis -, 35,3% d'Europe, 12,2% du Pacifique et 10,6% d'Asie.

Un secteur en panne ?

En attendant que le contenu du contrat de projet soit fixé, le secteur touristique affiche actuellement un bilan mi-figue mi-raisin. Selon l'Institut statistique de la Polynésie française (ISPF), la fréquentation hôtelière a reculé de 3,5% sur un an en mars. En mars, toujours, le coefficient de remplissage a augmenté de 1,8 point par rapport à février pour atteindre 57,1%. A l'origine de cette timide augmentation, une baisse de l'offre de chambres causée par les quatre fermetures d'hôtels depuis mars 2013.

Globalement, le tourisme hors croisière montre des signes inquiétants. En effet, le nombre de touristes dits "terrestres", qui représente pas moins de 71% des visiteurs de la Polynésie a reculé de 6,7% sur un an au premier trimestre.

Point positif, la fréquentation touristique grimpe de +10,9% sur la même période. Mais cette performance s'explique "exclusivement par le doublement du nombre de croisiéristes au mois de mars", relativise l'ISPF. En cumul depuis janvier, 40.242 touristes ont mis le pied en Polynésie française - un chiffre en hausse de +11% par rapport au premier trimestre 2013 - débarqués pour la majeure partie d'entre eux par les nouveaux paquebots internationaux réalisant des croisières intra polynésiennes dans les eaux de Fenua.

Seulement du marketing ?

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Une jolie stratégie marketing suffira-t-elle à faire venir plus de touristes en Polynésie ? Richard Bailey n'en est pas convaincu. " Fenua a beaucoup d'atouts. L'accueil chaleureux des Polynésiens ne suffira pas. Il y a encore beaucoup de points à améliorer pour que le tourisme décolle enfin ", explique-t-il citant notamment l'instabilité fiscale locale et nationale, les pesanteurs administratives, la défaillance de certaines missions de services publics, les inconnues institutionnelles entourant les relations entre la France et la Polynésie. Entre autres.

Fabien Piliu

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