L’énergie selon Le Pen et Macron

Par Dominique Pialot  |   |  1178  mots
Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'opposent sur la part du nucléaire dans le mix énergétique. (Crédits : Reuters)
Les programmes des deux finalistes de la présidentielle diffèrent sur de nombreux points dont le rôle du nucléaire, mais, l’un comme l’autre pêchent par manque de précision, et notamment de chiffrage...

L'un s'inscrit fidèlement dans la droite ligne de la loi sur la transition énergétique votée en août 2015 par le gouvernement auquel il appartenait alors et dans un cadre européen, quand l'autre rejette à peu près tout en bloc de cette loi et de ce cadre.

Un mix énergétique plus ou moins atomique

Comme prévu par la loi de transition énergétique, Emmanuel Macron souhaite abaisser de 75% à 50% en 2025 la part du nucléaire dans la production électrique française. Mais (pas plus que les autres candidats ne l'ont fait) il ne précise ni comment il compte s'y prendre ni combien cela coûtera, et encore moins, comment il le financera. Il s'engage à fermer Fessenheim, ce qui s'annonce déjà une gageure au vu de l'épisode rocambolesque sur lequel s'est achevé le quinquennat, et qui lie la fermeture à la mise en service de l'EPR de Flamanville, prévu pour 2019 mais suspendue notamment à la résolution des défauts repérés sur sa cuve. Mais pour les quelque 18 autres centrales qui devraient être fermées pour parvenir à ce résultat, il laisse à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dont les moyens seront renforcés, la responsabilité de juger au cas par cas la pertinence de prolonger ou non la durée de vie des centrales, sur la base des visites décennales programmées à partir de 2018.

Marine Le Pen, au contraire, entend  maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française, en engageant le Grand carénage, en gardant le contrôle de l'État sur EDF et en lui redonnant une véritable mission de service public. Elle veut revenir sur la fermeture de Fessenheim et se dit prête à prolonger de 20 ans, voire 30 ans, la durée de vie des centrales.

Des renouvelables, oui, de l'éolien, non

Sur les énergies fossiles, Macron entend fermer les dernières centrales au charbon françaises (qui représentent 1,4% de la production électrique) d'ici à 2022 ; il est par ailleurs opposé à la délivrance de nouveaux permis d'exploitation pour les hydrocarbures et à l'exploitation du gaz de schiste, mais pas à l'exploration. Marine Le Pen, pour sa part, ne mentionne pas les centrales à charbon, mais veut également maintenir l'interdiction d'exploiter les hydrocarbures non conventionnels «  tant que des conditions satisfaisantes en matière d'environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies. »

Sur les renouvelables, Emmanuel Macron veut doubler en cinq ans la capacité des parcs solaire et éolien (une progression moindre que celle prévue par la PPE). Pour ce faire, il veut notamment simplifier et raccourcir les procédures. En revanche, conformément à la loi de transition énergétique, il affirme viser 32% d'électricité d'origine renouvelable à l'horizon 2030.

Marine Le Pen affirme vouloir « développer massivement les renouvelables » en respectant un principe de protectionnisme et de patriotisme  économique impliquant de faire fabriquer les équipements en France principe. Dans le même temps, elle veut instaurer un moratoire immédiat sur l'éolien terrestre comme maritime.

Elle souhaite également  développer une filière hydrogène, essentiellement dans la mobilité. Macron pour sa part souhaite « focaliser les efforts de recherche, de développement et d'investissements des opérateurs sur le stockage de l'énergie et les réseaux intelligents ».

Cela s'inscrit dans un grand plan d'investissements de 50 milliards d'euros, dont 15 milliards dédiés à la  transition énergétique et écologique

Bâtiments et transports : l'efficacité énergétique en question

Concernant le bâtiment (qui engloutit plus de 40% de l'énergie consommée en France), Macron prévoit un plan de rénovation augmenté à 1 million de logements, soutenu par des audits énergétiques gratuits pour les ménages en précarité énergétique et un crédit d'impôt révisé permettant un versement immédiat de plutôt que différé. A son programme également : un plan de rénovation des bâtiments publics assorti d'une enveloppe de 4 milliards d'euros.

Marine Le Pen aussi entend « faire de l'isolation de l'habitat une priorité budgétaire » notamment grâce à des prêts à taux zéro souscrits auprès de la Banque de France, mais sans chiffrer ni la quantité de logements visée, ni le budget prévu.

Dans les transports (plus de 30% de la consommation énergétique), Macron veut ajouter aux différents dispositifs existants pour inciter à l'achat d'un véhicule électrique et à la conversion d'un diesel, une prime de 1000 euros pour le remplacement des véhicules antérieurs à 2001. Il veut également accélérer le programme déploiement de bornes de recharge pour véhicules électriques, qui en prévoit 7 millions à l'horizon 2030.

En dehors de sa volonté de développer une filière de l'hydrogène pour alléger la dépendance française au pétrole, Marine Le Pen ne mentionne aucun plan en matière de mobilité. Contrairement à Emmanuel Macron, qui (comme le prévoit la loi de transition énergétique et comme cela a déjà commencé) veut aligner progressivement la fiscalité du diesel et celle de l'essence, elle y est opposée au motif que cela porterait préjudice aux Français les moins argentés.

Europe, taxe carbone et prix de l'énergie

Marine Le Pen promet de baisser de 5% les tarifs réglementés de l'électricité et du gaz, tout en annonçant une augmentation de l'ARENH (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique), tarif auquel les opérateurs alternatifs peuvent se fournir auprès de EDF. L'existence même de ces tarifs régulés est d'ailleurs remise en cause par Bruxelles, mais cela n'entre évidemment pas en ligne de compte dans le programme de Marine Le Pen.

Emmanuel Macron en revanche a eu l'occasion de se prononcer en faveur d'un marché européen unique de l'énergie, dont les prémices se dessinent déjà, mais sans se prononcer sur les derniers textes en préparation tel que le Clean Energy Act.

S'il ne mentionne pas le sujet des tarifs, il réaffirme le projet de faire croître le montant de la taxe carbone avec un objectif de 100 euros la tonne en 2030, conformément à la loi de transition énergétique.  Il souhaite pérenniser le dispositif pour 5 ans en l'inscrivant dès le début du quinquennat dans la loi de finances. Il n'est en revanche pas adepte d'un corridor (avec un prix plancher), tel que prôné par le rapport de la mission Mestrallet/Canfin/Grandjean remis à François Hollande en juillet 2016.

Le candidat EnMarche prévoit par ailleurs un accompagnement des régions d'une part, des PME d'autre part, pour les aider à diminuer leur consommation d'énergie et leur empreinte environnementale, sans détailler plus avant ces points de son programme. Quant aux villes, il souhaite les raccorder aux réseaux de froid et de chaleur.

Sur le climat enfin, alors qu'Emmanuel Macron fait de la mise en œuvre de l'Accord de Paris l'une des priorités de l'action internationale française, Marine Le Pen a voté contre la ratification de l'Accord au Parlement européen.