Fessenheim : le décret de fermeture publié au Journal officiel

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Fessenheim fermera lorsque l'EPR de Flamanville entrera en service
Fessenheim fermera lorsque l'EPR de Flamanville entrera en service (Crédits : © Vincent Kessler / Reuters)
Ultime rebondissement de ce feuilleton qui n’en finit pas : comme l’avait affirmé Ségolène Royal au lendemain du vote en Conseil d’administration d’EDF jeudi en faveur d’une fermeture sous conditions et à une date non définie, le décret de fermeture sera paru avant la fin du quinquennat.

Elle n'aura rien lâché. La ministre de l'Ecologie, tout comme  l'Elysée, avait espéré le vote d'une fermeture actée en bonne et due forme lors du Conseil d'administration qui s'est tenu le 6 avril chez EDF. Cela aurait permis d'afficher la concrétisation d'une promesse de campagne du candidat Hollande, et d'une des annonces les plus emblématiques de son quinquennat, qui prévoyait à l'origine une fermeture fin 2016, un calendrier rapidement considérée comme intenable.

Une fermeture suspendue au calendrier incertain de Flamanville

Mais les administrateurs de l'opérateur historique ont opté pour une décision tellement alambiquée que chacun a pu y trouver son compte et de quoi crier victoire sur ses adversaires. Madame Royal en louant le caractère « inéluctable et irréversible » de la fermeture, les opposants à ce projets, à commencer par les syndicats, en se réjouissant d'une fermeture repoussée aux calendes grecques, ou tout comme. Le texte adopté stipule en effet que la doyenne des centrales françaises sera fermée au moment de l'entrée en service de l'EPR de Flamanville, prévue pour début 2019. Mais le chantier retardé à de multiples reprises, est actuellement suspendu en raison de problèmes détectés sur la cuve et nul ne peut assurer que tout sera rentré dans l'ordre à cette date. Autre condition exigée par le CA : la fermeture de Fessenheim n'interviendra que si elle est nécessaire pour respecter le plafond de la capacité de production nucléaire à 63,2 GW, autrement dit, à condition que d'autres réacteurs ne soient pas fermés ou à l'arrêt.

"C'est dit, c'est fait"

Sans doute Ségolène Royal se targuera-t-elle d'être parvenue à entériner ce projet symbolique, censé donné le coup d'envoi d'une diminution progressive de la part nucléaire dans la production française d'électricité, l'une des mesures phares de la loi de transition énergétique qu'elle a fait adopter à l'été 2015. Elle s'en félicitait d'ailleurs sur Twitter dès ce dimanche. « C'est dit, c'est fait ».

Le décret actant le principe de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim lorsque EDF mettra en service l'EPR de Flamanville a en effet été publié dimanche 9 avril au Journal officiel. "L'autorisation d'exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim (...) est abrogée", prévoit l'article 1 du texte, mais le décret stipule bien conforcément à la décision adoptée par le Conseil d'administration, que cette autorisation sera abrogée "à compter de la date de mise en service de l'EPR de Flamanville".

Un "enfumage" dénoncé par les syndicats

Les syndicats n'ont pas tardé à dénoncer "une opération de com'". "C'est un enfumage complet de la part de Ségolène Royal", a réagi auprès de l'AFP Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la Fédération Mines Energie de la CGT. Le secrétaire général du syndicat CFE Energies d'EDF, William Viry-Allermoz, dénonce, lui, "de la précipitation purement électoraliste" et juge que "la ministre a touché le fond de la cuve".

Martial Château, du réseau Sortir du nucléaire, évoque lui aussi "un enfumage", considérant que le fait de lier la fermeture de Fessenheim au démarrage de l'EPR mais aussi au plafonnement du parc nucléaire permettra à EDF de remettre en cause "sans difficulté" cette fermeture, ne serait-ce qu'en raison du réacteur de Paluel 2, arrêté depuis deux ans, qu'il estime "condamné" à terme.

Certains syndicats et associations vont jusqu'à remettre en cause le fondement juridique même du décret. En effet, contrairement au délai obtenu jeudi par l'énergéticien, le gouvernement n'a pas attendu la demande officielle d'abrogation qui doit normalement lui être transmise par EDF dans les six mois précédant la mise en service de l'EPR de Flamanville.

Un décret appliqué (ou pas) par le prochain gouvernement

Quoi qu'il en soit, à deux semaines d'une élection où plusieurs des principaux candidats (François Fillon et Marine Le Pen) entendent revenir sur cette politique énergétique, pas sûr que la publication de ce décret change réellement la donne. Quant à Emmanuel Macron, qui souhaite s'inscrire dans les clous de la loi de transition énergétique, et plus encore Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, qui veulent sortir du nucléaire en une génération, le feuilleton de Fessenheim doit les inciter à adopter une tactique différente de celle de l'actuel gouvernement s'ils veulent parvenir à leurs fins.

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Commentaires
a écrit le 10/04/2017 à 12:51 :
ce n'est pas aux polititiens de définir si une entreprise doit arretez
de fonctionner
et encore moins aux voisins allemand
eux qu'il s'occupe de leur central a charbon
a écrit le 10/04/2017 à 11:50 :
ce n'est pas aux polititiens de definir la vie d'une entreprise
ou allors c'est a euxde payer sur leur fond propre
les chomeurs victime de leurs décisions
et des sociétés sous traitante
( le general avais oriente la France sur le nucleaire pour que les Français est
l'electricite la moins cher
mais avec les sbire actuel seul leur paye compte
a écrit le 10/04/2017 à 8:46 :
Si la CGT n'est plus le syndicat leader du privé elle ferait mieux de regarder de ce côté stalinien de fonctionnement. Quand un syndicat sait être aussi détestable car campé sur ses seuls intérêts elle est aussi méprisable que l'oligarchie car se comportant et agissant exactement comme elle.

Oui c'est de l'enfumage je suis entièrement d'accord avec le réseau "sortir du nucléaire".

La vie des gens a plus de valeur que l'économie, or staliniens et néolibéraux mettent l'économie et leurs intérêts avant ceux des citoyens. Pas facile pour nous autres d'avancer avec tout ces corporatismes ultra conservateurs à tous les échelons de notre société.

Honte à eux.
a écrit le 09/04/2017 à 18:05 :
Ségolène est prête à tout pour montrer qu'elle existe.
Réponse de le 10/04/2017 à 15:24 :
Ahhhh c'est du Ségolène, quoi.
a écrit le 09/04/2017 à 15:54 :
C'est de la politique dans toute sa splendeur et sa médiocrité . Quel beau parcours Royal pour en arriver là ...Rien n'a été préparé pour l'après ( études, faisabilité, coûts, rendements etc..) et toutes les conséquences au niveau de l'emploi sur le nucléaire et du changement énergétique pour la France. Et tout ça en fin de quinquennat !
Attendons les hivers très froids, et nous verrons bien comment la France fera pour fournir suffisamment d'électricité..la France n'aura plus son indépendance énergétique, et la facture sera encore plus lourde pour tout le monde.
Pour mémoire, un réacteur nucléaire = 750 éoliennes !
Il va en falloir des éoliennes et tout le reste !
Croire en quelque-chose et ne pas le vivre, c'est malhonnête – Gandhi
a écrit le 09/04/2017 à 14:32 :
Donc un décret pour arrêter Fessenheim soit deux fois 900 MW qui produisent à pleine charge 1800 MWh. Un petit quelque chose a été oublié mais on leur pardonne car c'est des énarques qui ne connaissent rien à la technique. Il s'agit puisque l'on parle de transition énergétique des éoliennes qui sont censées remplacer ces réacteurs nucléaires.Il en faut juste 4500 de puissance nominale 2MW au prix moyen de 2,5 millions d'€ pièce qui vont produire en moyenne 1800 MWh et de 0 à 9000 MWh que malheureusement on ne sait pas stocker, il faudra donc en arrêter un bon nombre quand il y aura trop de vent. Le coût d'investissement de ces petits jouets est de 9 milliards d'€ (et pas 450 millions) auxquels il faut ajouter beaucoup d'investissements sur les réseaux électriques soit au bas mots 10 milliards d'€ à trouver ou plutôt à transmettre au prochain président. Et on voudrait rester dans l'histoire , je pense qu'elle va se souvenir des rois qu'elle avait surnommés : " les rois fainéants"
a écrit le 09/04/2017 à 13:49 :
Quand le gouvernement ne fait rien, vous vous plaignez. Quand le gouvernement fait quelque chose, vous vous plaignez. Autant faire quelque chose. Dans ce domaine, c'est bien peu, mais c'est mieux que rien. Ne vous inquiétez pas, vous pouvez compter sur Trump pour repartir en arrière. Euh, pardon, Fillon.
Réponse de le 09/04/2017 à 15:28 :
Rassure qu'il passe
Réponse de le 09/04/2017 à 16:11 :
@Benoit : en quoi est-ce une avancée, sinon dans le cadre d'une négociation de circonscriptions avec les écolos ???
L'autorité de Sureté Nucléaire s'est prononcée : il n'y a AUCUNE raison de sécurité dans la décision !
Le maintien en activité de Fessenheim ne nécessite AUCUN investissement lourd : il n'y a donc AUCUNE raison économique !
C'est donc une décision purement électoraliste à 15 jours de la Présidentielle : heureusement, un arrêté est pris, un autre arrêté peut annuler le précédent ! Que l'on plafonne les investissements pour faire fermer les centrales déficientes, et là, j'applaudirais des 2 mains ! mais là... le choix, ce sont les écolos venus d'allemagne qui font pression !
a écrit le 09/04/2017 à 13:10 :
Cela va avoir le même effet que la loi de la Pub sur l' alcool .
a écrit le 09/04/2017 à 12:23 :
On tient ses promesses à pas cher.
Quel courage!
C'est bien une caricature de ce quinquennat.
Et si on passe en revue tous les textes, décrets et arrêtés sortis cette dernière année écoulée, souvent en douce, sans communication c'est carrément moche, quand les Français vont voir ça!
a écrit le 09/04/2017 à 11:12 :
Fessenheim ça fonctionne, Flamanville toujours pas (peut être jamais?) .... on fait quoi ?
Réponse de le 10/04/2017 à 15:47 :
Rien comme d'habitude, elle finira par fermer toute seule comme celles aux USA.
a écrit le 09/04/2017 à 10:57 :
Un Décret ultérieur modifie ou annule le précédent. D'ailleurs le quinquennat a commencé par une année complète où les lois et Décrets du gouvernement précédent ont été annulés... Disons que ça les occupe, histoire de faire croire que leur emploi n'est pas fictif. Même s'il n'y a plus qu'eux pour faire semblant d'y croire.
a écrit le 09/04/2017 à 10:48 :
Suite. Je pensais au Grenelle de l'environnement.
a écrit le 09/04/2017 à 10:39 :
Le nucléaire doit être lié au problème plus général de l'énergie. L'énergie est le moteur de l'économie. Il faut analyser le problème sur le plan du climat et aussi de la croissance et du chomage. Ce sont des domaines qui dépendent de personnes différentes et surtout de ministères différents. Faut il les lier sous un même ministère ou les rattacher à une même structure de décision? Laquelle? Ce n'est pas prévu à l'élection présidentielle.
a écrit le 09/04/2017 à 10:32 :
Le "Journal Officiel" devient le torchon officieux des tours de passe-passe de la Hollandie_Gabegie...La fermeture est reportée sine die, et comme ça, on fait croire au bon peuple que les "promesses" sont tenues,,,que la Royale ne coule pas pendant qu'elle est encore mise à l'index pour son bilan désastreux des Charentes.
La candidature Macron est du même acabit,,,on fait croire que la Hollandie est morte avec la non-candidature de Moudugenous1er, et on met à la place un modèle plus jeune, vrai Dom Juan des foules prêtes à avaler tout est son contraire .
Le tour est joué, les veaux de Français aiment se nourrir d'illusions,,,c'est facile , on fait des décrets !
Réponse de le 09/04/2017 à 16:31 :
C'est exactement ca voila comment prendre des francais pour des idiots.

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