La filière de l’hydrogène à un point d’inflexion ?

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La mobilité est le segment de marché le plus porteur pour l'hydrogène
La mobilité est le segment de marché le plus porteur pour l'hydrogène (Crédits : DR)
L’hydrogène sera présent sous ses différentes formes à BePOSITIVE, le salon de la performance énergétique et environnementale des bâtiments et territoires, qui se tient à Lyon jusqu’au 10 mars. L’occasion de faire le point avec le président de l’Association française de l’hydrogène et des piles à combustible (AFHYPAC) sur une énergie encore émergente.

Pour Pascal Mauberger, président du directoire de McPhy, spécialiste du stockage d'hydrogène sous forme solide, de l'électrolyse à partir de renouvelables et de stations de recharge, et président de l'AFHYPAC, la filière se situe actuellement à un point d'inflexion. Cela est dû notamment au succès inattendu remporté par l'appel à projets territoires hydrogène lancé en mai 2015, suivant une recommandation d'un rapport du Commissariat général au développement durable (CGDD) relatif à la filière hydrogène-énergie ? Celui-ci détaillait le rôle que pourrait jouer l'hydrogène dans la transition énergétique : stockage et production d'énergie (recourant à l'électrolyse) ; carburant alternatif limitant les nuisances sonores et la pollution ; régulation d'un système faisant cohabiter productions de base centralisées et productions locales intermittentes, possibilité d'injection dans le réseau gazier...

Grand succès de l'appel à projets

« L'appel à projets avait pour objectif de labelliser des territoires prêts à développer des solutions à base d'hydrogène, par exemple pour stocker les énergies renouvelables », précise Pascal Mauberger. Comme l'explique alors le ministère, sont recherchés en priorité des projets intégrant une chaîne complète de production, conditionnement, distribution et valorisation d'hydrogène dans des applications finales ; il s'agit de démontrer que le recours à l'hydrogène pour plusieurs applications peut générer un développement économique rentable et écologique sur un territoire. Sur une centaine de dossiers déposés, vingt-neuf ont été sélectionnés en novembre et bénéficieront de fonds publics.

De nombreux projets concernent des projets de mobilité, incluant un co-déploiement de véhicules et d'infrastructures. Mais on y trouve aussi des projets d'alimentation de secours pour la grande distribution, des projets adaptés à des sites insulaires ou isolés ou encore de la valorisation d'hydrogène fatal issu de process industriels.

La mobilité, segment le plus prometteur

Concernant la mobilité, probablement le segment le plus prometteur à l'échelle mondiale, « l'hydrogène est particulièrement adapté à la livraison en centre ville, avec des flottes de véhicules utilitaires », constate Pascal Mauberger.

Des stations d'alimentation commencent à apparaître, dont une située au Pont de l'Alma et destinée à alimenter une flotte de taxis Hype. Essentielle pour la visibilité de  ce nouveau carburant, elle doit aussi permettre de « démythifier » l'hydrogène, qui continue d'effrayer. Seuls 150 véhicules carburent aujourd'hui à ce gaz en France. Mais le Plan Mobilité Hydrogène France mis en oeuvre depuis 2015 prévoit 100 stations pour 1.000 véhicules en 2022 et 600 stations pour 800.000 véhicules à l'horizon 2030. D'ailleurs, la candidature Paris 2024 comporte un volet mobilité hydrogène.

A côté des utilitaires tels que ceux assemblés par Renault, apparaissent les premières berlines de Toyota, Honda, Hunday et bientôt Mercedes. En dehors du Japon, très présent sur tous les segments y compris celui du résidentiel, et de la Californie, la Corée du Sud, l'Allemagne et enfin la France sont les pays les plus avancés.

Des territoires locomotives

« Le succès de l'appel à projets traduit l'engouement des territoires », se réjouit Pascal Mauberger. Certaines régions sont particulièrement enthousiastes. Les Pays-de-Loire Vendée sont emmenés par le député de Vendée Alain Leboeuf, adepte de la première heure. La Normandie et la Manche, qui possèdent beaucoup d'électricité, trouvent là un moyen de la stocker. La toute première station a d'ailleurs été installée à Saint-Lô pour alimenter les voitures... de pompiers.

Historiquement, de nombreux acteurs, dont McPhy mais aussi le pionnier de la pile à combustible et inventeur du premier prolongateur d'autonomie pour véhicules hybrides Symbio F Cell, sont implantés en Rhône-Alpes, paradis de la houille blanche.

En Auvergne, Michelin est un acteur discret mais de plus en plus actif de la filière, notamment via sa prise de participation dans Symbio F Cell. D'autres équipementiers automobiles de rang 1, tels que Plastic Omnium ou Faurecia, se positionnent également.

Le rapport du CGDD évalue à un milliard d'euros le marché des électrolyseurs, piles et combustible et réservoirs de véhicules. « Le marché des équipements devrait atteindre trois à quatre milliards à l'horizon 2030, estime pour sa part Pascal Mauberger, précisant que les piles à combustible restent dans l'escarcelle des constructeurs automobiles.

95% de l'hydrogène mondial extrait de gaz naturel

Concernant l'hydrogène lui-même, le marché mondial pèse 60 millions de  tonnes, dont 10% sont produits en France. Il est d'abord utilisé pour raffiner et désulfurer dans le cadre de process industriels, notamment pour la finition de certains métaux ou verres. « 95% de cet hydrogène est extrait de gaz naturel », précise Pascal Mauberger. Un processus très émetteur de gaz à effet de serre. D'où la nécessité de pousser sa fabrication par électrolyse à partir d'énergies renouvelables  afin d'obtenir une chaîne de mobilité à 100% décarbonée.

En outre, les sites sont le plus souvent approvisionnés par camion, alors que le gaz pourrait être produit sur place par électrolyse, comme le fait McPhy sur le pôle d'innovation en micro et nanotechnologies Minatec à Grenoble.

Cela permet d'obtenir un coût de 5€ le kilo d'hydrogène (la fourchette allant  de 3 à 30€ le kilo par camion), soit 60€ le mégawattheure d'électricité.

Dernier signal positif en date pour la filière : l'Hydrogen Council né à Davos autour de 13 acteurs d'envergure mondiale, dont les Français Air Liquide, Engie, Alstom et Total. Cette initiative qui a pour objectif de promouvoir le rôle de l'hydrogène dans la transition énergétique, regroupe des énergéticiens, des constructeurs automobiles, des gaziers. Dotée d'une enveloppe d'investissements de 10 milliards d'euros pour les cinq prochaines années, elle devrait être active auprès des gouvernements et faire appel à des partenariats publics privés.

Reste un point qui demande à être affiné : la réglementation. Si son utilisation est largement répandue de longue date dans l'industrie, l'hydrogène devrait être bientôt « entre les mains de tout le monde ». Or l'imaginaire collectif a besoin d'être rassuré quant à son caractère inflammable et explosif. C'est d'ailleurs la vocation du film promotionnel tourné avec les pompiers de Saint-Lô, jouant sur la symbolique des soldats du feu pour contrecarrer les craintes exprimées sur les risques d'explosion.

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Commentaires
a écrit le 10/03/2017 à 13:20 :
Je crois savoir que l'hydrogène est plus dangereux que le GPL. Hors les pompiers sont déjà très réservés sur cette technologie, sachant que les véhicules GPL sont interdit dans beaucoup de parking souterrains. Quand sera-t-il des véhicules Hydrogène ? La voiture électrique a plus d'avenir sachant qu'une nouvelle batterie révolutionnaire très résistante vient d'être rendue publique.
a écrit le 10/03/2017 à 13:11 :
Soleil -> electricité -> H2 -> electricite, tout ca avec quel rendement ?
L'H2 n'a aucune pertinence avec des batteries Li suffisemment capacitives, et ca commence a venir.
Peut-etre pour l'aviation et encore.
a écrit le 10/03/2017 à 6:31 :
C'est totalement absurde d'utiliser de l'hydrogène pour des voitures vues les pertes de rendement de double conversion. On comprend que çà crée une dépendance donc une énième rente à des opérateurs mais ce n'est techniquement pas sérieux. Tesla a raison d'axer son développent sur les véhicules électriques dont les progrès en matière de batteries y compris de batteries de flux sans pertes sont très positifs en terme d'autonomie et permettent entre autres la recharge solaire et le stockage. L'hydrogène doit être réservé pour le stockage des surplus d'énergies renouvelables, l'injection partielle sur le réseau gaz, les applications industrielles etc sous forme liquide pour les avions car volume 3 fois inférieur au kérozène à énergie équivalente et plus léger que l'air. Combiné à la formule d'aile volante très efficiente comme le développent la Nasa et Boeing entre autres pour la vente vers 2030, le bilan énergétique total est bon.
a écrit le 09/03/2017 à 18:33 :
L’Hydrogène fabriqué par électrolyse, à partir d’électricité venant de multiples petites unités, type micro turbines sur les rivières, et stockées en réservoir à proximité des stations-services ; pourquoi pas. Cela résoudrait les problèmes de transports de ce gaz délicat à stocker. Reste à savoir si la technologie actuelle permet d’élaborer le produit en quantité suffisante et assez rapide. Ne perdons pas l’espoir ; c’est une solution très intéressante pour les transports extra urbains. Moi j’y crois !!!
Réponse de le 13/03/2017 à 15:44 :
Navré, il semblerait que mon message est était envoyé plusieurs fois, un modérateur pourrait-il modérer cela?

Cordialement.

Lumcel-Avenir, le blog de l'innovation
a écrit le 09/03/2017 à 18:24 :
600 stations en 2030. On croit rêver. Alors qu'il est déjà possible de rouler avec l'hydrogène en Allemagne et aux Pays-Bas ,c'est d'ailleurs Air Liquide qui y a installé des stations. St Lô et la station au Pt de l'Alma réservé à la toute petite flotte de taxis (5 ou 10) et nul ne sait le temps qu'elle va durer. En France, tout est fait pour l'électrique avec, si ne ment pas, une autonomie qui permet d'aller de Paris en banlieue proche. Alors qu'avec la technologie Fuel Cell, il est possible de parcourir 400 ou 500 km
a écrit le 09/03/2017 à 8:48 :
J'en entend parler depuis 30 ans, cela me parait une bonne idée depuis 30 ans mais comme toutes les alternatives au pétrole rien n'est arrivé.
a écrit le 09/03/2017 à 7:48 :
Toutes les formes d'énergie présentent plus ou moins de risques. Le gaz est maintenant en tête et le nucléaire en queue. Il faut évaluer les risques.
Réponse de le 09/03/2017 à 8:51 :
" Le gaz est maintenant en tête et le nucléaire en queue"

Ça y est ! Merci beaucoup ! Je comprends enfin pourquoi vous faites sans arrêt une fixette sur l'énergie je me doutais d'un truc du genre mais je ne pensais pas à ça.

Je comprends par contre que les fans du nucléaire se fassent tout petits avec fukushima qui n'arrête pas d'irradier le Japon. Faut trouver d'autres méthodes d'approches et celle-là ne fait que démontrer une véritable impuissance.
Réponse de le 09/03/2017 à 13:30 :
Il s'agit bien d'une fixette, comme vous dites. Je suis très perplexe devant le peu d'intérêt que nous portons à l'énergie; L'énergie est pourtant le moteur principal de notre économie. Que ferions nous sans énergie? Nous serions au moyen age. Les économistes parlent de travail et surtout de capital. Ils ne parlent pas du role de l'énergie. Il faudrait répartir les charges sociales sur le travail et sur l'énergie. Qui en parle dans le cadre de l'élection présidentielle? On évoque l'idée de solliciter la TVA ou la CSG. Mais personne n'évoque l'énergie. C'est pourtant la solution. Merci.
Réponse de le 09/03/2017 à 17:32 :
Et que pensez vous des maisons et entreprises autonomes svp ?
a écrit le 08/03/2017 à 18:51 :
Amusant, pas de nouvelle technologie pour descendre les coûts de production. Rien sur la corosivité de l'hydrogéne, mais il y a des subventions et ca va faire décoller la filliére???

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