« L’esprit Charlie est plus subtil qu’il n’y paraît » (Riss, Charlie Hebdo)
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Riss, dessinateur et directeur de Charlie Hebdo, le 31 octobre, à Paris.
Albert Facelly pour la Tribune Dimanche
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Riss, dessinateur et directeur de Charlie Hebdo, le 31 octobre, à Paris.
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Où qu'il aille, Riss est entouré de plusieurs policiers. Le jour où nous le rencontrons, dans le quartier des Grands Boulevards, à Paris, les hommes du Service de la Protection sont particulièrement vigilants tant la crainte d'un attentat est élevée ces jours-ci. Habitué à vivre en compagnie de ces « gorilles » armés et surentraînés, il salue en souriant. Et éternue. Un mauvais rhume. L'hiver arrive, le climat se refroidit et l'angoisse monte dans le pays. Le dessinateur s'en alarme et aborde tous les sujets. LFI, RN, Guillaume Meurice et même Caroline de Monaco... L'esprit Charlie, c'est bien lui.
LA TRIBUNE DIMANCHE- Vous exposez vos dessins du procès de Maurice Papon, condamné pour complicité de crimes contre l'humanité pour avoir organisé la déportation de Juifs à Bordeaux. Cette exposition au Mémorial de la Shoah à Paris résonne cruellement avec l'actualité...
RISS- L'antisémitisme traverse les époques, malheureusement. Ceux qui aujourd'hui crient « mort aux Juifs » se rendent-ils comptent de ce à quoi ça les renvoie? Ceux qui taguent des étoiles de David comprennent-ils la portée de leurs actes ? Connaissent-ils l'Histoire ? Peut-être que oui. Peut-être qu'ils assument leur haine, sans se soucier des conséquences, au nom du ressenti. Sans morale. Notre époque est désinhibée.
Quel souvenirs avez-vous de Papon lors du procès en 1997 ?
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Il venait aux audiences en costard de ministre, avec sa sacoche de ministre, et il parlait comme un ministre. Il n'était pas incarcéré, ce qui avait choqué. Il ne doutait de rien et répondait avec une telle assurance que l'on a rapidement compris que c'était quelqu'un de dur, d'intransigeant, sans scrupule. Il ne portait pas de considération morale sur les conséquences des ordres auxquels il avait obéi. Il envoyait balader ceux qui se présentaient à la barre, même l'avocat général. Une vraie teigne. Le procès fut long et complexe car Papon, fonctionnaire de Vichy, était aussi une figure du gaullisme. En tant que secrétaire général de la préfecture de Bordeaux, iI n'était pas allé lui-même au camp de Mérignac pour décider qui monterait dans les trains. Il avait laissé ce sale boulot à son adjoint. Il s'est toujours débrouillé pour ne pas être au contact des SS. Sa responsabilité n'était donc pas très lisible, c'est ça qui l'a aidé à la Libération. Même s'il a signé de très nombreux papiers et organisé la déportation.