ENTRETIEN- Le gouverneur de la Banque de France prévoit une croissance en France de 0,9 % en 2024. Et une baisse des taux d'ici à la fin de l'année.
LA TRIBUNE DIMANCHE- L'inflation recule, la plupart des pays de la zone euro ont échappé à la récession en 2023. Quel regard portez-vous sur l'économie européenne en ce début d'année ?
FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU- Sur la seule conjoncture économique, les incertitudes ont plutôt tendance à un peu diminuer. Nous avons d'ailleurs très peu modifié nos prévisions entre septembre et décembre. Il y a un ralentissement de l'activité, en France comme en Europe. Et, plus positivement, un net recul de l'inflation.
Quel niveau de croissance attendez-vous pour cette année ?
Nous prévoyons un rythme de croissance d'environ 0,2 % par trimestre, à l'image de celle attendue au dernier trimestre de 2023 : cela conduirait à 0,9 % sur l'ensemble de 2024. Ce rythme traduit évidemment un ralentissement. Mais ce ne serait pas un retournement de la conjoncture, ni une récession, en France comme en Europe.
Quels sont les facteurs positifs pour l'économie française ?
À court terme, la désinflation : elle entraînera une hausse en moyenne du pouvoir d'achat, car les prix augmenteront dorénavant moins vite que les salaires. Par conséquent, le moteur de notre croissance change : celui de 2023 était les exportations, celui de 2024 sera la consommation. C'est un moteur plus régulier et plus sûr, d'autant plus que l'investissement des entreprises nous paraît résister relativement bien.
La performance de la France dans ce domaine surprend positivement. Le taux de chômage est aujourd'hui le plus bas depuis plus de quarante ans : le ralentissement économique n'a pas dissuadé les entreprises de continuer d'embaucher, puisque 40 % d'entre elles nous disent connaître encore des difficultés de recrutement. Nous nous attendons à une légère remontée du chômage, entre 7,5 et 8 %. Mais lors du précédent ralentissement de 2011-2012, il avait dépassé les 10 % : cela démontre un changement majeur de l'économie française, désormais bien plus créatrice d'emplois. Il ne faut pas nous arrêter là : la France peut et doit viser dans cette décennie le plein emploi, c'est‑à-dire un taux de chômage autour de 5 % et un taux d'emploi supérieur à 70 %, comme en Allemagne, au lieu de 68 % aujourd'hui. Cela changerait tout, en matière de cohésion sociale bien sûr, mais aussi pour le pouvoir d'achat et pour notre potentiel de croissance.
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