L'Économie française va faire du sur place cet automne

Dans sa note de conjoncture, l'Institut national de la statistique a maintenu sa prévision de croissance de 2,6% en 2022 pour la France, mais l'incertitude plane sur les trois derniers mois de l'année en raison d'un « scénario international qui s'assombrit ».
Le produit intérieur brut (PIB) français devrait stagner cet automne.
Le produit intérieur brut (PIB) français devrait stagner cet automne. (Crédits : Benoit Tessier)

Dans un contexte international de tensions inflationnistes, de crise énergétique en Europe, de tensions géopolitiques et de resserrement monétaire, la fin de l'année s'annonce légèrement plus sombre économiquement pour la France. Dans une note de conjoncture publiée ce jeudi, intitulée « un automne lourd de menaces pour l'Europe », l'Insee revient sur les perspectives pour le dernier trimestre sur le plan de l'activité, l'emploi, l'inflation, le pouvoir d'achat, la consommation, l'investissement des entreprises. Voici ce que l'on peut en retenir.

L'Insee maintient sa prévision de croissance pour 2022

L'Institut national de la statistique maintient sa prévision de croissance pour la France de 2,6% en 2022, mais n'exclut pas un repli de l'activité au quatrième trimestre en cas de difficultés d'approvisionnement en énergie et d'arrêts de production. L'incertitude plane sur les trois derniers mois de l'année en raison d'un « scénario international qui s'assombrit », a déclaré jeudi Julien Pouget, chef du département de la conjoncture de l'Insee lors d'une conférence de presse. « Ralentissement du commerce international d'ici la fin de l'année, l'inflation qui reste élevée, des inquiétudes spécifiques à l'Europe sur les approvisionnements énergétiques, un resserrement des politiques monétaires en toile de fond avec une volatilité accrue sur les marchés », a-t-il énuméré pour illustrer les menaces qui pèsent sur la croissance française (mais aussi mondiale).

En revanche, pour 2023, l'Insee prévoit une croissance bien plus modeste, de l'ordre de +0,2%, précise l'institut. Ce scénario est fondé sur les hypothèses d'une éventuelle aggravation de la crise énergétique en Europe, des conséquences économiques de cette crise, d'une dégradation de la situation sanitaire. L'Insee note enfin que « la volatilité des marchés financiers reste un point de vigilance ».

L'activité marquerait le pas, mais le marché de l'emploi devrait résister

En France, le climat des affaires, malgré une certaine résilience, se voile dans la plupart des secteurs d'activité. Le moral des chefs d'entreprises dans les secteurs les plus dépendants de l'énergie est en berne. Les chefs d'entreprises s'inquiètent quant à leurs carnets de commandes et leurs perspectives personnelles de production. En cause : les incertitudes qui pèsent sur l'approvisionnement en électricité et en gaz et sur les prix à venir de l'énergie. Dans ce contexte, l'Insee anticipe que l'activité marquerait le pas en fin d'année: 0,0 % prévu au quatrième trimestre 2022, plombée principalement l'industrie manufacturière (chimie, métallurgie, caoutchouc et plastique...). « Les services, moins exposés aux incertitudes touchant les branches industrielles, progresseraient à nouveau en fin d'année », note l'Insee.

Malgré ce climat des affaires en berne, l'emploi salarié continuerait de progresser, quoique moins vivement qu'au cours des six premiers mois de l'année. Ainsi, au second semestre 2022, l'Insee prévoit +58 000 créations nettes prévues entre fin juin et fin décembre, principalement dans le secteur tertiaire marchand, (contre +187.000 créations d'emplois salariés entre fin 2021 et fin juin 2022). Au total, l'emploi (salarié et non salarié) augmenterait de 305.000 emplois en 2022, après le fort rattrapage de l'année 2021 (+971.000 emplois salariés). Compte tenu de ce ralentissement attendu de l'emploi, le taux de chômage se maintiendrait à 7,4 % de la population active jusqu'à la fin de l'année.

Regain de l'inflation qui pèse sur le pouvoir d'achat

L'inflation repartirait à la hausse en fin d'année, pour atteindre environ 6,4%, prévoit l'Insee. En septembre, sur un an, l'inflation a atteint 5,6 % après 5,9 % en août. Durant deux mois de suite, l'inflation a ralenti, grâce notamment au recul des prix des carburants. Parallèlement, l'inflation a continué à grimper dans l'alimentaire et les biens manufacturés et ne devrait pas se calmer d'ici la fin de l'année. Dans l'alimentaire, l'Insee prévoit qu'elle atteigne près de 12 % sur un an en fin d'année. Tous confondus, avec la fin de la remise à la pompe prévue en novembre, le taux d'inflation repartirait à la hausse en fin d'année, après une nouvelle légère décrue en octobre, pour atteindre 6,4 % sur un an en décembre.

Cette hausse des prix pèse cependant sur le pouvoir d'achat des ménages qui devrait baisser plus que prévu en 2022 (-0,6% selon l'indicateur par unité de consommation, contre -0,5% escompté initialement). Néanmoins, les mesures de soutien déployées par le gouvernement (revalorisation des prestations sociales et prime exceptionnelle de rentrée, chèque énergie exceptionnel en fin d'année..) et la baisse de prélèvements sociaux et fiscaux (poursuite de la réduction de la taxe d'habitation ou encore la suppression de la contribution à l'audiovisuel public) permettent de limiter l'impact de la hausse des prix. Toutefois, c'est l'alimentation qui, depuis septembre, pèse le plus avec une inflation attendue en glissement annuel à près de 12% en fin d'année.

La consommation des ménages et l'investissement des entreprises en repli

Au quatrième trimestre, la consommation des ménages ne progresserait que très modérément. En effet, les derniers indicateurs conjoncturels indiquent une confiance des ménages en repli en septembre, atteignant comme en juillet un point bas historique, tandis que le climat des affaires dans le commerce de détail s'est détérioré. Ainsi, la consommation de biens ne progresserait pas, le contexte d'inflation élevée continuant de modérer les décisions d'achats des ménages. Dans les services, les effets de rattrapage ayant joué aux deuxièmes et troisièmes trimestres s'essouffleraient, laissant place à un rythme de hausse plus tendancielle.

Du côté des entreprises, l'investissement ralentirait en fin d'année, dans un contexte d'incertitude tant géopolitique qu'énergétique et de hausse des taux d'intérêt. « Le dynamisme des salaires au second semestre, joint à une progression de l'emploi un peu plus forte que celle de l'activité, pèserait sur le taux de marge des entreprises, même si celui-ci serait soutenu par les subventions versées dans le cadre du plan de résilience économique et sociale », indique l'Insee.

Un commerce extérieur moins dynamique en fin d'année

Sur le plan du commerce extérieur, les exportations devraient être moins dynamiques au second semestre (+0,6 % prévu au troisième trimestre puis +0,5 % en fin d'année), à cause du ralentissement de la demande mondiale adressée à la France, auquel s'ajoute l'amoindrissement des effets liés au retour des touristes étrangers. Cependant, d'importantes livraisons aéronautiques soutiendraient les exportations, notamment en fin d'année. Du côté des importations, elles ralentiraient nettement en fin d'année.

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Commentaires 4
à écrit le 07/10/2022 à 18:21
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En Marche fait du surplace

à écrit le 07/10/2022 à 15:58
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......et en récession en 2023 car l'Etat en comparaison du Covid ne pourra plus pratiquer le "quoi qu'il en coute" pour soutenir tous les secteurs gourmands en énergie (gaz et électricité) qui ne pourront ou ne plus pouvoir payer leur consommation, o...

à écrit le 07/10/2022 à 4:20
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Toujours la vieille bonne methode, vous savez le Docteur Coue......

le 07/10/2022 à 10:37
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Remarque à l'emporte pièce - mal endormi ou mal réveillé? A cette date de rédaction, le chiffre de croissance pour 2022 est largement acquis. Il s'inscrit dans le profil des 10 mois qui viennent de s'écouler et ne serait pas remis en cause (sauf cata...

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