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ÉconomieFrance

L’Institut Choiseul dévoile les 200 ETI françaises qui ont marqué 2023

Natasha Laporte

Publié le 21 décembre 2023 à 13:29 - Mis à jour le 21 décembre 2023 à 21:02

Les critères du classement 2023 ont été élargis aux entreprises dont le chiffre d'affaires se situe entre 50 millions et 3 milliards d'euros, donc au-delà de la définition officielle d'une ETI.

Les critères du classement 2023 ont été élargis aux entreprises dont le chiffre d'affaires se situe entre 50 millions et 3 milliards d'euros, donc au-delà de la définition officielle d'une ETI.

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Exportatrices, innovantes, industrielles, familiales… Les entreprises de taille intermédiaire ne manquent pas d’atouts et pèsent lourd dans le tissu productif français. Pour saluer ce dynamisme, l’Institut Choiseul publie, en partenariat avec La Tribune, son rapport « Choiseul Conquérants 2023 », qui met en lumière 200 ETI françaises qui excellent. Nouveauté de cette 4e édition : le classement annuel sacre également les entreprises qui se distinguent dans leur transformation durable.

Après « Nation ETI » en 2020, voici le programme « ETIncelles », lancé en novembre dernier : l'exécutif enchaîne les stratégies pour lever les freins à l'essor, en France, des entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui inspirent les désirs d'un Mittelstand à la française. Regroupant quelque 6 000 sociétés qui pèsent pour un quart de la valeur ajoutée comme de l'emploi hexagonal, d'après l'Insee, elles se distinguent, en outre, par leur orientation industrielle et leur rayonnement à l'export.

« Les ETI sont des entreprises ancrées dans les territoires, créatrices d'emploi au niveau local, en première ligne des enjeux des territoires ainsi que de décarbonation et de transition », souligne Paul Gadel, directeur des opérations et des études à l'Institut Choiseul. « Elles ont une certaine taille en même temps qu'une agilité pour innover, investir et se projeter à l'international, de même qu'une puissance financière qui, certes, n'est pas celle d'une grande entreprise, mais qui est plus forte que celle d'une start-up ou d'une PME. En outre, elles s'appuient souvent sur une gestion familiale de long terme ».

Pour autant, ces forces motrices sont aussi, en quelque sorte, des héros méconnus de l'économie française. « Il y a un besoin de les faire connaître davantage comme les entreprises faisant partie d'une strate charnière stratégique et un outil de résilience », estime le responsable de ce think tank qui vient de dévoiler la 4e édition de son classement « Choiseul Conquérants », en partenariat avec La Tribune.

Les critères de succès

Celui-ci cherche, justement, à les valoriser en mettant en avant 200 fleurons économiques, sélectionnés parmi plusieurs centaines de sociétés à capitaux majoritairement français ayant un siège social basé en France. Les critères ont été élargis aux entreprises dont le chiffre d'affaires se situe entre 50 millions et 3 milliards d'euros, donc au-delà de la définition officielle d'une ETI, qui limite le CA à 1,5 Md€. Et elles se voient réparties en cinq catégories. « Les ambassadeurs du capital humain », à l'instar de Crit, Alan, Edenred ou Matmut, qui font rimer politiques d'insertion, de formation ou de rétention de talents avec compétitivité, à travers, par exemple, l'actionnariat salarié, ou des actions qui leur ont valu un label ou un prix en matière de mobilité interne et d'égalité hommes-femmes, entre autres. L'innovation, ensuite, scrutée notamment à travers le nombre de brevets déposés, la part de R&D dans le CA, l'existence de centres d'innovation ou d'intrapreneuriat, qui rend ces entreprises - comme Caudalie, Riou Glass, Idemia, Guerbet... - indispensables dans la chaîne internationale.

Le Classement complet « Choiseul Conquérants 2023 »

L'exposition à l'export et aux marchés internationaux, la présence de bureaux ou de filiales à l'étranger et le déploiement d'une chaîne de valeur, déterminent, eux, « les étendards de l'excellence française » comme Sisley, Egis, Bic ou Ubisoft, tandis que « les fers de lance de l'autonomie stratégique » sont des entreprises qui perpétuent des savoir-faire artisanaux ou industriels et font partie d'une chaîne de valeur d'importance vitale pour des activités souveraines, à l'image de OVHcloud, Armor Group ou les Chantiers de l'Atlantique. Enfin, « les artisans de la transformation durable », tels Back Market, Biocoop, Manutan et Maisons du Monde, qui s'inscrivent dans des logiques de circuit court ou entretiennent des relations avec leurs fournisseurs et autres parties prenantes selon une politique RSE concrète, jugée à l'aune des labels, des prix et des actions de transformation de business modèles et de process pour plus de durabilité.

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Les freins, de la pression fiscale au recrutement

Autant d'exemples d'entreprises qui réussissent sur de nombreux plans. Au-delà de ces succès, néanmoins, plus d'une difficulté pèse sur les ETI tricolores. Conjoncturelles, avec la crise énergétique, et donc la hausse des coûts d'énergie et des matières premières. Mais aussi plus structurelles. « Les ETI n'ont pas la capacité financière des grands groupes du CAC 40 et n'ont pas accès à toutes les aides dont peuvent bénéficier les start-up et les scale-up. Elles se trouvent donc à un point d'inflexion où elles ont des moyens financiers, mais pas énormes, et elles subissent une pression fiscale avec des impôts de production et la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) », analyse Paul Gadel. D'ailleurs, la suppression de cette dernière s'est vue reportée à 2027.

Autre problématique, l'attraction des talents. Si les ETI sont connues dans leur bassin d'emplois, c'est moins le cas au niveau national. Or ces entreprises, pour beaucoup industrielles ou dans les services, ont de gros besoins de main d'œuvre. Et de fait, elles peinent à attirer, comme l'a récemment constaté une étude de Bpifrance, selon laquelle 62 % des dirigeants d'une PME ou d'une ETI industrielle rencontrent des difficultés régulières de recrutement. « Elles ont besoin de se faire connaître, de développer leur marque employeur pour embaucher en masse et notamment dans le contexte de la réindustrialisation », commente Paul Gadel.

La nouvelle frontière de l'aventure entrepreneuriale

D'autant que ces entreprises, souvent familiales, ont aussi un problème de transmission - nombre de leurs dirigeants ayant plus de 60 ans -, sans qu'il y ait toujours de l'intérêt au sein des familles pour reprendre le business. « Il y a un énorme enjeu de transmission générationnelle au niveau de la direction », martèle ce responsable. La solution ? Trouver la relève ailleurs. Par exemple, certains fonds d'investissement, en reprenant l'entreprise, veulent « diriger les meilleurs talents qui autrefois allaient vers le monde des start-ups à la tête de ces entreprises très territoriales », observe Paul Gadel. La décarbonation et la transformation environnementale peuvent notamment séduire des profils de haut niveau, issus, par exemple, du conseil. « Les ETI, c'est la nouvelle aventure entrepreneuriale », avance-t-il.

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Enfin, si promouvoir et développer les ETI s'avère un levier clé pour la compétitivité de l'économie, que mettent d'ailleurs en place différents acteurs - de Bpifrance aux organisations professionnelles telles que les Club des ETI en passant par des think tanks comme l'Institut Choiseul -, il reste à savoir si un modèle de Mittelstand, à l'allemande, n'inclut pas aussi quelques fragilités. Il expose en effet en particulier à une dépendance aux exportations et, potentiellement, à des retournements de conjoncture ou à des tensions géopolitiques.

Natasha Laporte

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