L'investissement public, seule solution pour redresser la croissance ?

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La président de l'OFCE Xavier Ragot questionne la pertinence des critères budgétaires européens.
La président de l'OFCE Xavier Ragot questionne la pertinence des critères budgétaires européens. (Crédits : DR)
La relance par l'investissement public est une solution trop peu explorée en France, et pourtant nécessaire pour doper la croissance, a expliqué Xavier Ragot, le président de l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), lors d'une matinale des travaux publics organisée par la FNTP et La Tribune.

Pour lutter contre les perspectives de stagnation économique, il semble que les Etats européens aient délaissé une voie pourtant efficace : la relance par l'investissement public. Trop obnubilées à thésauriser et à instaurer des réformes structurelles visant à flexibiliser le marché du travail et à baisser les charges sur les entreprises, les économies européennes souffrent désormais d'un manque criant d'investissements. Or, du fait de l'avenir incertain, les Etats devraient montrer la voie et jouer un rôle moteur pour le secteur privé dans la relance de l'économie. Mais l'investissement public est aujourd'hui trop rarement érige en priorité par les dirigeants politiques. Un renforcement des investissements publics serait pourtant vertueux pour la croissance, démontre une note de l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) réalisée pour la fédération nationale des travaux publics (FNTP) et qui sera publiée dans les prochaines semaines.

Restrictions budgétaires

Mais la tendance est davantage à la baisse de ces investissements. La France notamment, à trop vouloir réduire son déficit, a érodé l'investissement public local, qui représente 70 % de l'investissement public civil. La baisse du déficit public à 3,5 % du produit intérieur brut en 2015, qui vise in fine à respecter les critères budgétaires européens de 3 % du déficit public, découle en effet principalement des efforts budgétaires des administrations publiques locales. Elles ont fini l'exercice 2015 avec un excédent de 700 millions d'euros, alors même que leur besoin de financement s'élevait à 4,6 milliards d'euros en 2014. Or, cet excédent dégagé est principalement lié à la baisse des investissements du secteur public local, de 4,6 milliards d'euros en 2015. Une baisse de 10 % en un an seulement ! Le niveau d'investissement des collectivités locales a ainsi atteint son plus bas niveau depuis 2006, à moins de 50 milliards d'euros.

Réduire l'investissement public, un choix de court terme

En période de stress, il est en fait toujours plus facile pour les agents économiques de réduire la voilure dans les dépenses d'investissement. Et dans le contexte budgétaire actuel tendu, « le choix est très souvent fait de réduire l'investissement public qui à court terme est un coût, et dont les rendements ne se font sentir que cinq ou sept années plus tard », note Xavier Ragot. Mais malheureusement, un niveau trop faible d'investissement public ne peut être sans conséquence. Sous-investir dans les infrastructures et dans l'entretien du patrimoine public entraîne un coût pour la collectivité et les générations futures.

Selon le président de l'OFCE, la faiblesse de l'investissement public a fortement déprécié les actifs de l'Etat, qui font partie intégrante du bien commun. Or, il n'y a pas que la dette publique qui est léguée aux générations futures, comme on l'entend trop souvent, il y a aussi le patrimoine national qu'il faut entretenir. De ce point de vue, « nous sommes en train de rogner sur ce que l'on va laisser à nos enfants », déplore Xavier Ragot.

De la dette qui génère de la croissance

Par ailleurs, il faut aussi dire que l'investissement public permet de lutter contre le chômage. On sait par exemple que 16 % des dépenses des collectivités locales sont dirigées vers les secteurs du bâtiment et des travaux publics, très pourvoyeurs en emplois. Ces secteurs sont donc de fait indirectement affectés par les critères budgétaires européens.

Or, aux coûts actuels très faibles des financements sur les marchés, l'État français pourrait dans l'absolu s'endetter davantage pour investir dans les infrastructures. Car comme le rappelle Xavier Ragot, « il y a de la dette publique qui génère de la croissance ». Mais s'endetter encore plus ne serait-il pas rédhibitoire vis à vis des marchés financiers au regard du niveau actuel- près de 100 % du PIB - de la dette française ? « Non, quand ça va mal, il faut agir », juge Xavier Ragot. « N'hésitons pas. Mieux encore, la dette française étant de très bonne qualité, on ferait plaisir aux marchés financiers ! », estime-t-il.

Un pays désendetté mais pauvre ?

Problème, une nouvelle hausse de la dette française, même pour la bonne cause de l'investissement, ne serait pas en phase avec la vision actuelle des institutions européennes. Pour Xavier Ragot, il est donc indispensable de revoir les critères budgétaires de Maastricht, qui ne différencient pas la finalité des emprunts publics. Le patron de l'OFCE milite pour une prise en considération différente des investissements publics. Il faudrait, selon lui, développer un concept « de dette de croissance ». « A l'avenir, il nous faudra, certes, maîtriser la dette publique et la réduire à horizon 10 ans. Mais ne sacrifions pas notre actif ! Sinon notre pays sera désendetté mais pauvre. »

Bref, il semble nécessaire de convaincre les décideurs publics de repenser leur stratégie d'investissement, pour qu'ils aient une vision de plus long terme. « Quelle France voulons-nous dans 10 ans ? » ; « Que va-t-on faire de nos impôts ?», questionne le patron de l'OFCE.

Mobilité, connectivité et transition énergétique

Il identifie la mobilité, la connectivité, et la transition énergétique comme les trois grands axes d'investissements publics qui pourraient être le socle d'un effet de levier important pour le secteur privé et l'économie française. « Il faut tourner les investissements publics vers des projets d'avenir qui parlent à tous », estime Xavier Ragot. « Aidons les politiques à se désengager du temps court ! Nous sommes en train de sacrifier le long terme », s'inquiète-t-il aussi. Un discours presque politique qui fait de plus en plus consensus dans le monde économique.

L'investissement public de long terme est désormais reconnu comme l'une des dernières solutions pour sortir du marasme de la stagnation. L'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ne dit d'ailleurs pas autre chose : « Dans de nombreux pays, il existe une marge de manœuvre permettant de mobiliser les politiques budgétaires pour renforcer l'activité grâce à l'investissement public, notamment parce que les taux d'intérêt à long terme ont permis, dans les faits, d'accroître la latitude budgétaire. », indiquait récemment l'institution internationale. De quoi donner du grain à moudre à l'OFCE, dont les travaux vont certainement servir à certains candidats à la présidentielle de 2017 qui souhaitent se démarquer de l'orthodoxie.

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Commentaires
a écrit le 14/10/2016 à 16:18 :
Désendettés mais pauvre...On aura vraiment tout entendu. Je signale à ce monsieur que l'Allemagne se désendette très rapidement actuellement, qu'elle est riche, prospère. On avait le même niveau d'endettement avec eux il y a quelques années. Mais après dix années de Sarkozysme et de Hollandisme ils sont à 68 % de dette et nous à 98 % ! Tous leurs indicateurs sont au vert , tous les nôtres sont au rouge.
Retenez ceci cher monsieur : " Qui paie ses dettes s'enrichit"
L'Allemagne nous le démontre de manière éclatante.
a écrit le 14/10/2016 à 13:30 :
insvestir avec quoi ?
si c'est de la dette non
si c'est en faisant des économies en supprimant le senat ,la moitie de deputés les 1300 agences d'etat etc, la ok cela ne genera personne ;
a écrit le 14/10/2016 à 11:49 :
Aux trotskistes de salon: où trouve t-on les sous ?
Aux trolls: ce n'est pas la peine de répondre.
Cordialement
a écrit le 14/10/2016 à 11:26 :
avec un taux de 3,5% du PIB on reste au dessus de la moyenne européenne, bien au dessus de UK et Germanie (Eurostat).
mai c'est sûr que l'investissement est bon pour la productivité et qu'il ne faut pas trop se relâcher.
a écrit le 14/10/2016 à 11:12 :
oui oui
krugmann aussi il propose ca dans son livre sur les dettes souveraines
faut creer qques ronds points en plus, faire des ligne tgv gueret-thulle, creer des stations de ski en bretagne, etc..........
ca evite de reflechir sur les pbs structurels
quand les francais comprendront d'ou viennent leurs pbs ils comprendront pq il est trop tard pour eux
Réponse de le 14/10/2016 à 13:18 :
Tout ces fameux investissements se résume par cette phrase : Rinçons les copains.

L'état n'a pas a investir, entretenir les routes, une véritable étude sur celles qui sont pertinentes et les autres, ensuite pour ce qui est d'internet, c'est un investissement privé qui DOIT s'en occupé, qu'ils se gavent moins et investissent les FAI.

L'état ne devrait pas être un pot à fric pour le privé.
a écrit le 14/10/2016 à 10:58 :
Merci pour cette analyse avec laquelle je suis bien d'accord.

Nietzsche avait analysé le mot dette qui en allemand a les mêmes racines que le mot faute. Or comme nous suivons à la lettre les impératifs budgétaire de l'allemagne qui ne servent que leurs propres intérêts, il est bien évident que cette approche catholique de la dette qu'il faut rembourser est prise comme un phénomène moral par un gouvernement religieux du coup alors que "il n'y a pas de phénomène moral, seulement une interprétation morale des phénomènes".

Bref la posture des dirigeants allemands ne possède aucun fondement sémantique sur laquelle se reposer si ce n'est de soigner leurs seuls et uniques intérêts et notre europe, tellement faible, tellement soumise, tellement incompétente et compromise suit béatement pour ne pas dire bêtement les intérêts de la seule Allemagne du coup il est obligatoire de rembourser la dette, vital même, pour on ne sait quelle raison.

Dette due à des actionnaires milliardaires privés à qui, on ne sait pas pour quelles raisons si ce n'est par simple fonctionnement oligarchique de notre système, on doit rembourser 97% d'intérêts car l'europe impose des intermédiaires privés coutant excessivement chers aux états alors que les banques centrales pourraient directement prêter aux états ce qui supprimerait de fait cet énorme problème démocratique et économique liée à cette dette. On peut affirmer sans se tromper que tout ceci n'est qu'escroquerie orchestrée par les décideurs publics afin d'engraisser les décideurs privés et indirectement les décideurs publics donc.

Et pour enrayer ce cercle vicieux imposé par notre oligarchie c'est l'explosion de notre europe néolibérale au seul service des marchés financiers qui semble le moins déraisonnable car comme on le voit chez les anglais, Theresa May elle bosse vraiment, elle ne se repose pas sur ses lauriers en attendant que Bruxelles donne ses recommandations que nos dirigeants politiques suivent à la lettre sans avoir à se fatiguer tout en se faisant un max de blé, pour eux bien entendu et leurs amis ou complices plutôt.

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