L'OFCE souligne l'urgence d'une relance de l'investissement public

Ivan Best

Ivan Best
Avant même que n'entre en œuvre la baisse des dotations de l'Etat aux collectivités locales, qui a fait chuter l'investissement public en 2015, celui-ci était à la baisse, en France. C'est ce que souligne l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans une note publiée ce jeudi, qui appelle à une relance par cet investissement.
En 2009, sous l'effet du plan de relance consécutif à la crise de l'automne 20085, l'investissement public avait atteint 4,2% du PIB. Un niveau pas si élevé, au regard de celui constaté au début des années 90. Mais à partir de 2011, rigueur budgétaire aidant, ces dépenses d'équipement ont commencé à être réduites, pour tomber à 3,7% du PIB en 2014, puis à moins de 3,5% de la richesse nationale en 2015, selon les données officielles de l'Insee. Un niveau historiquement bas. Le Plan d'Investissement d'Avenir, mis en place pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, n'est donc manifestement pas à la hauteur des enjeux. S'il finance des projets -de recherche, notamment-, il est loin de compenser la chute de des dépenses d'équipement par ailleurs.
Le niveau d'investissement est encore plus dramatiquement bas si l'on prend en compte la dépréciation (naturelle avec le temps) des actifs des administrations. L'investissement public, net de cette dépréciation, est tombé quasiment à zéro en 2015, souligne Xavier Ragot, président de l'OFCE, et auteur de la note (l'investissement est tombé à 0,2% du PIB). Xavier Ragot évoque donc une « inquiétante réduction du capital productif ». En réalité, la situation patrimoniale des administrations publiques ne cesse de se dégrader: leurs dettes augmentent, et, en face, leurs actifs -non financiers- diminuent aussi, mesurés en proportion du PIB. Il y dépréciation du capital public.
Cette évolution est-elle propre à la France? C'est le seul pays à enregistrer une chute aussi rapide de son investissement au cours des dernières années, affirme Xavier Ragot.
Pourtant, les organisations internationales, OCDE comme FMI, appellent depuis de mois à une relance de l'investissement. Elles soulignent, comme vient de le faire l'OCDE, l'environnement favorable à de telles dépenses de long terme : les taux d'intérêt n'ont quasiment jamais été aussi faibles. En France, par exemple, l'Etat peut s'endetter sur le très long terme -30 ans- à des taux fixes proches de 1,6%.
Non seulement l'investissement public renforce la capacité d'offre productive de l'économie -à moyen et long terme-, mais il est synonyme de croissance supplémentaire à court terme. L'OFCE a estimé, en retenant une hypothèse relativement conservatrice de multiplicateur keynésien -1 point de PIB d'investissement public supplémentaire serait à l'origine d'1 point de croissance en plus- quel serait l'impact sur l'économie française d'un accroissement de 20 milliards d'euros des dépenses publiques. A condition que cette hausse soit pérenne, et financée par l'endettement, elle augmenterait le PIB de 1% dès la première année, tandis que l'emploi salarié dans le privé serait accru de 245.000 postes la troisième année. De quoi faire baisser sensiblement le chômage, donc.
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En revanche, si cette hausse de l'investissement était financée par une baisse d'autres dépenses publiques, la hausse du PIB serait limitée à 0,4%, et la hausse des effectifs salariés ne serait que de 147.000.
Où faudrait-il investir ? Et comment ? Faudrait-il privilégier le niveau européen ? Comme d'autres think tanks, l'OFCE se montre très déçue par le plan Juncker, sensé relancer l'investissement au niveau européen :
La France doit donc financer elle-même ses investissements. Comment l'Etat et les collectivités locales, en France peuvent-ils agir, face aux traités européens, qui contraignent à la baisse rapide du déficit public et donc à celle de la dépense? Les traités laissent en fait de la flexibilité, assure Xavier Ragot. Surtout si le déficit public revient sous les 3% du PIB, la fameuse limite fixée par le traité de Maastricht, qui départage juridiquement les pays en « faute » des autres.
Une solution pour régler le problème de l'investissement public en zone euro serait la création d'une « règle d'or européenne » estime Xavier Ragot. Il s'agirait tout simplement d'exclure l'investissement du calcul des déficits publics selon les normes européennes. Pour Xavier Ragot, la notion d'investissement devrait en l'occurrence être considérée dans une acception assez large :
L'Etat et les collectivités locales françaises devraient donc se lancer, estime l'OFCE. Mais où investir ? N'est-on pas plutôt en manque de projet, comme le répètent à l'envi les investisseurs privés, à l'instar des assureurs ? « J'entends ce discours, mais il ne correspond pas à la réalité » répond Xavier Ragot. « C'est une question de focale. Si l'on cherche des projets localement, il est possible de ne pas en trouver. Mais les besoins sont importants, notamment dans deux secteurs : la transition énergétique et le capital humain (Education).
En estimant les besoins d'investissement permettant d'atteindre les objectifs français en matière de transition énergétique, tels que fixés par la loi, l'OFCE parvient à un chiffre de 19 milliards par an:
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Xavier Ragot estime que de nouveaux moyens sont nécessaires pour améliorer le système éducatif. Il évalue les besoins, à la fois en infrastructure -au niveau de l'université, notamment- et en revalorisation des traitements des enseignants, à un total de 1,4% du PIB. Il s'agirait d'une dépense supplémentaire pérenne, mais ce chiffre de 1,4% du PIB correspond à la fourchette haute des besoins, souligne Xavier Ragot. "Le but est de montrer les investissements possibles" explique-t-il.
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