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ÉconomieFrance

L'OFCE souligne l'urgence d'une relance de l'investissement public

Photo de Ivan Best

Ivan Best

Publié le 01 décembre 2016 à 15:20 - Mis à jour le 02 décembre 2016 à 17:17

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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La France n'a jamais autant sacrifié son investissement public. Sa chute s'est accélérée ces dernières années, souligne l'OFCE, qui appelle à une relance de ce type de dépenses : un effort de 1 point de PIB se traduirait par 245.000 emplois en plus la troisième année

Avant même que n'entre en œuvre la baisse des dotations de l'Etat aux collectivités locales, qui a fait chuter l'investissement public en 2015, celui-ci était à la baisse, en France. C'est ce que souligne l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans une note publiée ce jeudi, qui appelle à une relance par cet investissement.

En 2009, sous l'effet du plan de relance consécutif à la crise de l'automne 20085, l'investissement public avait atteint 4,2% du PIB. Un niveau pas si élevé, au regard de celui constaté au début des années 90. Mais à partir de 2011, rigueur budgétaire aidant, ces dépenses d'équipement ont commencé à être réduites, pour tomber à 3,7% du PIB en 2014, puis à moins de 3,5% de la richesse nationale en 2015, selon les données officielles de l'Insee. Un niveau historiquement bas. Le Plan d'Investissement d'Avenir, mis en place pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, n'est donc manifestement pas à la hauteur des enjeux. S'il finance des projets -de recherche, notamment-, il est loin de compenser la chute de des dépenses d'équipement par ailleurs.

Le niveau d'investissement est encore plus dramatiquement bas si l'on prend en compte la dépréciation (naturelle avec le temps) des actifs des administrations. L'investissement public, net de cette dépréciation, est tombé quasiment à zéro en 2015, souligne Xavier Ragot, président de l'OFCE, et auteur de la note (l'investissement est tombé à 0,2% du PIB). Xavier Ragot évoque donc une « inquiétante réduction du capital productif ». En réalité, la situation patrimoniale des administrations publiques ne cesse de se dégrader: leurs dettes augmentent, et, en face,  leurs actifs -non financiers- diminuent aussi, mesurés en proportion du PIB. Il y dépréciation du capital public.

Cette évolution est-elle propre à la France? C'est le seul pays à enregistrer une chute aussi rapide de son investissement au cours des dernières années, affirme Xavier Ragot.

Les organisations internationales appellent à investir

Pourtant, les organisations internationales, OCDE comme FMI, appellent depuis de mois à une relance de l'investissement. Elles soulignent, comme vient de le faire l'OCDE, l'environnement favorable à de telles dépenses de long terme : les taux d'intérêt n'ont quasiment jamais été aussi faibles. En France, par exemple, l'Etat peut s'endetter sur le très long terme -30 ans- à des taux fixes proches de 1,6%.

Non seulement l'investissement public renforce la capacité d'offre productive de l'économie -à moyen et long terme-, mais il est synonyme de croissance supplémentaire à court terme. L'OFCE a estimé, en retenant une hypothèse relativement conservatrice de multiplicateur keynésien -1 point de PIB d'investissement public supplémentaire serait à l'origine d'1 point de croissance en plus- quel serait l'impact sur l'économie française d'un accroissement de 20 milliards d'euros des dépenses publiques. A condition que cette hausse soit pérenne, et financée par l'endettement, elle augmenterait le PIB de 1% dès la première année, tandis que l'emploi salarié dans le privé serait accru de 245.000 postes la troisième année. De quoi faire baisser sensiblement le chômage, donc.

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"Ces résultats sont plutôt une fourchette basse des effets à attendre" estime l'OFCE. "Par souci de neutralité, la hausse de l'investissement public est  réaliséeau proratades investissements actuels, en conservant donc la même structure du capital public. On suppose par ailleurs une absence de réaction de la politique monétaire à la suite du regain d'inflation, ce qui est réaliste dans un environnement de taux d'intérêt bas, voire négatifs."

En revanche, si cette hausse de l'investissement était financée par une baisse d'autres dépenses publiques, la hausse du PIB serait limitée à 0,4%, et la hausse des effectifs salariés ne serait que de 147.000.

Les défaillances du plan Juncker

Où faudrait-il investir ? Et comment ? Faudrait-il privilégier le niveau européen ? Comme d'autres think tanks, l'OFCE se montre très déçue par le plan Juncker, sensé relancer l'investissement au niveau européen :

« L'analyse du Plan Juncker, ainsi que les délais des prises de décision, montrent la difficulté d'une coordination européenne autour d'une hausse de l'investissement. Ces dernières ne sont pas seulement le fruit d'orientations politiques divergentes, mais surtout le résultat des différences de situations économiques. (...) Le Plan Juncker consiste en une injection de l'ordre de 20 milliards d'euros d'argent public (soit 0,15 % du PIB de l'Union européenne) pour arriver, après différents effets de levier, à un accroissement de l'investissement (public et privé) de 315 milliards d'euros au niveau européen en trois ans. (...) Le Plan Juncker lancé en 2015 n'aura que des effets modestes car son ampleur est limitée et surtout il arrive bien tard dans la crise. Par comparaison, le plan lancé par Obama en 2009, le American Recovery and Reinvestment Act (ARRA) était bien plus important par son ampleur, de l'ordre de 5,5 % du PIB américain de 2009 et comportait une part substantielle d'investissement public. Ainsi, même s'il est nécessaire de promouvoir un effort en faveur l'investissement au niveau européen, des efforts nationaux, coordonnés au niveau européen resteront nécessaires pour tenir compte de la diversité des situations nationales et des divergences d'appréciation politique » conclut l'OFCE.

La France doit donc financer elle-même ses investissements. Comment l'Etat et les collectivités locales, en France peuvent-ils agir, face aux traités européens, qui contraignent à la baisse rapide du déficit public et donc à celle de la dépense? Les traités laissent en fait de la flexibilité, assure Xavier Ragot. Surtout si le déficit public revient sous les 3% du PIB, la fameuse limite fixée par le traité de Maastricht, qui départage juridiquement les pays en « faute » des autres.

Pour une règle d'or européenne

Une solution pour régler le problème de l'investissement public en zone euro serait la création d'une « règle d'or européenne » estime Xavier Ragot. Il s'agirait tout simplement d'exclure l'investissement du calcul des déficits publics selon les normes européennes. Pour Xavier Ragot, la notion d'investissement devrait en l'occurrence être considérée dans une acception assez large :

« Une règle d'or de ne doit pas donner la priorité aux actifs tangibles - les infrastructures routières, aéroportuaires, les bâtiments publics, etc. — plutôt qu'aux actifs intangibles (ou immatériels) — les dépenses en R&D générant des brevets, par exemple. Parmi les dépenses ayant un impact sur le PIB, il n'est pas juste de se limiter aux seules dépenses en actifs tangibles : les dépenses de fonctionnement, dans les domaines de l'éducation ou de la santé, par exemple, et les dépenses en capital immatériel sont elles aussi, au moins en partie, créatrices de croissance. Adopter la règle d'or des finances publiques requiert de réfléchir en amont aux dépenses publiques que l'on souhaite promouvoir et développer. »

L'Etat et les collectivités locales françaises devraient donc se lancer, estime l'OFCE. Mais où investir ? N'est-on pas plutôt en manque de projet, comme le répètent à l'envi les investisseurs privés, à l'instar des assureurs ? « J'entends ce discours, mais il ne correspond pas à la réalité » répond Xavier Ragot. « C'est une question de focale. Si l'on cherche des projets localement, il est possible de ne pas en trouver. Mais les besoins sont importants, notamment dans deux secteurs : la transition énergétique et le capital humain (Education).

Investir dans le transition énergétique

En estimant les besoins d'investissement permettant d'atteindre les objectifs français en matière de transition énergétique, tels que fixés par la loi, l'OFCE parvient à un chiffre de 19 milliards par an:

« La réalisation de la transition énergétique pourrait conduire à plus de 19 milliards d'euros d'investissements publics supplémentaires en moyenne annuelle sur la période 2015-2050, ce qui représente 1 % du PIB de 2016 environ. (...). Ces investissements se concentreraient principalement dans les secteurs des énergies renouvelables - éolien et solaire en particulier - ainsi que dans le secteur du bâtiment - principalement pour réaliser la rénovation énergétique du stock de bâtiments existants. (...). 40 % de l'effort devrait porter sur l'éolien, de l'ordre de 30 % sur la rénovation thermique et 20 % sur le photovoltaïque. »

1,4% du PIB en plus dans l'Éducation

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Xavier Ragot estime que de nouveaux moyens sont nécessaires pour améliorer le système éducatif. Il évalue les besoins, à la fois en infrastructure -au niveau de l'université, notamment- et en revalorisation des traitements des enseignants, à un total de 1,4% du PIB. Il s'agirait d'une dépense supplémentaire pérenne, mais ce chiffre de 1,4% du PIB correspond à la fourchette haute des besoins, souligne Xavier Ragot. "Le but est de montrer les investissements possibles" explique-t-il.

Ivan Best

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