La Banque de France prévoit un lent redémarrage de l'économie française

La Banque de France anticipe désormais que le produit intérieur brut (PIB) rebondira de 5% l'an prochain, après une chute de 9% cette année, signe que l'économie française mettra plus de temps à retrouver son niveau d'avant-crise qu'anticipé jusqu'ici.
Grégoire Normand

6 mn

En novembre, l'activité est retombée à 11% en dessous de son niveau d'avant-crise, et elle devrait rester 8% en deçà de la normale en décembre.
En novembre, l'activité est retombée à 11% en dessous de son niveau d'avant-crise, et elle devrait rester 8% en deçà de la normale en décembre. (Crédits : JASON CAIRNDUFF)

Le rebond de l'économie sera moins fort que prévu. Selon les dernières projections macroéconomiques de la Banque de France publiées ce lundi 14 décembre, le produit intérieur brut (PIB) tricolore augmenterait de 5% en 2021. Après un printemps désastreux et un été au plus haut, l'activité économique plonge à nouveau en cette fin d'année. La recrudescence du virus à la fin de l'été et les différentes mesures pour endiguer la propagation de cette maladie infectieuse ont plombé les espoirs d'une reprise rapide. Par rapport à juin et septembre (7,4%), les économistes de la Banque ont dégradé de plus de deux points leurs projections de croissance même si le choc en fin d'année est moins brutal qu'au premier trimestre. "L'impact du second confinement a été beaucoup moins sévère que le premier confinement du printemps. L'hébergement et la restauration ont été très touchés lors des deux confinements. Les services à la personne ont été moins affectés qu'au printemps. Enfin, beaucoup de secteurs ont été beaucoup moins frappés comme le bâtiment ou les services aux entreprises. La baisse du PIB au T4 serait de -4%. Sur l'ensemble de l'année, l'activité serait à 9%" a déclaré le directeur des études à la Banque de France, Olivier Garnier, lors d'un point presse ce lundi matin. "Dans le scénario central, notre hypothèse est relativement prudente. Le plein effet des vaccinations se ferait ressentir à la fin de l'année 2021 et le virus serait toujours là en début d'année 2021" a ajouté le gouverneur François Villeroy de Galhau.

Un retour à la normale d'ici mi-2022

Face à toutes ces interrogations, les conjoncturistes ont élaboré trois scénarios. Dans leur scénario central, ils expliquent que le retour au niveau d'avant-crise, c'est à dire celui de fin 2019, ne se fera pas avant la mi-2022. Ils font le pari que les mesures prises à l'automne doivent permettre de maîtriser la progression de l'épidémie jusqu'à la fin de l'année 2020. Mais elle ne seront levées que progressivement pour éviter un nouveau reconfinement.

Le soutien budgétaire permet d'amortir le choc

La pandémie a entraîné des pertes de revenus importantes sur l'ensemble des agents économiques. Selon les simulations de l'institution bancaire, les administrations publiques ont encaissé 62% du choc économique alors qu'elles ne représentent que 62% dans le revenu brut national (RNB). En parallèle, les ménages ont encaissé 11% des pertes de revenus alors qu'ils représentent environ 60% du revenu brut national. Enfin, les entreprises encaisseraient 28% du choc. Ces estimations sont relativement proches des évaluations de l'observatoire français des conjonctures économiques rendues publiques vendredi 11 décembre.

Malgré la chute historique du PIB, le pouvoir d'achat des ménages a été relativement préservé. Les économistes anticipent même une légère hausse de 0,3% par habitant. Evidemment cette hausse masque de fortes disparités au sein de la population française.

130 milliards d'euros de surplus d'épargne

Les différentes période de confinement ont entraîné une hausse de l'épargne spectaculaire chez les Français. "Sur 2020, il y a une épargne élevée. Le surplus serait de 130 milliards d'euros, soit environ 5 points de PIB. Il y a une réserve importante pour la reprise. Ce surplus serait cependant très loin d'être consommé en totalité en 2021" a expliqué François Villeroy de Galhau. Si cette épargne peut jouer un rôle déterminant dans la reprise, beaucoup d'incertitudes demeurent sur le comportement des ménages face au prolongement de la crise. En effet, cette épargne "forcée" ou "contrainte" peut se transformer en épargne de "précaution" dans les mois à venir si les moteurs de l'activité tardent à redémarrer.

En outre, plusieurs études récentes ont montré que ce surplus d'épargne concernait principalement les ménages situés en haut de la distribution. Les ménages les plus modestes qui ont la plus forte propension à consommer ont été plus fortement exposés aux répercussions néfastes de la crise sur le marché du travail. En effet, beaucoup de travailleur en intérim, CDD ou saisonniers ont rapidement été placés en chômage partiel ou ont tout simplement perdu leur travail. Ce qui a entraîné une perte de revenus pour la plupart de ces personnes. Face à ces enjeux, des économistes et institutions de tout bord font actuellement des propositions pour inciter le gouvernement à mettre en oeuvre des mesures de relance keynesienne. C'est par exemple le cas de l'institut Montaigne qui propose dans une note récente de mettre en oeuvre des chèques pour les ménages plus modestes. "Dans les circonstances inédites du moment, la meilleure relance que l'on puisse concevoir passe par une dépense accrue, temporaire, ciblée sur l'investissement et sur le revenu des ménages ayant une forte propension à consommer" précisent les auteurs Éric Chaney et Julien Damon.

Un chômage au plus haut

Les effets de la crise sur le marché du travail risquent de peser sur les perspectives de reprise. "La forte baisse du chômage en 2020 n'est pas significative. En revanche, l'observation de l'emploi est beaucoup plus intéressant. Le premier semestre a eu des effets très négatifs avec 800.000 emplois détruits. Au troisième trimestre, la France regagne environ 400.000 emplois. Le pic du chômage atteindrait 11% en début d'année 2021 et retomberait à environ 9% à la fin de l'année 2022" a déclaré le gouverneur François Villeroy de Galhau. L'année prochaine, l'organisme bancaire prévoit seulement 30.000 créations d'emplois et 405.000 en 2022. Ce qui est très loin de compenser les 760.000 emplois détruits au total en 2020.

L'inflation resterait faible

L'inflation mesurée par l'indice des prix à la consommation a fortement chuté au cours de cette année pour passer de 1,7% en début d'année à 0,1% au cours du mois d'octobre. Cette forte baisse peut s'expliquer par une chute impressionnante des prix de l'énergie au cours du premier semestre. "L'inflation resterait faible même si elle remonterait progressivement vers notre cible (proche mais inférieure à 2%). L'énergie et les prix du pétrole amplifient ces variations. Ces prix faibles justifient les dernières décisions de politique monétaire annoncées par la BCE" a ajouté le gouverneur de la Banque de France. En zone euro, les chiffres de l'inflation demeurent en territoire négatif depuis maintenant plusieurs mois.

La semaine dernière, la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a encore fait des annonces pour renforcer l'arsenal anti-crise de l'institution bancaire. Pour leur dernier rendez-vous de l'année, les 25 membres du conseil des gouverneurs ont décidé de muscler le programme de rachats de dette privée et publique (PEPP) lancé en urgence face à la première vague du Covid-19, en mars. L'enveloppe du programme est portée à 1.850 milliards d'euros, en hausse de 500 milliards et disponible jusqu'en mars 2022, soit neuf mois de plus que prévu. Elle a également prévu de prolonger ces prêts géants aux banques appelés TLTRO et son programme de rachat de dette (Quantitative easing). La BCE voit l'inflation progresser de seulement 0,2% en zone euro en 2020 puis reprendre très lentement jusqu'à atteindre 1,4% en 2023, soit toujours loin de l'objectif d'une inflation proche de 2% après lequel la BCE court depuis 2013.

Grégoire Normand

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Commentaire 1
à écrit le 15/12/2020 à 2:33
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Avec la vague a venir d'entreprises qui vont mettre la cle sous la porte, la reprise est deja condamnee. Pauvre France, qu'es-tu devenue ?

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