La bataille complexe de l'indépendance des statistiques publiques

Photo d'illustration
Stephane Mahe

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Paul Champsaur, a rappelé lors d'un colloque organisé à Bercy ce mercredi 27 novembre le contexte européen difficile de la mise en place de cette institution.
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Les relations n'ont pas toujours été tendres entre le gouvernement français et les organismes de statistiques depuis 10 ans. D'après des chiffres communiqués à l'occasion du colloque, huit ruptures d'embargo ont été recensées par l'autorité de la statistique. Sur ce total, les gouvernements successifs ont brisé six embargos et malgré un durcissement des règles de diffusion et un rappel à l'ordre des cabinets ministériels, les risques sont toujours bien présents. À la fin du mois de mars dernier, le ministre de l'Action et des comptes publics, Gérald Darmanin, avait dévoilé les chiffres actualisés de la croissance à la radio alors que ces indicateurs étaient sous embargo. "On espère qu'il n'y aura plus d'accident mais il y en a toujours" a regretté Dominique Bureau, le président actuel de l'autorité statistique.
La communication de certaines données peut s'avérer très délicate. C'est par exemple le cas des chiffres de la délinquance, de la sécurité intérieure ou de l'immigration. Lors de sa prise de fonction en 2014 au ministère de l'Intérieur, François Clanché, le premier chef du service statistique de la sécurité intérieure n'a pas caché certaines difficultés.
À l'issue de sa mission, il concède avoir deux regrets. "Nous avons pu faire évoluer les indicateurs vis à vis du grand public et des responsables de la police mais pas vraiment les usages au niveau des unités de gendarmerie et des unités de police. Mon deuxième regret est notre rapport aux médias avec l'absence de conférence de presse par exemple".
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Outre les chiffres sur la sécurité, les données sur l'emploi et le marché du travail ont également fait l'objet de controverses. Paul Champsaur a rappelé que "être inscrit à Pôle emploi ne veut pas dire forcément que l'on est chômeur. À l'époque, les chiffres de Pôle emploi étaient mensuels et très variables. Ils sont devenus trimestriels." Surtout les chiffres de Pôle emploi sont bruts. Ils ne prennent pas en compte l'évolution de la population active contrairement au taux de l'Insee qui s'appuie sur les règles du bureau international du travail (BIT).
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Plusieurs intervenants ont rappelé la nécessité d'une indépendance pour les organismes de statistiques publiques. C'est par exemple le cas d'Edouard Crozé, directeur marketing chez Auchan. Le groupe de grande distribution est partie prenante du projet "données de caisse" en collaboration avec l'Insee. "Ces informations permettent d'envisager des traitements massifs de données dans le but d'élaborer des indices de prix à la consommation" souligne l'institut basé à Montrouge.
La crise de la confiance concerne également les données publiques. D'après Karine Van Der Straeten, directeure scientifique, Institute for advanced study in Toulouse, "la confiance dans la statistique publique est autour de 37%, c'est un chiffre qui classe la France à l'avant dernière place à l'échelle européenne". Pourquoi un tel résultat ? Cette défiance s'expliquerait avant tout par "la manière dont les chiffres sont utilisés par les politiques par exemple d'après les enquêtes de satisfaction menées par l'Insee. Il y a une forme d'amalgame entre les producteurs des chiffres et l'usage de ces chiffres". De son côté le directeur général de l'Insee, Jean-Luc Tavernier a regretté le manque d'appropriation de tous ces outils.
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