La Conférence nationale des territoires boycottée par des départements, villes et régions

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Hervé Morin (Régions de France), Dominique Bussereau (ADF) et François Baroin (AMF) critiquent un manque de décentralisation de la part du gouvernement.
Hervé Morin (Régions de France), Dominique Bussereau (ADF) et François Baroin (AMF) critiquent un manque de décentralisation de la part du gouvernement. (Crédits : C.A.)
A la veille de l'instance de dialogue et à quelques jours de l'événement, les associations des départements de France (ADF), des maires de France (AMF) et Régions de France ont annoncé leur refus de participer à la Conférence nationale des territoires du 12 juillet prochain.

Un an après la première Conférence nationale des territoires au Sénat le 17 juillet 2017, les relations entre les collectivités et l'exécutif ne s'améliorent pas. Les présidents des associations des départements de France (ADF), des maires de France (AMF) et Régions de France (ex-ARF) ont ainsi annoncé ce 3 juillet 2018, qu'ils ne participeraient ni à l'instance de dialogue de la Conférence nationale des territoires, ni à la Conférence en elle-même, prévue le 12 juillet.

Dominique Bussereau, président (LR) de l'ADF, a ainsi fustigé « une décentralisation qui ne fonctionne pas » :

« A un moment où l'Etat devrait se concentrer sur le régalien et nous laisser gérer la vie quotidienne des Français, le gouvernement essaie de nous en empêcher ou ne tient pas ses promesses ».

Dans le viseur du président du conseil départemental de Charente-Maritime : les 10  puis 13 milliards d'euros d'économies demandés aux territoires par le président Macron dans un contexte de baisse continue de la dotation globale de fonctionnement (DGF) depuis 2010. Ou encore l'hypothèse du versement de la part départementale de la taxe foncière aux communes en compensation de la suppression totale de la taxe d'habitation à partir de 2020.

Autonomie financière et fiscale des collectivités

« On ne peut pas apprendre ce genre de choses par la presse, s'énerve le président (LR) de l'AMF François Baroin, nous n'avons pas proposé de supprimer la taxe d'habitation pour un autre impôt. C'est au gouvernement de se débrouiller ». Aussi, le maire de Troyes, à l'origine du gel de la DGF lors de son passage au ministère du Budget sous Nicolas Sarkozy, rêve-t-il de consacrer la libre administration des collectivités dans la Constitution.

« Aujourd'hui, Bercy peut gérer l'affaire des dotations comme il l'entend. Nous, nous voulons l'autonomie financière et fiscale, insiste François Baroin, Certains parlementaires ont proposé ces amendements [dans le cadre de l'examen du projet de révision constitutionnelle, NDLR] mais ils ont été ''shootés'' ! »

Dans la continuité de la Conférence nationale de Cahors de décembre dernier, le gouvernement a en effet proposé des contrats financiers aux 322 collectivités pesant le plus dans la dépense publique locale, afin de limiter la hausse de leurs dépenses de fonctionnement à 1,2 %.

"Une lettre de cachet du monarque"

« La plupart des collectivités ont déjà contraint leurs dépenses de fonctionnement : formation, développement économique, apprentissage, lycées, a répliqué le président (UDI) de Régions de France et patron de la Normandie Hervé Morin. Quand le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, par exemple, réforme les programmes, il va falloir financer les nouveaux manuels scolaires. »

Dans le même sens, Gaël Perdriau, président (LR) de Saint-Etienne Métropole, dénonce, lui, la contractualisation comme « une lettre de cachet du monarque envoyée aux collectivités », considérant qu'« Emmanuel Macron donne des leçons de gestion depuis qu'il est élu alors que les 13 milliards d'euros d'efforts n'ont servi ni à rembourser la dette ni à baisser les impôts ».
Adhérent de l'association des maires de France (AMF), l'élu est également membre de France Urbaine qui regroupe les métropoles et les communautés urbaines : « Pour des raisons qui lui appartiennent, Jean-Luc Moudenc [président de l'association, NDLR] a ''vendu'' les territoires au gouvernement pour je-ne-sais-quoi ! » 
Ce dernier, joint par La Tribune, rétorque que « Gaël Perdriau est totalement isolé ». « 95 % de nos métropoles et 85 % de nos communes nous ont suivis, ajoute le président (LR) de Toulouse Métropole, Je ne préfère pas polémiquer alors que nous prenons des décisions collégiales ».

L'AdCF et France Urbaine présents à la Conférence nationale

Comme Villes de France, l'association des petites villes de France (APVF) et l'association des maires ruraux de France (AMRF), Jean-Luc Moudenc participera au nom de France Urbaine à l'instance de dialogue du 4 juillet ainsi qu'à la Conférence nationale des territoires du 12 : « Nous y allons de manière sereine car nous continuons à exiger que ce processus de contractualisation soit amélioré ». Il demande par exemple que la cotisation à un syndicat de transport ne rentre pas en compte dans les dépenses de fonctionnements d'une collectivité.

Contacté également, Jean-Luc Rigaut, président (UDI) de l'association des communautés de France (AdCF), qui rassemble les communautés de communes et les communautés d'agglomérations, assure qu'il sera présent aux deux rendez-vous.

« Comme 85 % de nos membres concernés, nous soutenons la contractualisation car l'agrégation de projets et de dossiers est dans notre ADN, explique le président du Grand Annecy, Aussi demandons-nous à ce que la conférence nationale respecte bien ces enjeux avec une feuille de route et des engagements précis. »

Fort de ces pourcentages élevés - de 53 % chez les régions à 95 % dans les métropoles - et malgré ces critiques, Edouard Philippe déclare, dans un communiqué, « se réjouir de l'adhésion d'un grand nombre d'élus à cette démarche [traduisant] l'expression d'une décentralisation assumée et responsable ». Or, c'est justement un manque de décentralisation que dénoncent les territoires.

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a écrit le 04/07/2018 à 19:05 :
Je suis partagé entre lassitude et exaspération : ces "dialogues" de sourds sont insupportables dans la mesure où même ceux qui parlent de décentralisation pensent déconcentration. Même si je fais partie de ceux qui ont voté Macron devant le vide abyssal des politiciens d'envergure, je constate que, sur ce point, il n'est pas allé au contact, quitte à le faire par Premier Ministre interposé. De toute façon la responsabilité politique passe par une fiscalité adaptée à l'échelon de décision, la Région, qui ne peut se concevoir que si l'Etat dégraisse puissamment ses charges ministérielles, notamment.
Réponse de le 05/07/2018 à 9:32 :
Pas d'accord avec vous. L'échelon de référence pour un développement harmonieux des territoires n'est pas la région, surtout pas celles dessinées par la réforme Hollande qui n'ont aucune cohérence en terme d'aménagement territorial. Je pense notamment à la nouvelle Aquitaine ou à l'Occitanie. Ce sont les vraies métropoles larges qui devraient prendre le relais des Régions et des départements. Des métropoles incluant leur arrière pays pour justement en tenir compte de leurs habitants et éviter la scission entre zones urbaines et rurales. Les 2 sont complémentaires et ont besoin l'une de l'autre, notamment au regard des enjeux de développement durable. Il faut des campagnes habitées et productives avec une véritable qualité de vie pour nourrir les habitants des métropoles. Ça n'est absolument pas ce qui se passe aujourd'hui.
a écrit le 04/07/2018 à 16:11 :
les associations des départements de France (ADF), des maires de France (AMF) et Régions de France sont gavés d'argent facile aux dépenses incontrôlés qui servent de clientélisme en créant des fonctions directeur, secrétaire, etc sans aucune utilités des embauches familiaux ou des camarades, etc, des projets inutiles servant de vitrine pour une future réélection, etc etc etc... Jupiter Macron a raison il faut remettre toutes cette caste au pas... A REFORMER D'URGENCE !!!!
Réponse de le 05/07/2018 à 8:16 :
Vous parlez en fait de tous les étages des politiques français parce qu'il n'y a pas que l'ADF, l'AMF, il y a le parlement, sénat et chambres des députés, qui, pour les dépenses incontrôlées sont les champions avec surtout Macron en tête.
On peut continuer en parlant de toutes les subventions, prisent sur les impôts du contribuable, données pour les mêmes motifs que vous évoquez, à des associations véreuses, à la presse, à la télé, à l'éolien, etc. L'AME en est un très bon exemple.
a écrit le 04/07/2018 à 12:41 :
les collectivités locales doivent baisser leurs dépenses de fonctionnement , en particulier les dépenses de personnels , et concentrer leurs actions sur les seules relevant de leur cadre de compétences définies par la loi .
quant à l'Etat , il doit montrer l'exemple en réduisant les budgets de toutes ses administrations , et tailler à la hache dans leurs fonctions "supports" aux effectifs pléthoriques et l'efficacité jamais contrôlée .
a écrit le 04/07/2018 à 12:17 :
supprimons les départements au plus vite, il faut faire des économies !
a écrit le 04/07/2018 à 11:24 :
LES MAIRES ONT FINIE DE MANGER LEURS PAIN BLANC .TROP DE DEPENSE INUTILES DANS BEAUCOUP DE COMMUNES PROCHES TOUT LE MONDE VEUT TOUS CE QUE LES VOISINS ONT SOUS PRETECTE DE SE FAIRE ELIRE .LES MAIRES CEDENT A LA FACILITE? APRES TOUS LES PAUVRES AVEC LEURS TAXES D HABITATIONS PEUVENT PAYE CAR RARE CEUX QUI OSE BRAVEZ LEURS MAIRE PETIT BARON DANS LEURS FIEL DE DROITE COMME DE GAUCHE? ONT A FAIS LA REVOLUTION POUR MOINS QUE CELA. . J AI ENCORE PRIS 5 EUROS CETTE ANNEE ALORS QUE JE SUIS NON IMPOSABLE???LE GOUVERNEMENT A RAISON CAR IL EST BIEN INFORME DE BEAUCOUP D ABUS QUI COUTE CHERS AUX PAUVRES. ///LA MOITIE DES POLITIQUES SONT BON A RIEN LES AUTRE SONT PRES A TOUS ///COLUCHE///
a écrit le 04/07/2018 à 9:35 :
Nous avons des technocrates néolibéraux robotisés à la tête du pays, les gars incapables de déposer leurs œillères oligarchiques ne sont pas en mesure de gouverner correctement un pays.

La menace pesant sur notre nation est réelle, content de voir un semblant de réaction quand même hein...
a écrit le 04/07/2018 à 9:16 :
Les régions les départements et les communes s ont dépensées à tout va, ont multipliés les emplois de fonctionnaires , les doublons de postes. Elles doivent commencer par s’attaquer à l’absenisme du personnel’ remettre la durée du travail pour tous à 35 h, ensuite réduire leur effectif.
L’etat Leur demande un effort logique sur leurs dépenses de communes de fonctionnement
a écrit le 04/07/2018 à 8:54 :
Quand on fait decoller un avion pour faire 100km peut on se rendre compte du resultat des 80 km h ,,,,,????? laissons la decision aux personnes qui connaissent le terrain

sinon pourquoi aller à ces couteux rassemblementS IDEM pour le congres A VERSAILLES
a écrit le 03/07/2018 à 18:59 :
"A un moment où l'Etat devrait se concentrer sur le régalien et nous laisser gérer la vie quotidienne des Français, le gouvernement essaie de nous en empêcher ou ne tient pas ses promesses"... Perso, je n'ai pas envie, et je dénie le Droit, de gérer ma vie quotidienne à quiconque, et surtout pas à des personnes qui vont crucifier mon pays dans leurs incapacités à tenir les budgets.
a écrit le 03/07/2018 à 18:20 :
ils ont raison.. cette austérité devient catastrophique... il suffit d lire le livre de mr Thomas Porcher économiste ( TRAITE ECONOMIQUE HERETIQUE ..
a écrit le 03/07/2018 à 18:19 :
ils ont raison.. cette austérité devient catastrophique... il suffit d lire le livre de mr Thomas Porcher économiste ( TRAITE ECONOMIQUE HERETIQUE ..

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