"Les établissements financiers sont incontournables dans la lutte contre le terrorisme" (Bruno Dalles, Tracfin)

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Les organisations terroristes profitent des nombreuses failles du système financier, failles qui s'expliquent par l'absence d'harmonisation des pratiques, des règles et des lois, même au sein des pays de l'Union européenne, explique Bruno Dalles, le directeur de Tracfin.
"Les organisations terroristes profitent des nombreuses failles du système financier, failles qui s'expliquent par l'absence d'harmonisation des pratiques, des règles et des lois, même au sein des pays de l'Union européenne", explique Bruno Dalles, le directeur de Tracfin. (Crédits : A. Salesse)
Bruno Dalles, le directeur de Tracfin, le service dépendant du ministre des Finances et des Comptes publics chargé de détecter les circuits financiers clandestins, détaille, dans cet entretien accordé à "La Tribune", une série de pistes pour lutter avec toujours plus d'efficacité contre le financement du terrorisme.

LA TRIBUNE - Quel rôle peut jouer la sphère financière pour couper les vivres aux organisations terroristes ?

BRUNO DALLES - Comme l'ont rappelé, vendredi, le ministère des Finances -dont dépend Tracfin- et la Banque de France, les établissements financiers sont des acteurs incontournables dans la lutte contre le terrorisme. Ils ont des obligations de vigilance et de déclaration de soupçon.

Sont-ils efficaces ?

Tout le monde joue le jeu. Ils n'ont de toute façon pas le choix, ils sont tenus par leurs obligations de vigilance dictées par le code monétaire et financier. (Précision: lorsque Tracfin soupçonne un cas de manquement à l'obligation de vigilance et/ou de déclaration de la part d'un professionnel déclarant, une note de renseignement est transmise aux autorités de contrôle ou aux ordres professionnels compétents, dont l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) dépendante de la Banque de France.) Mais il existe des marges de manœuvre pour gagner en efficacité, notamment dans l'observation des transferts et des retraits d'argent, qu'ils soient réalisés par des clients réguliers ou non, qu'ils soient massifs et brutaux ou non.

Les événements récents ont mis en lumière l'importance des micro-financements pour assurer la logistique des attentats. Comment détecter les transferts, les retraits en liquide ?

Les organisations terroristes profitent des nombreuses failles du système financier, failles qui s'expliquent par l'absence d'harmonisation des pratiques, des règles et des lois, même au sein des pays de l'Union européenne. De ce point de vue également, la marge de progression est importante. Il est indispensable d'accroître la fluidité des informations, d'améliorer le traitement des données pour nourrir toujours davantage la communauté du renseignement.

Concrètement ?

Il faut absolument que la coopération entre les organismes de crédit à la consommation soit la règle. Aujourd'hui, ils ne se coordonnent toujours pas. Résultat, les personnes mal intentionnées peuvent se financer assez facilement puisque, si une société de crédit leur refuse un prêt, elles ont la possibilité d'en obtenir un chez leurs concurrents sans que ceux-ci connaissent la raison qui a justifié le refus précédent.

Outre une meilleure coordination, il faut également renforcer les contrôles en amont et en aval pour détecter les comportements suspects. Quand la somme équivalente au prêt contracté est retirée en liquide, en une seule fois, puis transférée dans un pays à risque, cela doit attirer l'attention. Surtout quand ce prêt devait initialement servir à l'achat d'une voiture, ou aux travaux de décoration d'un appartement...

Le cadre légal est-il adapté ?

Ces exemples illustrent la nécessité de moderniser certains de nos textes. Les services de renseignement, et notamment Tracfin, doivent avoir la possibilité de croiser davantage les fichiers informatiques. Le cadre légal actuel est très restrictif. Le rendre plus adapté aux nécessités de la lutte contre le terrorisme, c'est le sens de plusieurs des mesures qui ont été annoncées lundi 23 novembre par Michel Sapin..

Concrètement, Tracfin a-t-il les moyens de ses ambitions ?

Depuis cinq ans, ses effectifs ont beaucoup augmenté. Nous sommes passés d'une cinquantaine à plus d'une centaine d'agents. Au regard des priorités actuelles, nos besoins en termes de ressources humaines et en termes de ressources techniques sont entendus. Comme ce fut le cas avec le Plan de Michel Sapin de mars 2015 qui a permis la création d'une division de lutte contre le financement du terrorisme au sein de Tracfin.

Couper le financement du terrorisme est-il la clé pour le vaincre ?

Ce n'est pas suffisant. Si la lutte contre le financement pouvait mettre en échec un attentat, ce serait exceptionnel. Détecter, traquer les sources de financement du terrorisme permettent surtout d'enrichir la base de renseignements sur les réseaux. En croisant toutes les données, et notamment les données financières, les services de renseignement peuvent remonter jusqu'aux terroristes - et en détecter de nouveaux, qui leur sont liés. Ce fut le cas dès le lendemain des tragiques événements de Paris. Grâce à notre travail d'enquête et à notre collaboration renforcée avec la communauté du renseignement, nous avons permis d'aider à la localisation des auteurs et des complices des actes terroristes qui ont frappé la capitale.

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a écrit le 25/11/2015 à 17:36 :
Ce monsieur devrait avoir honte de tenir de tel propos. Alors il demande aux banquiers de faire de la délation, comme au bon temps de l'occupation !
Si l'état faillit dans son obligation constitutionnelle de protéger les citoyens, ce n'est pas aux institutions financières de faire ce sale boulot ni aux a ceux ayant des comptes bancaires de se faire surveiller. La France est devenu une véritable dictature.
a écrit le 25/11/2015 à 9:44 :
L’argent on sait d’où il vient. De l’Arabie Saoudite, du Quatar et des pays occidentaux qui cherchent à développer le terrorisme en Syrie pour évincer Baschar El Assad. Mais la volonté de l’Etat français devenu terroriste ouvertement pour sa première campagne sous le commandement OTAN (parler de terroristes modérés, c’est faire l’apologie du terrorisme. Demander à Poutine de ne pas bombarder les terroristes c’est venir en aide au terrorisme et instaurer dans l’esprit des gens qu’il existe des bons terroristes qu’il faut protéger)
Cela s’appelle le management de la terreur. Et puisque les terroristes sont utiles à nos gouvernants en Syrie, pourquoi ne serait-il pas tout aussi utile sur notre territoire ?
Que la France ferme des sites web comme Wearechange.org qui ne supportent en rien le terrorisme mais donne des preuves comme quoi la France était bien au courant des attentats en montrant des documents publiés avant les attentats, participe à ce management.
Le français moyen pourra lui s’interroger sur le fait que les télévisions ont dès le 13 novembre parlé de 7 terroristes morts sur 8. Comment étaient-ils au courant de l’existence du 8ème s’il n’avait encore rien fait. Ce ne sont pas ses frères morts explosés qui ont parlé pourtant.
Malgré ce terroriste dans la nature et trois autres qui se font explosé près du stade de France , il est décidé de faire évacuer les 80 000 spectateurs. Comment prendre un tel risque à moins d’avoir été très bien informé qu’il n’existe pas de menace sur eux? Ce qui laisse une autre question en suspens : Si on était informé, pourquoi a-t-on laissé faire ?
Si l’on veut s’extirper du terrorisme il faut tout d’abord arrêter de le soutenir et donc sortir de l’OTAN l’organisation qui en une campagne militaire a ruiné la réputation de la France pays des droits de l’homme et terre d’accueil pour les réfugiés et s’interroger sur la responsabilité pénale de nos dirigeants.
Que nos gouvernant montre l’exemple de ne pas être terroriste et de ne pas soutenir le terrorisme et il y a de grande chance que le peuple suivra. Mais tant que nos gouvernants prônent un autre exemple aussi abject, on a du soucis à se faire !
a écrit le 24/11/2015 à 14:15 :
La seule solution pour éviter qu'une personne tire dans la foule avant de se faire exploser est d'éviter qu'elle soit là, qu'elle puisse s'armer facilement et enfin que la religion qui dicte ses actes soit remaniée sur notre territoire mais aussi dans le monde. L'argent est un élément totalement secondaire. Pourtant le point est mis sur ce secondaire tandis que rien n'est fait pour les 3 points principaux. Il faut en déduire que nous ne souhaitons pas réellement lutter contre le terrorisme. Nous en parlons, c'est tout.
Réponse de le 24/11/2015 à 18:24 :
Et à part yaquafautqu'on que proposez vous ? Toutes les idées sont bonnes à prendre après tout !!!
Réponse de le 25/11/2015 à 0:08 :
Peut-être avez vous raison mais pour se déplacer , s'armer, se faire exploser , communiquer , coordonner, former etc bizarrement il faut se financer .... Daech comme toute secte a besoin d'argent parce qu'avec des pierres c'est tout de suite moins menaçant...

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